mercredi, avril 04, 2018

On leur fait dire : j'aime Avignon

M'en suis allée en début d'après-midi, sous un ciel voilé qui de temps à temps s'était laissé forer pour qu'un peu de lumière caresse le mur de la cour, mais qui s'était bien solidement, semblait-il refermé, dans un air qui fleurait bon la tendresse printanière (mon chandail de laine et mon manteau léger étaient légèrement excessifs)
vers la collection Lambert pour voir les trois expositions pour, autour ou à l'occasion de Djamel Tatah.
Il n'est que peu, et très anecdotiquement présent dans la première, qui débute au premier étage de l'hôtel de Caumont, intitulée «j'aime Avignon» (le j'aime étant remplacé par un coeur) qui évoque les artistes phares de la collection. (et comme, malgré les photos loupées – j'étais semble-il moins en forme que le pensais, à part la marche difficultueuse – j'en ai beaucoup trop, je vais en rester à cela pour aujourdhui)
Avec, dans la première salle, une série de portraits parfois malmenés, comme les grandes photos percées de miroirs de Douglas Gordon (qui ici sont rebrouillées par les fenêtres et les rampes lumineuses)
et les images constituées de pierres, de matériaux divers de Vik Muniz
mais aussi la belle série de la troupe de la Comédie française d'Andrès Serrano
La salle suivante, hors l'introduction par une première série des photos intrusives de émouvantes d'Isabelle Huppert par Roni Horn (que l'on retrouve comme des points de suspension au fil des salles), est vouée au souvenir de l'exposition des «papesses» (il manque Camille Claudel et Jana Sterbak) il y a quelques années, ici et au palais des papes
avec un grand Berlinde de Bruyckere, un de ceux que je préfère (relativement, j'ai avec son oeuvre des rapports ambigus), au mur une aquarelle de Bubu de la Madeleine et sur le petit projecteur sous la fenêtre une courte vidéo qui m'a retenue un moment de Brigitte Cornand chère Louise consacrée à Louise Bourgeois (ne sais si elle figurait dans l'exposition des papesses, n'en ai pas gardé souvenir, j'ai dû la négliger)
une autre photo d'ensemble prise - en parlant, est-ce pour cela qu'elle est loupée – mais tant pis la garde pour mémoire de l'oeuvre de Jannis Kounelis (jeannette, fer à repasser et oiseau empaillé)
une grande tapisserie brodée (pas noté le nom de l'auteur) reprenant, répétant les noms des «papesses»
et à côté de la porte vers la salle suivante la grande lune bleue de Kiki Smith
Salle suivante où, en entrant, on voit d'abord les deux grandes lames de ciment de Claude de Soria devant un très beau panneau de Giuseppe Penone «il verde del bosco primavera» (chlorophylle sur toile),
le reste de la salle étant voué à Messiaen l'avignonnais avec un portrait photographie dont j'ignore l'auteur et deux oeuvres d'Idris Khan dont une très grande, «la fin du temps» (impression numérique sur papier) acquise à l'occasion de l'anniversaire de la naissance du compositeur
Une salle obscure avec une vidéo de Jonas Mekas «song of Avignon»
Dans un passage plusieurs dessins d'Avignon dont un Man Ray très raide qui m'a fait apprécier pour une fois les deux petits Auguste Chabaud et de grandes photos de Nan Godin connues et aimées
et puis la grande galerie qui est consacré à des artistes qui ont résidé à Avignon comme Louise Lawler invitée par Yvon Lambert parce que les attentats du 11 septembre 2001 avaient supprimé les vols vers New York, d'où le nom de cette petite oeuvre «Drops Brush not Bombs»
et d'autres qui ont travaillé avec des enfants avignonnais
Joey Kötting qui a repris l'air du pont d'Avignon avec cette grande toile bleu installée en 2002 sur le pont où des enfants d'une école d'Avignon et d'une école de Carpentras «réalisèrent des performances» et qui de retour à New York fit un montage des photos des élèves et une bande son diffusée discrètement
On Kawara qui réalisa dans l'école primaire de Jean-Henri Fabre «Pure Consciousness» série de petits livrets (si j'ai bien compris, mais photos inexploitables) et Vik Muniz qui organisa aux Célestins un atelier pour que les enfants reproduisent, en s'inspirant de son oeuvre, avec des plantes séchées un Van Gogh, atelier dont des photos sont exposées sur la même table
comme les dessins d'Antoine Audiau et Manuel Warosz, graphistes du musée, exécutés au feutre d'après les oeuvres phare de ce dernier.
Entre les fenêtres sur la rue des hommages à la ville, avec la pochette de disque de Mireille Mathieu retravaillée par Christian Marclay
et les traces d'une grande fresque provisoire, empreintes de pinceau, de Niele Toroni
Et puis, sur le mur face aux fenêtres une série de tableaux de classe, ceux qu'avaient laissés, en déménageant pour faire place à la collection l'Université de lettres, qui ont servi de support à certains des premiers artistes exposés, et d'autres peints pour l'actuelle exposition
avec notamment Djamel Tatah (première présence cette après-midi) à côté du «retour à Berratham» (en souvenir d'un des derniers festival et d'un beau spectacle dans la cour d'honneur) d'Adel Abdessemed
d'une superbe (à mon avis) pieuvre de Barcelo
et d'un tableau noir recouvert de pétales de peinture verte de Bertrand Lavier

Voilà que vais feuilletoner encore plus que ne le pensais, je garde pour demain la suite de cette première exposition.

11 commentaires:

casabotha a dit…

La pieuvre est en effet délicieuse.
Merci pour votre vigueur retrouvée!

brigitte celerier a dit…

au moins un peu de volonté

Dominique Hasselmann a dit…

Si tous les tableaux de classes avaient cette classe, Jean-Michel Blanquer n'en reviendrait pas !

Merci pour la visite !

brigitte celerier a dit…

et les élèves apprendraient à rêver

Arlette A a dit…

Un grand plaisir de retrouver tous nos habitués ici ou là et Vic Muniz et les fleurs sechees en reproduction monumentale un beau souvenir entre autres

brigitte celerier a dit…

là je vais faire entendre un avis discordant, j'aime bien le principe, j'ai aimé les bouquets de fleurs séchés attendant les gosses dans la chapelle, mais à part Marlène étincelante je n'aime guère ses oeuvres (goût personnel)

karim a dit…

étonnant comme le Penone, dont on ne voit presque rien, en photo, est immédiatement "plastique" - beau souvenir de "respirare l'ombra", dans le Palais des Papes, lors de l'expo "La Beauté" (oeuvre que j'ai revue à Beaubourg, bien plus tard - et sentie : l'odeur des feuilles de laurier...)
- ses oeuvres du début me gênaient un peu (quand il imposait aux végétaux des formes contraintes, d'une manière qui pouvait sembler violente) - je préfère quand, comme là, il permet aux végétaux de s'imprimer (s'exprimer ?) sur des supports divers...

brigitte celerier a dit…

et, au moins d'après les photos puisque n'était plus parisienne un des rarissimes dont le passage à Versailles a été en osmose avec le parc (un certain nombre d'invités banckables qui étaient dents gâtées et présence injurieuse)

karim a dit…

pas vu, hélas, ses installations versaillaises - mais bien d'accord sur un certain nombre d'invités "banckables"...
- le barcelo, aussi, très beau (à la bnf, il y a deux ans, ses peintures sur les immenses vitres, tout le long du long couloir, étaient magnifiques !)

brigitte celerier a dit…

Barcelo il y en a pas mal chez Lambert (et puis un été grande exposition au palais et chez Lambert, plus un éléphantet longtemps sur la place du palais, les avignonnais l'auraient bien gardé, et un spectacle où lui et Joseph Nadj dansaient avec de la terre, l'aime quasi sans condition

karim a dit…

ah, j'avais oublié l'éléphant (sur sa trompe, cul en l'air - légèrement obscène) - l'ai pourtant pris en photo, à l'époque...
(l'an dernier, à jacquemart-andré, il y avait, en guise de bouquet final, dans la dernière salle de l'expo "de zurbaran à rothko - la collection alicia koplowitz", deux très beaux barcelo (en particulier une barque, qui faisait écho, pour le parisien, à celles qu'on avait pu admirer à beaubourg, dans l'expo twombly) - il a sa place, méritée, dans les bonnes collections...)