vendredi, juillet 13, 2018

Avignon – jour 7 – se reconstituer – se garder et parer pour les dames d'Iphigénie dans la nuit

Les petits vieux selon les jours ça se ménage à outrance (bon je ne parle pas des retraités dynamiques et sportifs, n'ai jamais été de leur espèce) ou ça se fixe un but, voit que bon en gros ça va et continue sans fixer la limite. Et je soupçonne que ma déception à la fin du spectacle de Gosselin était surtout basée sur l'accumulation des petites fatigues (aurais dû me méfier après que quatre femmes aient voulu absolument me laisser leur place dans le bus, ce que j'ai refusé avec l’assurance vexée de ma bonne forme). Bon ce matin me suis réveillée en me disant, je supprime Aubanel le redouté à 18 heures et la reprise de Milo Rau... un peu ébranlée tout de même en lisant l'article d'Arnaud Maïsetti que j'avais mis en réserve, http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article2137 et parce que j'étais déjà tentée, parce qu'il semble que ce soit le verso du Thyeste tant loué, tant beau - seulement«oui on en avait plein les yeux mais un peu trop pour que la tragédie soit là dans la cour d'honneur (me sens moins seule, ai trouvé deux autres personnes de mon avis même si, comme moi, heureuses de la beauté grande de ce qu'avons vu)» - ai voulu aller outre fatigue pour ce qui est dit là et déjà pour cette phrase Ce qui est en jeu, du présent, relève de la matière même de ce qu’on voit : la brutalité du réel quand elle excède toute compréhension, toute représentation. 
Seulement suis sortie auparavant pour chercher bonbons pour les coups de pompe et le Canard enchaîné. N'ai pas trouvé le Canard, le nombre de ses lecteurs locaux semble avoir augmenté avec le festival mais par contre j'ai constaté un flou presque dansant de mes jambes qui m'a confirmé que non, pas bouger.
Ai tenté de répondre, très très platement je le crains à la proposition 21 de l'atelier d'été de François Bon, ai commencé à ronger un peu, avec des pauses, mon considérable retard dans les contributions http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211
et j'ai sorti une jupe de cotonnade soyeuse neuve au fond vert d'eau et un cardigan en fil de même ton (pas terribles, enfin pas totalement, mais c'est ce que j'ai de mieux, une petite fête muette dont j'étais seule consciente) pour m'en aller en début de nuit vers le cloître des Carmes
ma place au premier rang, le plaisir trop rare de Racine, celui du décor splendide et respectueux de Pierre Nouvel, la découverte pour moi du travail de Chloé Dabert, la jeune metteur-en-scène, et celui de ses actrices Bénédicte Cérutti, Victoire Du Bois et Servane Ducorps (bon il y a aussi des hommes, et contraints d'agir, malheureusement) – un bref et rare passage de Brigetoun qui joue les féministes...
et l'oracle dit : pour retrouver la clémence des dieux, la fille d'Agamemnon, Iphigénie, doit être sacrifiée sur l'autel de Diane. Questionnant les actions par devoir, le bien-fondé du sacrifice ou encore les oscillations de l'amour et de l'ambition, Chloé Dabert se saisit à la lettre du texte de Racine, entre dans les mots du XVIIe siècle et interpelle le sens moral de cette expiation. Dans un campement entre plage et mer, les protagonistes encerclés reprennent à leur compte cette poésie si tragique, nous disent que l'action se nourrit avant tout de parole, que le désir des dieux entraîne toutes les soumissions, que la femme est la victime de tous les enjeux
voisins aimables, échanges paresseux et urbains, et on se prépare... et ma foi c'était bien, mieux que bien
trois phrases du programme de salle, quatre phrases de Chloé Dabert qui m'ont plu, mise en appétit
Qu’est-ce que cette pratique raconte de notre propre rapport à l’expiation, au retour au calme, à l’apaisement, à la fin d’un cycle ? Pourquoi s’agit-il de sacrifices de jeunes femmes ?
Et peut être surtout
J’attache énormément d’attention au respect de la partition, j’ai un rapport presque mathématique à l’écriture, il y a une rythmique commune, une cadence à trouver, afin d’entrer ensemble dans le texte.
Nous cherchons avec les acteurs à maintenir une forme de distance: être dans un jeu engagé, mais en marquant un léger décalage avec les codes du réalisme.
(photos de Christophe Raynaud de Lage)
Et contrat rempli, mieux que rempli, tension, une Iphigénie un peu acidulée et touchante, un Agamennon qui dit merveilleusement l'alexandrin – le marque juste un peu trop une ou deux fois – et une Clytemnestre digne ou emportée de passion qui fait vivre le même alexandrin, n'en perd aucune qualité et lui donne le coulé ou l'emportement nécessaire, de bons seconds rôles, un public qui me semble avoir été sous le charme, sans tous ni raclement de gorge
et avec des sourires sur les faces en sortant

retour d'un pas presqu' allègre

5 commentaires:

Claudine a dit…

Joyeux anniversaire à vous, ma fille a eu 20 ans hier.

jeandler a dit…

Si j'en crois Le Monde, un peu ennuyeuse même si les alexandrins sont bien dits... Non ?

brigitte celerier a dit…

un très grand merci pour vos passages… vais peut-être continuer alors, un peu découragée là et me ds que la fatigue supplémentaire pour lasser ça n'en vaut pas la peine…
Très joyeux anniversaire à la fille, Claudine, même si suis en retard
Pierre comme je ne suis pas le Monde, mes voisins non plus, nous étions tout heureux cette nuit

Dominique Hasselmann a dit…

Racine à Avignon, et qui fut à Uzès, j'y pense ici, sous les 37° et le chant des cigales...

brigitte celerier a dit…

merci pour le salut de cette aimable ville