vendredi, juin 15, 2018

Coin de rue (un peu) depuis l'antre

journée entre lavage cheveux, lessive, un peu, repassage, un peu davantage, plaisir des yeux fermés sous la brûlure du soleil, encore un peu plus, lecture de contributions à l'atelier d'été de François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3608
journée dans l'antre malgré le joli temps puisque, dans la matinée, un mitral adolescent a balayé sans grande violence mais avec force et efficacité le ciel, avant de sa calmer et de nous laisser sous un bleu avignonnais, et comme j'ai vu apparaître sur quelques blogs certains des textes qui contribuent à l'assez formidablement fourmillement de l'atelier, je reprends ici mes paragraphes répondant aux cinq premières vidéos-consignes (François Bon a judicieusement trouvé, pour mon ensemble le titre de En tournant ce coin de rue)

En tournant ce coin de rue, ce matin là, il a reconnu... un éclair, une surprise. C'était la première fois, il le pensait, qu'il infléchissait ainsi ce trajet presque habituel, et pourtant... Oh ce n'était rien de particulier, la rue qui s'ouvrait devant lui, qui se pressait toute droite vers un ailleurs, n'était qu'une longue ligne tracée dans un tissu banal, mais il y avait eu, soudain, cette sensation de familiarité. Arrêté là, au coin, il a cherché. Et oui, c'était ça, cette façon dont une fenêtre, presque à l'angle, enfouie dans des plantes grimpantes, avait brillé, fait signe à l'oeil qui la balayait, c'était elle, oubliée mais venue de la brume d'un temps ancien, d'une strate négligée de son passé. Il a regardé la fuite de la rue entre les façades vers de lointains feuillages, a secoué mentalement une tentative de naissance d'images floues, peut-être aussi sa tête s'est-elle imperceptiblement redressée, et il a continué son chemin.
Dans la rue principale de ce quartier, qui montait en pente douce entre deux rangées de platanes chenus, boursouflés, et joyeusement parés de bouquets de feuilles que le vent rendait musicales, du côté gauche, un peu après l'église, dans la rangée de petits immeubles de pierre qui n'avaient de noble que la beauté, l'harmonie, de leurs percements, et des quelques portails de jardins qui s'y intercalaient, s'ouvrait, en biais, discrète, une petite rue assez peu fréquentée. L'immeuble d'angle, celui qui suivait cette petite béance, présentait un angle arrondi, encore adouci par un épais manteau de vigne vierge, et l'oeil curieux qui s'attardait sur lui, en début d'après-midi, était arrêté une seconde par l'éclat du soleil qui, profitant de l'interruption de la ligne de platanes, venait frapper, à mi-hauteur, la vitre d'une toute petite fenêtre presque engloutie dans les plantes. Mais ce n'était finalement pas elle, ni la grande baie horizontale, assez inhabituelle pour le quartier, qui perçait la suite de la façade, là où la vigne s'arrêtait pour laisser apparaître un crépi d'un beige ocré, qui marquaient la mémoire des enfants, ou des passants sensibles, ou rêveurs, et donnaient à cette petite rue un air vaguement inquiétant, un peu étrange, mais les deux fenêtres de la maison qui leur faisait face, aux vitres voilées de rideaux de mousseline défraîchie, un peu grise, ou plutôt les vagues histoires, venues d'on ne sait quand, évoquées évasivement, et toujours en chuchotant un peu, qui parlaient de mouvements entraperçus par des passants isolés, surtout le soir, et qui n'étaient certainement pas provoqués par des mouvements d'air – l'un des vantaux était très légèrement ouvert – mais par... et l'on ne disait pas quoi. Bien sûr en racontant cela on souriait un peu, en l'écoutant on en riait, et puis on parlait d'autre chose, mais ça restait là, dans un recoin du crâne de certains qui ne se l'avouaient pas et qui avec les années l'oubliaient ou le croyaient.
3 – se retourner https://youtu.be/vULzg367Axc
Et derrière celui qui maintenant n'avançait plus guère, il y avait, l'ancrant dans le presque familier, cette grande rue du bourg, cette grande rue ou route parcourue souvent parce qu'elle était une des sorties de la ville, mais demeurant encore pour quelques kilomètres rue principale du gros village devenu quartier de la cité, sans perdre sa personnalité et son nom, rue déserte en ce milieu de matinée avec ses rangées de platanes sans âge, ses maisons sages, l'église romane derrière le petit espace laissé vide pour former une place avec deux bancs, un massif de fleurs champêtres et le panneau racontant l'histoire de la construction de l'église et du temps où le bourg était l'égal de la ville qui l'a maintenant englobé, la grande brasserie flanquée d'une petite pizzeria et d'un marchand de journaux, à l'allure très citadine, comme transplantés du centre. Et puis, un peu plus loin encore, le pavillon noble, entouré d'un parc qui est maintenant le jardin municipal, l'école déserte en cette saison de vacances et le moment où la rue redevient route, perdant ses platanes, passant le long de deux cités, de villas endormies derrière leurs petits jardins d'où débordent des buissons de lauriers ou de bignone, un ou deux terrains vagues avec des ferrailles ou un mur croulant sous des plantes, un étang, traversant cette couture entre la ville et l'ancien bourg, cette zone qui ne porte comme nom que l'appellation vague de «vers X» avant un rond-point, un cyprès et un micocoulier étonnamment vivace au centre, et autour un garage, un restaurant de chaîne, des jardinières étiques et le retour des platanes pour l'entrée dans le coeur de la ville. 
4 – s'éloigner https://youtu.be/aBFRsP2t9uw
L'éclat du soleil sur ce bout de vitre avait réveillé, dans l'indécision du souvenir, la chaleur lourde, solide, des midis ou des après-midi d'été en leur naissance sur cette ville, quand les platanes filant dans la direction du soleil restaient nus, ne projetaient aucune ombre bienfaisante où se couler, en passant d'une tache de fraicheur à l'autre, et que c'était un long ruban calciné qui reliait ce coin de rues aux portes de la ville, qui continuait ensuite, juste un peu atténué par quelques murailles en biais, plus hautes, assez pour, à mesure que les heures inclinaient la lumière, créer l'amorce de plages d'ombre amenées à s'étendre, à donner l'illusion d'un soulagement - même si les pierres surchauffées lâchaient encore un peu de touffeur - à ceux qui n'avaient pas la ressource de connaître les trajets détournés empruntant un dédale de petites rues que leur orientation baignait d'une pénombre délicieuse, jusqu'à descendre vers le pré brillant sous la lumière pour cueillir le jeu des petites taches claires sur la coulée sombre, puissante, rafraîchissante, au moins pour l'esprit, du fleuve, là où la ville s'achevait.
Le trottoir, très étroit comme presque toujours dans la ville – les rues étant conçues pour de petites charrettes ou fines calèches, les piétons s'écrasent comme jadis contre le mur lors du passage d'un véhicule, mais on a ajouté l'idée d'un abri en hommage à la rapidité des automobiles – manque à l'angle et au début de la petite ruelle, remplacé par des débris divers, fragments de pierres provenant du trottoir détruit et d'une petite borne brisée, branches cassées, quelques bouts d'écorce et des feuilles qui finissent de se décomposer, comme si l'endroit avait été voué, implicitement, à leur servir de réceptacle ; à la limite du pan de mur envahi de feuilles, juste avant que démarre le trottoir, sur un peu moins de trois mètres de longueur, une petit aile en retrait s'intercale avant la maison au crépi ocre, créant un minuscule jardin borné par une palissade de planches peintes d'un bleu gris qui s'écaille sur laquelle croulent les branches d'un étique laurier rose qui pose courageusement de douces notes vertes et roses devant le bout de façade couvert d'un enduit gris désastreux. Une porte étroite s'ouvre sur ce bout de jardin dans la maison d'angle, celle de la vitre enfouie sous les feuilles.
Le 6 et les suivants (qui sont encore dans les limbes et l'indétermination viendront plus tard par groupes de 5, avec bien entendu une interruption en ce qui me concerne en juillet (vais avoir de quoi m'occuper en août pour rattraper retard, surtout en lecture)

3 commentaires:

casabotha a dit…

Coin de ciel en réfection

Claudine a dit…

touours belles vos villes

brigitte celerier a dit…

merci
mais le 6 hum ai pas aimé ce que j'avais écrit du tout, et commencé et abandonné le 7 hier pour reprendre zéro aujourd'hui… ne joueras dans la cour des grands mais n'aime pas que l'effort soit apparent