dimanche, janvier 06, 2019

lectures

La première rose de 2019 s'étiole et va mourir, le mistral lui a retrouvé belle puissance, les feuilles des platanes viennent se vautrer dans ma cour et la force du souffle, malgré les obstacles posés devant ma porte-fenêtre, joue à l'entrouvrir.
La quatrième proposition de François Bon pour l'atelier d'hiver, belle et exigeante, m'a donné, en me basant sur les cinq visions intérieures que j'avais écrites pour la première, quatre paragraphes que ne veux mettre en mots, ni réveiller, ou, à partir d'une autre, un petit rien inconsistant – d'ailleurs la beauté des écritures avec lesquelles je suis entrée dans la nuit vendredi, que ce soit, j'y reviens, Daniel Bourrion
que j'ai vu ensuite, bien ensuite, tous les dimanches ou quasiment, bras de chemises roulés, cheveux plaqués en arrière à force de gomina, jouer aux cartes dans la brume que faisaient leurs cigarettes au salon de la maison dont la charpente est faite de béton comme presque toutes ici parce que tout avait brûlé et que les bâtisseurs d'alors, les hommes aux cartes bras de chemises cheveux lissés, s'étaient dit qu'en béton, à la suivante de guerre, ça brûlerait sans doute moins, les toits et puis le reste et qu'à faire comme ça, couler là-haut des mètres et des mètres cube de ciment gras qu'il fallait hisser à pleins seaux, ça serait comme une assurance contre les hommes et puis leurs armes et puis le rabot des années...
ou Marguerite Duras : Cette discrétion sublime des femmes qui a fait que, je le crois – même si je n'en suis pas tout à fait sûre -, l'enfant a été mis de l'autre côté de l'église, là où il n'y avait encore aucune tombe. Là où encore il n'y a que sa tombe à lui. À l'abri du vent fou. Elles ont pris le corps de l'enfant, elles ont lavé le corps et elles l'ont posé à cet endroit là, dans la tombe, celle de la dalle de granit clair... ces écritures donc me persuadaient - plus encore parce qu'après la mort du jeune aviateur anglais j'ai relu, avant de m'endormir, écrire – que rien que de faiblard, maladroit, au mieux (qui est le pire) banalement correct, ne méritant pas que quelqu'un perde son temps à le lire, ne pourrait venir de moi.
Alors j'ai lu un peu du Monde Diplomatique, un texte de la Revue du Quart Monde sur la fracture numérique et puis, deux minces livres de ma pile
La grande maison à gauche est la confiserie de Fuchs. Tout y est merveilleusement décoré, partout des glaces, des fleurs, des figures en massepain, des dorures, bref, l'élégance la plus exquise. Mais tout ce qu'on y consomme est à la fois ce qu'il y a de plus mauvais et de plus cher à Berlin...(Henrich Heine – lettre de Berlin – traduction de Laurent Margantin – éditions Oeuvres Ouvertes http://oeuvresouvertes.net/spip.php?article4040)
et,
Elle le suit, mais ici il y a le tri... C'en est fini des vivants. On aperçoit les morts qui marchent lentement, à peine guidés par le personnel en blouse aux bifurcations des jardins. La jeune-femme ne pourrait pas passer sans se faire remarquer. Il y a les quatre de l'accident de la route, toujours en groupe soudé, elle se colle à eux : les morts ne remarquent plus rien des vivants qui les entourent. Elle passe la zone de tri, c'est comme sans doute une scène de guerre, ligne de démarcation, passage d'un clandestin à la frontière (François Bon – John Doe et autres récits avec mort – tiers.livre éditeur http://www.tierslivre.net/tiers_livre_editeur_francois_bon.html)
et puis, mais là je n'ai lu qu'un poème, un des plus courts, parce que ce petit livre reçu aujourd'hui, Île en ailes, édité par Jacques Flament http://www.jacquesflamenteditions.com/nouveautes/ qui regroupe certains des textes poétiques que Jean Diharsce publie sur Facebook (suivez le si ne le faites déjà) et qui me sont entrée dans le jour, je vais le lire avec parcimonie quand le besoin en sera
Il me revient le chaud de cet été parfait, un soir de plénitude où les mots se noient, un chemin dans les blés au bout d'un jour intense et l'odeur de cheveux au creux d'un cou blotti. Un instant où plus rien ne ressemble au connu, quand la pression des doigts invente la rencontre, un baiser sur la bouche sidérant la chouette. C'était hier, ailleurs, je me trouvais en toi, la lune souriait.
Et pour finir j'ai regardé les gilets jaunes faire du tourisme sur les quais rive gauche, en souvenir de mes détours pour rentrer à pied du bureau les soirs d'été où je n'allais pas au théâtre.

9 commentaires:

Claudine a dit…

"…sidérant la chouette…la lune souriait." Ouf, que c'est beau !

brigitte celerier a dit…

n'est-ce pas ?

Marie-christine Grimard a dit…

« Un soir de plénitude où les mots se noient... »
Très beau vraiment, merci pour cette découverte et bon dimanche chère Brigitte !

Arlette A a dit…

Belles lectures Merci ..suis en esprit vagabond y revienfrai

brigitte celerier a dit…

Marie-Christine, oui Jean Diharsce est un trésor,

Arlette la porte est ouverte (sourire)

Dominique Hasselmann a dit…

Le "tourismes" est plutôt lacrymogène ces week-end-ci à Paris... :-)

brigitte celerier a dit…

Dominique, après... quand ils ont été bloqués ne pouvant continuer sur les quais vers l'assemblée qui était le but déclaré de la manifestation autorisée ni traverser et prendre le pont, avec d'autres issues que le boulevard Saint Germain... mais la petite foule jusque là coulait tranquillement le long de la Monnaie, de l'Institut, des galeries huppées

Catherine Plée a dit…

oui belles lectures et là-dessus je me fie à vous et vous suis. Et puis continuer d'écrire, non pas pour faire mieux ou moins bien que les autres, mais être à l'ouvrage, se tenir à l'ouvrage, c'est ce que je me dis à moi-même quand je me déçois et parce qu'aussi, rien n'exclut la possibilité de progresser ce qui est en soi très revigorant. Que la beauté des écritures vous porte comme vous le désirez...

brigitte celerier a dit…

merci Catherine