vendredi, mai 11, 2018

Pour continuer avec René Char

Parce que depuis plusieurs jours j'avais une envie de tenter de répondre à la cinquième proposition de l'atelier de François Bon sur le tiers-livre http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4745 (raison pour laquelle je n'ai pas encore lu les contributions qu'il a reçu http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4744 – je vous juste qu'il y en a treize) et que j'avais choisi mon thème, me suis installée, matin, dos contre le mur, face au soleil qui tentait de se frayer un passage -, petit carnet en main... et parce que malgré l'inconfort relatif les mots venaient en rafales, trop, mais que je me sentais de moins en moins sûre de mon idée de départ, suis rentrée au bout d'une vingtaine de minutes, au moment où le bleu s'affirmait, parce que, aussi, je voulais finir d'utiliser les photos prises chez Angladon...
Et là, me suis mise à jongler avec mes souvenirs, avec le Biblio acheté hier, avec les trois recueils que j'avais déjà, et je n'ai pas vu le temps passer... au long d'un cheminement qui a ramené bien plus que ce qui suit, qui est déjà très long
Or donc, pour continuer la visite, il y avait :
un manuscrit enluminé de René Char avec un texte de Don Juan et le début de Débris et mortels et Mozart
Au petit jour, une seule fois, le vieux nuage rose dépeuplé survolera les yeux désormais distants, dans la majesté de sa lenteur libre ; puis ce sera le froid, l'immense occupant, puis le Temps qui n'a pas d'endroit.
Sur la longueur de ses deux lèvres, en terre commune, soudain l'allégro... un de mes textes-poèmes préférés (ne me demandez pas pourquoi) repris dans la bibliothèque est en feu et autres poèmes.. avec cette difficulté qui vient de ce que, comme le dit Marie-Claude Char les poèmes paraissent dans différentes versions en revue, en plaquettes à tirage limité, ou bien même sont glissés dans un tiroir pour y être oubliés.... soudain ils renaissent différents sous un nouveau titre, kidnappés d'un volume pour apparaître dans un autre... des oeuvres fragmentées, isolées, naissantes, encore dans les limbes, déplacées dans le temps pour privilégier un moment ou certains événements.
Et je ne sais à quoi se rattache cet autre manuscrit de 1956, sur Jeanne d'Arc, dont je n'ai capté que des fragments incomplets, mais qui sur le moment m'a séduit, peut-être pour la façon dont cette rude et tendre description du corps fait une place à un dessin qui se rapporte lui à la terre d'où vient ce corps Voilà ce que cela donne en trait de terre
«Verte terre de Lorraine – terre obstinée des batailles et sièges. Terre sacrée de Reims. Terre fade, épouvantable du cachot. Terre des immondes/ Terre vue en bas sous le bois du bucher. Terre flammée. Terre peut-être toute bleue dans le regard horrifié. Cendres.»
Comme une relique, parce que, à l'exception de quelques pages copiées pour une revue, c'est le seul exemplaire manuscrit, les feuillets d'Hypnos....
un petit manuscrit dessiné, des passages, se rapportant à ce tant aimé recueil de guerre paru en 1946 dans la collection «Espoir» dirigée par Camus, chez Gallimard.
une carte, sans date, adressée à Yvonne Zervos, citant «Lettera amorosa»
des aquarelles ou gouaches de René Char
et puis, pour une partie des compagnonnages avec quelques uns des peintres amis,
une des gravures (burin) de Vieira da Silva pour l'inclémence lointaine (1961)
L'oeuvre de Vieira da Silva surgit et l'aiguillon d'une douce force obstinée, inspirée, replace ce qu'il faut bien nommer l'art, dans le monde solitaire de la terre qui coule et de l'homme qui s'en effraie. Vieira da Silva tient serré dans sa main, parmi tant de mains ballantes, … quelque chose qui est à la fois lumière d'un ami et promesse d'une graine... (dans préface au catalogue de l'exposition de l'artiste en 2961 chez Jeanne Bûcher.
Une eau-forte avec aquatinte de Braque pour la page de titre du Soleil des eaux (chez H.Matarasso 1949) texte né, je crois, d'un séjour chez Braque à Varengeville en 1948, et des longues promenades en sa compagnie le long de la plage et de la mer, et qui fut créé à la radio, dans une réalisation d'Alain Trufat sur une musique de Boulez, en avril 1948
Braque est celui qui nous aura mis les mains au-dessus des yeux pour nous apprendre à mieux regarder et nous permettre de voir plus loin, passée la ligne des faits d'histoire et des tombeaux.. («songer à ses dettes» octobre 1963)
une aquarelle de Victor Brauner truite éphémère de 1951
Rives qui croulez en parure
Afin d'emplir tout le miroir,
Gravier où balbutie la barque
Que le courant presse et repousse,
Herbe, herbe toujours étirée,
Herbe, herbe jamais en répit,
Que devient votre créature... («la truite» un des «quatre fascinants» poèmes illustrés par Victor Brauner – galerie Le Point – exposition «Bestiaire» 1951, mais il s'agit là d'une esquisse)
Trois des très grandes estampes de Wilfrid Lam (grand plaisir de Brigetoun qui n'en avait pas vu depuis longtemps et qui aime cette oeuvre) pour Contre une saison sèche textes écrits aux Busclats en 1969 et publiés en diptyques, romain et italique ( repris à la fin du «Nu perdu»)
«Nous passerons de la mort imaginée aux roseaux de la mort vécue nûment. La vie, par abrasion, se distrait à travers nous.
La mort ne se trouve ni en deçà, ni au-delàL Elle est à côté, industrieuse, infime»
Et, pour une collaboration antérieure, en 1953 (Char avait découvert Lam en 1947) le rempart des brindilles (cinq poèmes repris dans «La parole en archipel» dont l'inoffensif
Je pleure quand le soleil se couche parce qu'il te dérobe à ma vue et parce que je ne sais pas m'accorder avec ses rivaux nocturnes. Bien qu'il soit au bas et maintenant sans fièvre, impossible d'aller contre son déclin, de suspendre son effeuillaison, d'arracher quelque envie encore à sa lueur moribonde...
et sur Lam, dans la préface au catalogue de son exposition de février 1953 chez Maeght
Je ne vois pas de forêt habitée, quoique jamais rejointe, sur la mappemonde terrifiante des hommes, qui nous hèle mieux que celle où Lam rassemble ses créatures amaigries, par la nervosité de l'art, cependant rafraichies par l'expansion naturelle du peintre passant la barrière de l'air.
Mal reproduites et d'ailleurs assez petites mais gardées parce que, sans détailler leur mosaïque, j'entrais dans cette terre toute proche, en leur jetant des petits coups d'oeil de biais, tout en regardant une vidéo ou un long passage d'une vidéo, mais mes jambes tiraient un peu trop et j'ai abandonné, les photos (1951) d'Henriette Grindat figurant dans la postérité du soleil avec un texte d'Albert Camus et une post-face de René Char (1965)
et, cueillis en regagnant l'escalier, une lithographie de Georges Braque pour l'édition de Lettera amorosa chez E. Engelberts à Genève en 1963,
des illustrations (bois) de Nicolas de Staël pour une édition de poèmes chez J.Dubourg en 1952
les bois que Nicolas de Staël a gravés pour mes poèmes (pourtant rompus aux escalades et aux sarcasmes – les phrases précédentes parlaient d'empreintes et de leur attribution contestée au Yeti -) apparaissent aujourd'hui pour la première fois sur un champ de galaxie et de neige... Staël et moi, nous ne sommes pas, hélas, des Yétis!) Mais nous nous approchons quelquefois plus près qu'il n'est permis des vivants et des étoiles.
Et puis, une fois sortie, j'ai salué la Livrée Ceccano, en face, et l'animation tranquille du jardin en ce milieu d'après-midi, mais j'ai passé mon chemin, parce que jambes... (va falloir que je m'aguerrisse un peu), parce que bidules pratiques à faire, laissant les deux expositions en lien avec ce moment Char pour un autre jour.

4 commentaires:

casabotha a dit…

Souvent femme charivarie

Claudine a dit…

Trésor sans fin !

brigitte celerier a dit…

peut-être pas tout de même (sourire)

Arlette A a dit…

Cela donne envie de relire les échanges de lettres entre Nicolas de Stael et Rene6 Char..en préparation à l'exposition d'Aix