mardi, octobre 02, 2018

Visages tendus, et autres choses

Le temps s'en va son chemin. Il y a une semaine la température était d'un peu plus de 30° mais maintenant l'été est mort, le linge met deux jours à sécher et ma jeune soeur (enfin la plus vieille de mes jeunes frères et soeurs, superbe grand-mère de plus de vingt jeunes personnes et arrière grand-mère de substitution) nous rejoint, son époux et moi, dans le camp des persistants depuis plus de trois quart de siècles.
Ceci dit, pour mettre un orteil dans le Parcours des arts qui vient de commencer (mais je prendrai mon temps, il dure jusqu'au 21 octobre) suis montée au petit palais, parce que ma petite recherche sur internet me préparait à la joie d'admirer, à la rencontre des visages tendus vers la vie et nous, nés des mains, chalumeaux, masse et esprit de Julien Allègre, né à Arles, qui se présente comme sculpteur et musicien autodidacte.
Pour le musicien sais pas, pour le sculpteur si ce n'était pas aussi aigu, pointu, coupant, je dirais : j'en mangerais
son très beau site pour vous repaître d'images d'oeuvres, de travail, d'expositions etc... http://julienallegre.net
et pour le musicien j'ai trouvé une vidéo, sur laquelle, bien évidemment, il joue du hang (ça a dû s'imposer dans l'atelier – sourire)
quoique là, la musique est plus rude (belle au demeurant, et le travail aussi... un conseil, prenez le temps)
Alors ma foi, en entrant dans le patio du petit palais, un petit choc, une légère déception qui s'est effacée en m'approchant, devant la beauté du matériau et son utilisation, la dentelle et la force, les formes et leur emboitement... parce que cette bête – il se trouve que c'est le nom de l'oeuvre, affiché sur un panneau de belle taille dont vais recopier une partie – était peut-être un peu perdue, pas tant et cela permettait en s'approchant de circuler, tourner, s'éloigner, rapprocher, mais surtout que cette allusion de tête en deux parois entourant du vide était loin d'un visage même autre qu'humain, tel que j'en avais gardé le souvenir après avoir regardé son site
Ai tourné, regardé, profité au maximum de ce qui était là (il est vrai que Julien Allègre expose également à Benoit XII – où, comme chaque année, je sais que je n'irai sans doute pas, cossarde suis) et lu (extrait d'un texte de Joël-Claude Meffre)
Les oeuvres en présence sont le fruit du feu et de la fusion. Les personnages, aux formes plus ou moins monstrueuses, plus ou moins humaines ou animales, sont le produit d'une contrainte, d'un forçage.
Mais c'est la tendresse, le sourire du fer, comme si c'était une sidération. Et puis il faudrait parler de la couleur rouille, à la fois froide et chaude qui nous rappelle que ce métal et l'air ont une même origine tellurique, qu'il est la fin d'un processus de refroidissement d'une étoile. Les oeuvres de Julien Allègre sont tombées d'une étoile...
et je me suis dit : puisque suis ici, vais en profiter pour aller saluer les bouilles des vieux saints peints par les siennois et leur douceur, et suis entrée dans le musée, 
saisie dans la première salle, à l'entresol de l'aile, par laquelle on atteint le premier étage du musée par des taches sombres entraperçues parmi les chapiteaux et autres sculptures.
Me suis penchée sur un premier visage gisant entre les cardinaux, et puis, circulant dans la salle, j'ai savouré le rapprochement entre ces visages, ces corps, ces motifs de fer et les vestiges exposés
L'ai retrouvé avec un grand corps impérieux, pour lequel on avait descendu, posé au sol le transi du tombeau du Cardinal Jean de Lagrange, dans la première salle du palais, ..
puis tournant au coin d'une draperie faisant écho à cette haute carapace blanche, me suis promenée à grand pas jusqu'à la sortie à travers les salles
saluant à la volée ou plus à loisir mes vieux amis comme l'évêque d'Andrea di Bartolo ou le Saint Pierre de Taddeo (cette fois) di Bartolo; bien d'autres, siennois ou non etc...
et puis après un dernier coup d'oeil en biais au hurleur et au transi suis redescendue, suis sortie, un peu marrie de ne pas avoir rencontré de métal peint en rouge, parce que, selon le programme, il devait y avoir aussi, au petit palais comme en d'autres lieux de la ville, l'artiste vagabond, le réparateur rouge, Emmanuel Bayon dit Manu-Tention (bon, oui) qui dit
La ville c'est ... un lieu d'observation, de découvertes, d'histoires, de surprises. Un terrain de jeu, des éléments qui s'assemblent, qui se défont, se solutionnent. La ville est pour moi un terrain d'actions, de rencontres. Il me plait d'y déambuler, repérer, mesurer, assembler, récupérer, réparer.
et, ma foi, l'ai trouvé dehors, en trois petites taches à découvrir.


7 commentaires:

casabotha a dit…

La plus jeune de votre fratrie est-elle née après 1948? (sinon, joli post, merci, bravo)

Claudine a dit…

magnifique !

brigitte celerier a dit…

bien après... en 1960, c'est "la ravisée"

brigitte celerier a dit…

Claudine, c'est ce que je trouvais !

Arlette A a dit…

Ces présentations insolistes au début me semblait surfaites comme une mode ...et puis l'une enrichissant l'autre , la réflexion s'anime. . Jai peur de perdre ma naïve curiosite
Aime le terme "ravisee "

brigitte celerier a dit…

moi je les ai aimée ces sculptures (elles font un flop, tant pis)
pour la ravisée me souviendrai toujours avec tendresse de mon père (le mot était de lui) m'invitant à dîner un jour où passait à Paris et hésitant, gêné, avant de m'avouer que "j'ai fait un enfant à ta mère" … elle a été un jouet pour une multitude de jeunes filles

Godart a dit…

Bigre ! Sacré sculpture, donnerai presque l'envie de sauter dans le premier TGV (Oui, Oui, Oui) destination Avignon, par pur plaisir.