mercredi, août 08, 2018

plantes diverses et atelier d'été du tiers livre – 27 – arriver

journée humeur variable d'une femme à multiples petites catastrophes – oublier – garder plantes diverses sur mon chemin ce matin (ou leur ombre)
et recopier-utiliser ma contribution en réponse à la vidéo 27 de François Bon

Peut-être pour lui rendre sensible le fait que, même pour lui, la ville avait un passé, lui est revenu son étonnement, son désarroi fugitif lors de son arrivée, de son retour, même si bien sûr il savait que... mais ne l'avait pas réalisé – vrai qu'il flottait un peu à la surface de la vie, alors, ne retenant que l'indispensable – en mettant les pieds sur le ciment lisse, net, de ce quai très légèrement courbe, entre une sorte de palissade qui supportait le bleu fort du ciel et un mur de verre sous un auvent... l'impression d'arriver il ne savait où, très loin de la ville, très loin des voutes soutenues par jambages de fonte, de la longue façade ocre, des quais écornés entre les voies, du souvenir, chaque fois, d'un tableau de Monet enfumé, et des annonces tonitruantes dont on ne saisissait que l'accent qui étaient autrefois le signe de son entrée imminente dans le paysage de la ville. Impression qui s'est renforcée, le mur de verre franchi, presque sans s'en rendre compte, en suivant les autres valises à roulettes, en se trouvant au centre de cette claire et gigantesque tranche de citron ou plutôt de melon d'eau, en longeant les poufs de faux cuir noir parfaitement proportionnés qui s'appuyaient aux vitres, en suivant les lattes de bois délavées du sol, dignes d'une galerie d'exposition, qui descendaient en pente douce jusqu'à la dégringolade, la bande de béton rêche qui, revenant sur ce premier cheminement, l'a emporté vers le rez-de-chaussée, pendant qu'il prenait conscience de cette évidence, les bruits, roulements et heurts des bagages, conversations rebondissant sous la voute, voix enregistrées – même si ces dernières manquaient de l'accent qui lui aurait souhaité bienvenue, et ajoutaient chaque fois une traduction en anglais, retrouvant alors un accent mais qui avait, cette fois, une saveur un peu trop locale –, étaient bien d'une gare, quelques affiches aussi, le long du mur extérieur, mais elles étaient si conformes à l'esthétique la plus récente, si discrètement évasives, qu'elles ramenaient fugitivement l'idée d'une galerie. Et là, parvenu en bas, en regardant la grande esplanade sur laquelle s'ouvraient des portes, face à un couloir qui conduisait à d'autres portes vitrées sur des taches de verdure, il s'était demandé vaguement où diable était passée la ville, de quel côté la chercher, puisque, bien sûr il le savait, elle n'était pas là, ou plutôt elle avait chassée la gare loin d'elle, elle qui pourtant un siècle et demi plus tôt, ou davantage, avait été si folle d'enthousiasme pour le rail qu'elle avait pensé lui faire l'honneur d'une gare sur le fleuve, en lui sacrifiant ses remparts. Il a entendu des annonces qui, comme dans toute gare était presque complètement incompréhensible, il a retrouvé, pendus à mi hauteur les petits panneaux indiquant taxis, toilettes, parkings, il s'est senti découragé, absurdement, flottant... et puis comme il y avait, sous la galerie, les mêmes cubes vitrés avec les mêmes enseignes diversement colorées que dans toutes les gares, pour proposer souvenirs – curieusement cela semblait consister surtout en calissons et petits savons dits de Marseille, quelques bouteilles aussi – lectures et tabac ou buvette, il s'est assis sur un tabouret tournant au cuir aimablement usé, pour attendre que s'intéresse à lui une jeune femme juste assez distraite par sa conversation pour qu'il reprenne pied dans le réel, a obtenu un café trop chaud et parfaitement nul, s'est senti rassuré par ce retour du familier, à écouté vaguement ce que disaient les groupes qui passaient contre lui, a demandé comment rejoindre la ville, a emprunté le couloir, longeant autre librairie, autre bar, vers la sortie qui semblait être sortie de derrière, un peu d'herbe sous le soleil, quelques marches, un groupe de voyageurs qui attendaient un car.  

8 commentaires:

casabotha a dit…

Un tatouage chu du ciel sur un mollet accueillant

brigitte celerier a dit…

c'st y pas beau (difficile à prendre discrètement mais tant pis je n'ai pas résisté)

Anonyme a dit…

La gare d'Avignon, toujours spacieuse et claire... :-)

brigitte celerier a dit…

et maintenant un peu moins chère d'accès (depuis la "virgule" vers la gare centre)

Arlette A a dit…

Gare ici gare là ...gare aux souvenirs dans les gares on s'égare ma Chère

Claudine a dit…

chouette regard de paysagiste urbaine - un métier pour vous toute seule, je devrais essayer de convaincre les échevins de la ville de Luxembourg de vous engager

brigitte celerier a dit…

Arlette, il ny a pas là l'ombre d'un souvenir personnel, il fallait décrire l'arrivée dans la ville (imaginaire mais pas tant ici)
pauvres échevins Claudine …. (sourire)

Arlette A a dit…

Oui c'est moi qui m'égare