jeudi, août 09, 2018

Marcher en guettant le ciel et se déplacer dans l'atelier d'été du tiers.livre (28)

Un nuage benin, et puis d'autres légèrement plus sombres, glissant les uns sur les autres, m'ont fait croire en début de matinée que peut-être la promesse de pluie qui nous était faite depuis dimanche serait tenue ce mercredi
Mais au fil de mes pas dans la ville les rayons jouant les spots sur des plantes ou des détails se sont multipliés et le bleu a gagné (nous avons tout de même eu une nuit légèrement plus fraîche et la température de l'après-midi n'a pas dépassé les 33 et 34°.
Brigetoun s'est tout de même un tantinet traînée, a repassé une jupe et trouvé cela suffisant, promené un faubert mouillé et pensé basta, fait une longue sieste délicieuse, tenté de tenir un petit peu dans ce qui reste de soleil contre le mur de la cour jusqu'à se faire petit tas de terre fondante... tenté un petit texte pour les cosaques
et recopié sa contribution à la vidéo 28 de François Bon
(les pages de tous les contributeurs se trouvent sous http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article211)

Et puis, dans la ville, le plaisir immédiat, et qui s'était accentué, les forces lui revenant, de la marche, plaisir si longuement entravé, gêné depuis une dizaine d'années dans la capitale, plaisir de la marche rêveuse, distraite, pour le seul bonheur des muscles et de leur mouvement freiné – l'amusement secret qu'il avait à esquisser de temps à autre un pas de danse dont lui seul était conscient, le pied lentement lancé un peu en dehors, l'autre glissant juste au dessus du sol pour le rejoindre, les yeux frôlant, avec une fausse indifférence qui était contact à distance, les pierres ensoleillées et les taches d'ombre. Marche rêveuse et marche gourmande aux yeux ouverts, effleurement du cadre mouvant au gré de son avancée, rencontre soudaine d'une géométrie saisissante, d'une éloquence, ou brusque remord – la tête retournée vers l'arrière pour cueillir une sensation fugitive. Savourer la superposition de pignons, le coude brusque d'une rue et le pan coupé empli par une porte cochère discrètement opulente avec les sculptures grasses de son bois fauve, un chef d'oeuvre de menuisier derrière un tas de sacs à ordures transparents, la découpe d'un ciel bleu si intense que sombre entre les façades qui filent en se rapprochant et un petit nuage rond flottant au centre, dans le lointain, la bigarrure d'une calade que ses yeux cueillent juste au moment où les plantes de ses pieds dans des sandales épousent la rondeur irrégulière des galets, une branche de figuier s'élançant miraculeusement vers la rue en émergeant d'un mur au dessus d'une fenêtre, la perfection simple des percements d'une façade et de celles, légèrement différentes, qui suivent, un haut cactus en paille tressée dans une vitrine et, en levant les yeux, deux aigles qui s'affrontent, bec contre bec, sur un fronton. Et même quand la fatigue venait, quand il trébuchait, le soutien de la présence, le frôlant, des murs amicaux. Bien entendu, puisqu'il avait pris un travail à mi-temps, en attendant sa retraite, il y avait la nécessité, parfois, pour sortir des remparts, d'emprunter le scooter commun du cabinet, et la vision moins précise, plus vive, des villas ou paquets d'immeubles, mais si cela aurait pu représenter un changement, la nécessité de ce déplacement effaçait tout le goût qu'il aurait pu y prendre, gommait tout le paysage sauf les indications essentielles. D'ailleurs ses trajets réguliers de piéton lui offraient toujours des aspects variés, et puis il y avait encore tant d'endroits dans l'enclos de la vieille ville où se cachaient des surprises ou le plaisir calme d'avancer dans une neutralité ennuyeuse. Quant à la campagne, dont il avait depuis longtemps oublié les jouissances qu'elle aurait pu lui donner, il y avait les jardins, les images contemplées paresseusement chez lui, ou la vision fouettée, griffée qu'il en avait à travers les vitres plus ou moins propres des trains qu'il prenait parfois, rarement, pour aller à la rencontre d'une des petites villes des environs, retrouvant alors la vieille gare de ses souvenirs adolescents.

5 commentaires:

casabotha a dit…

Les nuages bénins sont tolérés par le ciel (mais ça pourrait changer)

Dominique Hasselmann a dit…

Je préfèrerais "En scooter" (comme Nanni Moretti) à "En Marche"... :-)

brigitte celerier a dit…

Dominique; sourire
mais j'en suis dissuadée par, entre autres choses, les scooters garés devant ma porte(faute de trouver autre place) et la gène qu'ils représentent parfois

Claudine a dit…

une banane dans le pot d'échappement #Punktoujours
la nouvelle prend belle allure, sera-t-elle publiée?

brigitte celerier a dit…

j'ai cherché la banane….
pas une nouvelle mais un atelier et je le publie ici (outre la publication générale sur tiers livre)