jeudi, mars 22, 2018

mistral et atelier de Liminaire

Printemps qui s'en vient, petites poussées de verdure anarchiques
Ciel froid balayé par le vent qui pousse ma porte fenêtre malgré la protection de ma provision de patates, qui donnait ce matin aux passants, même s'il avait perdu de sa force, mais non de sa froidure insidieuse, sourire crispé, bouche fermée pour éviter de l'avaler, tête penchée pour l'empêcher autant que possible de pénétrer les orbites, épaules remontées, bras serrés contre le corps, et leur faisaient faire, sauf aux jeunes à la marche trop rapide pour lui, de brusques écarts
qui parsemaient les pavés, le sol de ma cour (même eu droit à trois bouts de branche) de débris végétaux
L'idée de l'intuition vers laquelle avancer pour l'atelier de François Bon, sur le tiers.livre (quand Modiano mène l'enquête http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4742) tente de se préciser mais se limite actuellement à des petites images floues vers lesquelles ne me sens aucune nécessité de cheminer.
Je reprends ma contribution, trop longue, au premier des deux ateliers proposés cet hiver, pour accompagner la nouvelle parution chez publie.net de son livre comment écrire au quotidien https://www.publie.net/livre/comment-ecrire-au-quotidien-pierre-menard/ (je me dis que devrais en tenter, mettons une fois par semaine, pour mon bien, sans passer à l'acte) par Pierre Ménard, sur son site http://liminaire.fr (site qui a été endommagé, et qui est actuellement en assez rapide et patiente reconstitution, les ateliers d'écriture figurant ce matin n'étant encore que ceux de 2010 je crois – lui adresse, faute de mieux, mes voeux impuissants et admiratifs, la dite contribution y viendra en son temps), atelier en deux parties, texte, puis photo
J'étais restée bloquée par la partie photograpique, ne me sentant pas le droit d'afficher photos de proches ou d'inconnus pour répondre à réaliser une série de photographies sur le thème du portrait, de la mémoire et de l’identité. Et puis j'ai vu que, dans les exemples proposés, il y avait des photos de visages absents, remplacés par la silhouette blanche de la face, ou masqués, par des étoiles je crois, alors j'ai espéré que les sujets ne verraient pas le résultat de mon montage, ou trouveraient leur image assez imprécise, et j'ai posé ci-dessus le résultat.
Pour le choix d'une série de photos à décrire en une ligne et la description détaillée de trois d'entre elles en essayant de faire passer le regard et les mots du visible au visuel (je regrette que vous ne puissiez pour le moment lire l'ensemble du billet de Pierre Ménard, mais je vais être déjà assez longue) j'avais pris comme base des fêtes amicales et familiales et les photos resteront secrètes – à vous, si avez le courage de lire cette longue tartine, de les imaginer.

devant une rade, deux jeunes femmes se faisant face, un bras tendu, autres personnes
un jardin, un couple discutant sur la gauche, un photographe derrière son appareil
un jardin, un homme parlant, une auditrice de profil, un crâne s'intercalant
devant un escalier bois, en buste, deux hommes à gauche, une fumeuse, deux femmes
au dessus de la mer un groupe habillé pour une fête, une mariée, sans doute, à droite
un mur au fond, une petite foule discutant, bustes d'un et d'une photographe discutant
un salon, femme assise dans un fauteuil, quatre personnes debout derrière, des verres

photos retenues

sur un fond de feuillage vert mêlant des feuilles sur toute la partie haute et une branche de conifère qui se glisse dessous à gauche, un coin d'une réception, un petit bout d'une table de bois portant un objet orange, une échelle derrière, jambes de la table et de l'échelle ayant exactement la même inclinaison, une buche bizarrement plantée en biais sur la petite surface d'herbe visible à droite, voisine du bout d'une remorque de bois peinte en blanc ; la surface de l'image est presque entièrement occupée par les bustes, jusqu'à la taille, de deux personnages, un homme à gauche, trois quart face, chemisette bleue dont le dernier bouton est ouvert, tête – le crâne est chauve, encadré de gris finissant en petites pattes blanches au niveau des oreilles – tête un peu rejetée en arrière comme pour faire porter la voix, alors que ce n'est sans doute pas le cas puisqu'il n'a qu'une auditrice, - une habitude sans doute – yeux plissés comme pour mieux voir, bouche qui sourit du plaisir de parler. Il tient un verre à pied contenant un fond de rosé. La femme est vue de profil, une masse de cheveux ondulés, un peu défaits par la fête, mais très soigneusement coupés pour créer un effet mousseux sans excès, un nez très saillant et très droit, plein d'assurance, une bouche qui s'arrondit pour une réponse, un long cou, un bras nu, joliment charnu traverse la robe légèrement évasée, d'une jaune franc et mat, pour rejoindre l'autre main sur un objet cylindrique, sans doute un paquet enveloppé de tissu blanc froncé en corolle par un galon de passementerie également blanc à l'extrémité visible. Elle porte un collier de deux rangs de très grosses perles noires soutenant un gland de soie rouge. Leur proximité marie familiarité et cérémonie.

Au fond, en partie haute, dans un lointain rendu flou par la lumière, une ville et une petite montagne, un bras de mer frissonnante, sans doute une rade, qui vient buter sur une rambarde noire et une table, le dessus en raccourci portant plusieurs rangées de verres et une carafe, juponnée de blanc. A droite le quart d'un dos masculin, complet gris, chemise blanche, cheveux gris avec un début de calvitie et un fragment d'un visage masculin également, bronzé de rouge, lunettes ; on ne voit rien d'autre, il est masqué par le dos précédent et par l'épaule de l'une des deux jeunes femmes qui sont le sujet principal. Elle est vue de trois quart face. Belle silhouette jeune, mince sans excès, d'autant plus mince que l'attitude de départ était certainement contrôlée et le ventre soigneusement rentré, dans sa robe en tricot de coton drapé souplement sur le corps qu'elle gaine, un décolleté large bordé d'un revers qui couvre le buste et le haut de l'épaule, plusieurs rangs de perles dorées en collerette montant sur le cou assez long. Un visage long et très régulier, une bouche ouverte dans l'attention, des joues qui ont encore un peu d'arrondi enfantin et des cheveux châtain doré souples, retenu par un serre tête simple et tombant sur les épaules. Ses deux bras sont repliés vers elle comme en attente, l'un tient un verre à pied vide, incliné. Face à elle, de trois quart dos une jeune femme un peu plus âgée, un peu plus épanouie, vêtue d'une robe de gros tissu soyeux, bleu sourd assez pâle, avec des grosses fleurs stylisées brunes et d'un bleu légèrement plus foncé, l'ensemble donnant un peu l'impression d'un brocard, buste serré sur une jupe évasée, une ceinture de même tissu plongeant légèrement pour se boutonner à l'arrière et un décolleté en v, bordé d'un revers qui s'ouvre assez profondément dans le dos. C'est cet ensemble robe, peau du dos et du haut du bras que l'on voit surtout, baignés qu'ils sont de lumière, l'avant bras, qui tient par le bord un verre également vide, et le visage restent dans une ombre douce. Elle a des cheveux courts, d'un brun légèrement roux, une petite bouche fermée, un nez fin, le tout orienté, avec la passivité neutre que donne l'attention, vers quelque chose qu'on ne voit pas, vers ce que désigne le doigt d'une main, à laquelle est suspendue un verre de vin blanc ou de champagne, au bout du bras d'une troisième femme, presque totalement invisible - on voit juste dépasser des mèches d'un brin doré et un mince fragment d'une hanche en robe noire derrière la femme de gauche - mais qui, malgré cela, est à ce moment la principale puisque c'est elle qui parle et désigne.

Dans un coin d'un grand salon, grandes dalles blanches, murs blancs structurés en panneaux par des moulures peintes en ce bleu clair des stucs provençaux, les panneaux ainsi marqués peuplés de tableaux clairs de tailles diverses accrochés en un désordre réfléchi, une petite commode en beau bois fruitier, dix-huitième, ou copie de bon ébéniste du début du siècle suivant, sur la droite, une banquette recouverte de cotonnade rouge sombre un peu éteint à guirlandes de plates fleurs blanches sur la gauche, tissu que l'on retrouve en un boutis jeté sur un canapé moderne blanc dont on ne voit qu'un fragment à droite, un groupe, dessinant une forme vaguement géométrique, resserré sur lui-même, peut-être pour complaire au photographe, alors que l'image, prise d'assez loin – on voit au premier plan deux petits guéridons modernes, même taille, même forme ronde, au demeurant très dissemblables (matériau, couleurs) –, laisse autour d'eux un large espace. Une femme encore jeune, une cinquantaine qui ne se voit guère, assise sur un fauteuil restauration, très simple, comme les meubles anciens des pays scandinaves, d'après ce qu'on en voit, assise bien droite, jambes fermement jointes, pantalon de grosse toile d'un beige très pale, chandail gris dont le décolleté en v très large laisse voir un chemisier sans col blanc dans un piqué légèrement brillant, des cheveux courts, souples, striés de blanc ; elle a un sourire un peu crispé par l'attente – il semble que le photographe connaisse mal son appareil, hésite, et que la pose dure depuis un certain temps, la main droite (gauche pour nous) maintient deux paquets posés sur ses genoux, l'autre main est levée, exhibe comme en un geste d'invite, une flute, de champagne sans doute. Derrière elle, comme pour l'enclore, la protéger, ou comme un mur de fond lui servant de décor, quatre personnes dont les tailles variées dessinent un triangle plongeant sur la gauche. A droite une femme, toison bouclée presque totalement blanche encadrant un joli visage, encore assez ferme, où des yeux clairs semblent couler d'une petite tendresse, tenue rurale-citadine qui est, avec des variantes personnelles, celle de tous les personnages, un peu penchée en avant comme pour s'avancer, reprendre le cours de ses occupations, arrêtée aimablement pour un instant, et sourire très crispé par la durée de cet instant. Elle tient devant elle, comme un outil oublié, sa flute de champagne. Une main fait le geste de lui prendre l'épaule, mais ce n'est qu'ébauché, main qui appartient à l'homme, légèrement plus grand, crâne un peu dégarni semble-t-il, mais ce n'est pas certain ; il rejette légèrement la tête en arrière, menton levé, bouche entre parole et sourire, il doit venir de tancer ou conseiller la ou le photographe ; les yeux, assez petits et très noirs sourient. Son autre bras tient l'épaule de la femme épanouie à sa droite, presque de même taille que son pendant, sourire franc, visage frontal de femme dynamique, masse confortable sans mollesse, ce qu'il faut pour accueillir sans doute des petits enfants auxquels raconter des histoires. Son bras gauche prend le relai de celui de l'homme pour maintenir dans le groupe la petite bonne femme, nettement plus petite, celle qui prolonge vers le bas le côté gauche du triangle, visage plissé, grandes rides encadrant le très grand sourire à bouche fermée, dominées par des cernes profonds où se nichent des yeux qui reprennent à gauche la tendresse coulante déjà perceptible à droite. Elle est un peu recroquevillée, comme pour s'excuser, et ses mains serrent sur sa poitrine, son ventre, une flute et un grand paquet plat enveloppé de papier kraft. Une cellule fraternelle, de sang ou d'élection et longue habitude (ils sont physiquement très différents) arrêtée un instant dans le sentiment du lien qui, distendu mais présent, en relie les membres. 

9 commentaires:

casabotha a dit…

Bien accroché par votre sens du descriptif (je ne suis pas allé jusqu'à la fin, l'époque rapide pour excuse).

brigitte celerier a dit…

sourire, je vous comprends !

Arlette A a dit…

Superbe et relu deux fois Belle idée de ces portraits masqués mais si présents dans ton discours je reste ....pantoise

brigitte celerier a dit…

et moi admirative devant tout courage

Dominique Hasselmann a dit…

Aujourd'hui, grève dans les ateliers... :-)

brigitte celerier a dit…

oui, l'intuition est venue pour le tiers livre, mais suis très très perplexe quant au chemin à suivre vers elle

Claudine a dit…

Faire beaucoup de place à l'Amour

brigitte celerier a dit…

de toute façon dans ma vie l'amour reçu et de plus en plus donné (raréfaction due à des éloignements très anciens) se trouve très au large (sourire)

Anonyme a dit…

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