dimanche, juillet 01, 2018

atelier d'été du tiers livre - 13 en attente


Sous mes yeux et dans mes oreilles qui se réveillaient, ce matin, la vidéo de François Bon pour la 16ème proposition de son atelier d'été, https://youtu.be/FDjUPIpJRZI, et mon – zut ! Je suis punie d'être un peu sortie des clous.
M'en suis allée dans la ville – pharmacie, yaourts et brimborions – cherchant comment m'en sortir, et comme cela prenait trop de place – ce n'est pas uniquement une excuse, je cherchais un break – je suis au retour entré dans une boutique que j'aime bien, alors que les avais toutes longées avec une ferme indifférence (les tenues proposées ne sont finalement pas mon genre, ou pas adaptées à ma vie casanière) toute fière de mon pantalon rayon Monoprix fillette de 12 ans et de mon ti-shirt même endroit, même âge mais garçon... ai fait un peu le clown pour passer vite, pendant que les belles dames hésitaient, parce que j'avais trouvé mon bonheur intemporel...
Me suis aperçue, en voulant ranger le petit sac, vers quatorze heures que le prix posait problème, ai reconstitué l'erreur, suis retournée à la boutique et comme la responsable n'était pas là, ai convaincue (ticket de caisse indiquant une chemise au lieu d'une robe et un rabais bien moins fort, d'où 48 euros de trop) la charmante numéro 2, ai laissé sac, robe, ticket de caisse, avec un mot rédigé en commun, et m'en suis revenue les mains vides, j'espère une solution mardi (les malheurs comiques et pas graves de Bigetoun)... l'atelier m'était sorti de l'esprit ; est revenu dans l'après-midi jusqu'à ce que je cède et j'ai envoyé ma contribution avec une grimace parce que, loin des recherches de la plupart, ça tourne de plus en plus, je n'y puis mais, au feuilleton à deux balles.
Ceci dit je recopie, comme j'en prends l'habitude – et tant pis si je perds mes derniers lecteurs, ceux du moins qui ne sont pas sur la route -, ma contribution au n°13 – en attente
un point précis de la ville, et laisser faire le temps, ce point livré à son ordinaire
(l'ensemble des contributions : http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211)

Il restait là, immobile, à l'abri sous les arcades, regardant les dernières gouttes de l'averse. Il restait là, le petit sac de plastique contenant le vernis acheté aux Roques à bout de doigts, regardant l'absence de pluie, les pieds éclaboussés au passage des voitures qui profitaient pour accélérer - court plaisir d'un peu de vitesse - de la portion, inhabituellement large pour la ville, de la rue qui s'élançait en deux grandes courbes contrariées depuis la grande place vers l'une des sorties de la ville mais butait, là, à ce carrefour, après la grande horloge sur un pied de fonte qui en marquait le centre, sur l'étroitesse de la rue des Augustins, l'ancien axe... rue de gros bourg, aux façades lépreuses, nobles parfois comme la première à gauche, après l'esplanade de galets derrière l'église, avec ses belles fenêtres moulurées, dont depuis des années, semblait-il, la béance était virtuellement fermée par de grands croisillons de sapin. La ville reprenait vie et il n'avait pas envie de bouger. De la rue piétonne à sa droite émergeaient un adolescent aux sourcils froncés, deux jeunes filles rieuses portant des cabas en papier siglés de boutiques de mode, un homme aux larges épaules penché sur une poussette que suivaient des gamins, un couple à serviettes de cuir, lui en costume bleu, elle en tailleur noir ouvert sur un chemisier de dentelle, plongés dans une discussion sérieuse, évidemment sérieuse, et s'écartant pour laisser un minuscule bus électrique s'engager silencieusement sur la calade, et il balançait son sac, sans plus aucune envie de rentrer chez lui, sûr d'y retrouver l'ennui morne sur lequel il s'était levé, sans autre perspective que ce bricolage qui lui semblait maintenant idiot. Une femme est sortie de la boutique de linge de maison à l'entrée de la petite rue transversale, pour enlever les feuilles de plastique posées sur des étals. Face à lui, de sous les vieux platanes bosselés qui bornaient la rue des halles, sortait en trottinant un vieux couple, frôlé par quatre mobylettes qui jouaient à se dépasser, leurs conducteurs criant des injures dont le manque d'importance se noyait dans des rires. Il se sentait seul, égoïste, il se reprochait vaguement, maintenant, d'avoir abandonné l'idée de la rencontre prévue, il regardait les gens qui sortaient du bar, un vélo taxi qui roulait vers les halles, le grand bus bleu, presque aussi large que la rue des Augustins, qui traversait le carrefour, et puis, émergeant de la petite place de l'église, une grande fille rieuse qui l'a salué en souriant, qu'il a reconnu comme sa pharmacienne, à laquelle il a répondu par une amorce de révérence, ce qui les a fait rire un moment, et il se disait qu'il se mentait, qu'il ne se reprochait rien, au fond. Ils ont échangé des «vous allez bien ? Quel temps hein !» sans importance. Il a levé les yeux, le long des cyprès sur lesquels rebondissaient la tour de l'église, sa flèche, au dessus desquelles se crevait la grisaille pour un petit peu de lumière bleue, et il a marché jusqu'au bar.

5 commentaires:

brigitte celerier a dit…

bon non seulement ai recopié ile billet qui s"était effacé (comprends pas j'espère que ça ne se reproduira pas)
mais j'ai retrouvé dans un coin le commentaire de Dominique Hasselmann

"Finalement, une cabine d'essayage, c"est une sorte d'atelier sur soi-même, non ?"

auquel je réponds : bien pour cela que je m'en suis passée

Arlette A a dit…

Ben oui ta page n'existe pas pas grave tu es là

brigitte celerier a dit…

un peu angoissant tout de même (enfin toute proportion gardée) me sens toute fragile là

Claudine a dit…

quelle mémoire visuelle ! on devrait pouvoir dessiner votre quartier en suivant vos mots

brigitte celerier a dit…

à vrai dire non… parce que les éléments sont un peu transformés et surtout juxtaposés hors de toute réalité (tout n'est pas d'ici d'ailleurs même si de notre midi)