jeudi, avril 05, 2018

juste deux salles

Brigetoun mérite des coups de pied dans le derrière, le sait, ne la fait pas assez. Brigetoun avait décidé, sans que cela soit strictement nécessaire et urgent, d'aller renouveler réserves patates, huile locale en bidon – plus que pour deux ou trois jours de ces bidules – agrémenter de légumes pas trop caloriques, et s'offrir poisson frais et puis le Canard, bien sûr le Canard.. Brigetoun avait trop de force ou de tension, et puis flottait à la surface du monde et du réel, a vu les branches lianes de l'olivier fou danser avec énergie désordonné, sous un ciel blanc, a jugé qu'elle tremblait avec lui, a regardé le couffin posé près de la porte, a pensé bof, l'a rangé, est restée lâchement dans l'antre, a eu sommeil, a pensé non, s'est installé dans lectures, dans les ruminations et le réveil de honte provoqués par le film de Denys Granier-Deferre 93 rue Lauriston vu à l'entrée de la nuit, mardi soir, l'empressement des très distingués (ou moins distingués) recyclables à solliciter et assister aux fêtes sur fond ignoble de sombre sang et de trafics, et puis, pendant que des nuages courraient au dessus de la cour, que l'ombre alternait avec l'illumination des murs, a entrepris de trier les photos ramenées de la collection Lambert, a préparé ce qui suit, qui se limite à deux salles et un escalier... pour la suite s'interroge : peut-être se borner à un album personnel, paumée est en basses eaux, donc ennuyeux, et flemme de mettre en ligne ce que chacun aura la flemme ou pas le temps (je connais assez souvent ce mélange d'intérêt léger ou fort et d'agacement grand) de regarder
Enfin, pour reprendre là où j'avais laissé j'aime Avignon
Dans la dernière salle du premier étage de l'hôtel de Caumont, deux grandes photos impossibles à photographier de Douglas Gordon, photos prises de sa double exposition, au musée et dans la grande chapelle du palais, en 2008 (serpents, paons, scorpions et ânes...) photos exposées ensuite à la gare TGV
Et les ânes dont l'image projetée dans la chapelle avait été photographiée marchent maintenant dans le reflet de la grande oeuvre (peinture murale pouvant être exécutée en formats différents) de Lawrence Weiner All the Stars in the Sky have the Same Face ou : chaque religion a des résonances dans les autres, conçue pour l'exposition «Mirages d'Orient, grenades et figues de Barbarie» de 2012
Surtout, peut-être, à l'entrée dans la salle, petit, discret, et beau, un dessin d'Adel Abdessemed le joueur de flutte que viens de retrouver dans le beau catalogue de la même exposition (presque plus intéressant par les textes rassemblés que ne l'était cette exposition touffue) à côté d'une photo extraite de sa vidéo de la même année, 1996, sur le même sujet.
Par un passage, où je retrouve en format plus petit, d'autres photos de la série des portraits d'Isabelle Huppert par Roni Horn
gagner l'escalier et puisque la jeune femme, sur le palier du haut m'assure que la période flot de fumée rouge est close, grimper sous les combles
pour trouver presque secrète, émouvante et dépouillée une évocation de la distribution des lucioles dans la prison Sainte Anne avec
près de l'entrée, une photo de Douglas Gordon Guilty (Tatoo for Reflection) qui y figurait et une sérigraphie de François Halard Prison de cette photographie telle qu'elle était exposée «François Halard a réalisé plusieurs reportages photographiques pour le musée... Il fut un des premiers à pénétrer dans la prison vide avec moi, puis quand les oeuvres commençaient à peupler les cellules des anciens prisonniers» Eric Mezil
trois oeuvres de Christian Boltanski, Monument Odessa qui figurait dans l'exposition à Sainte Anne,
Reserves que j'ai retrouvé en regardant ce matin la dernière de trois belles vidéos tirées d'un film de Heinz Peter Schwerfel, les vies possibles de Christian Boltanski, où il parle de son oeuvre, de son regard, sa philosophie, son projet (y compris la dérision), la conservation de la mémoire d'inconnus, l'autoportrait de nos fragilités etc... (si vous aviez le temps...)
et une oeuvre (installations de grands caissons avec des photographies éclairées) tout au fond de la salle, rappelant les heures sombres de notre histoire
et surtout (mais je me suis arrachée et n'ai vu qu'à peu près dix minutes sur les vingt-cinq environ de sa durée, parce qu'il y avait tant à voir) l’oeuvre vidéo où la documentariste et auteure Marceline Loriden-Ivens revient dans la prison après 70 ans : elle y avait été jetée avec son père pendant la Guerre — père qu’elle ne reverra pas alors qu’elle est envoyée à Auschwitz-Birkenau où elle devient camarade de paillasse avec Simone Weil, avec qui elle sera amie jusqu’à sa mort en juillet 2017.
et les deux autres expositions Rêvez#2 et Djamel Tatah viendront plus tard.

6 commentaires:

casabotha a dit…

Huile locale en bidon (olive bien sûr ?); le Canard...enchaîné ou confit?; vous avez flotté au monde flottant.

Hue Lanlan a dit…

si belle expo merci

Arlette A a dit…

Bravo pour cette rétro et revoir et entendre le témoignage si émouvant de la flamboyante Marceline Loriden Ivens oui le titre de l'expo est juste j'aime Avignon

brigitte celerier a dit…

casabotha huile d'olive bien entendu, et canard enchaîné… tant pis pour lui

Hue Lanlan ce n'était qu'une faible partie

Arlette malheureusement je ne sais pas où on peut trouver cette vidéo (d'autres oui mais pas celle là où elle déambule dans les couloirs vides (la transformation est en cours)

Godart a dit…

Souplesse d'esprit hors norme nous permettant de passer d'un repas ascétique (les œufs de Pâques), à un repas pantagruélique sur la collection Lambert. J'ai bien conscience que l'explication est dans la carcasse. Mais le plaisir est toujours le même de vous suivre dans ces deux parcours.

brigitte celerier a dit…

merci (mais le vrai pantagruélique sera pour plus tard peut-être