jeudi, juillet 11, 2019

Avignon – jour 6 suite –" vive le sujet " musical et un peu d'Enéide

Donc les deux spectacles de la seconde série de Vive le sujet, qui avait pour point commun la musique, et puis l'esprit, et auraient pu être (surtout le premier) très jouissifs si je ne les avais accueillis – en tentant de me protéger – avec nerfs en état sensible et petite migraine lancinante
d'abord Pontonniers pour lesquels on distribue des bouchons d'oreille que j'ai dédaigné un temps puis utilisés même si leur efficacité n'était pas très grande,avec les constructions que j'étais tentée d'aller voir, manier, d'Alexis Forestier, à partir des objets qu'il accumule, agence, combine et qui prennent place dans son théâtre-machine musical qui scrute le réel et le restitue en fragments, sa voix qui dit par moment en osmose avec les musiques la sienne et celle d'Annabelle Playe (compositrice et chanteuse, musique entre electro, drone et noise – j'avoue mon ignorance de ces mots, mais pas vraiment de la musique qu'ils désignent) des fragments de Frédérique Duchêne, Alexis Forestier, Ernst Herbeck et Ingeborg Bachmann... A travers mon inconfort très grand pensais que j'aurais aimé (photo illégale prise en révolte à un moment où ledit inconfort était très fort... m'a fait du bien)
Suivis de Esplandor e dismorfia (photo – Vera Mantero – de Christophe Raynaud de Lage) récital hybride pour deux corps-paysages animés par la respiration. Un aggloméré qui se détruit et s'amplifie, désastre et anti-désastre dans lequel l'accélération, les mycètes et la chair subsistent. Splendeurs invisibles. Hyper-futur et hyper-passé. Entre dysmorphie, le soleil et la chair...
Je découvre ce résumé et pense qu'il outre un peu notre compréhension de spectateur, ceci dit aimé la danse un peu étrange du corps le plus fin qui est le féminin, féminité qui transpirait à travers l'enveloppe molletonnée qui est la même pour les deux corps (Vera Mantero, chorégraphe et performeuse. Son travail croise mouvement, texte, objet et voix – le texte était constitué d'extraits de « paysage avec Argonautes » de Heiner Müller) – la présence masculine étant plus statique, borne prise dans la danse et dans sa musique souple et douce (Jonathan Uliel Saldanha compositeur sonore et scénique
Retour, hésitation
et puis me changer (aurais dû prendre le petit cardigan devant lequel j'ai hésité mais ce n'était pas vraiment indispensable) et partir vers les Carmes parce que pas au top mais grande envie du lieu, et de découvrir ce que Maëlle Poesy et Kevin Keiss avaient tiré de l'Enéide (ou du début de l'Enéide)
un sale moment au début de l'espace aménagé à la naissance de la rue Carnot, malaise, bousculade, un moment à moitié effondrée contre un mur regardant passer l’indifférence, au mieux le coup d'oeil dédaigneux, d'une bonne quinzaine de personnes, ma petite détresse se muant en fureur, pas tant pour cela que pour ce que ça disait de notre société (j'oubliais un peu vite les gestes de gentillesse discrète souvent rencontrés) qui m'a retapée... avant que me rétablisse totalement dans ma foi en l'humain la rencontre rieuse de Chantal Raffanel et de trois de ses amis.
Plus ma place sous ma gargouille au premier rang, mais une place près de la circulation au quatrième rang et entourée de gens discret et aimables... se carrer, attendre
Ils ont choisi, disent-ils, l'Enéide parce que c'est un périple de vaincus et cela commence (c'est ce que j'ai trouvé de plus fort tout au long du spectacle) par un groupe dansant la mer, le rythme des vagues, l'avancée contre, la violence et la régularité etc... danse apparemment simple et très forte (photo Christophe Raynaud de Lage comme les suivantes)
s'ouvre ensuite la chute de Troie (belles images d'incendie projetées, bel éclairage qui tient d'ailleurs tout au long une grande place dans la narration) mais, malgré la traduction et le talent des acteurs notamment d’Énée (et ce qui améliore le texte en créant la distance même si elle n'est pas vraiment sacrée : les dieux parlent italien ou espagnol et introduisent une gaité jovialement triviale) on sent, surtout à ce moment que Virgile n'est pas Homère, et que son récit est un récit de courtisan, de propagande...(en dînant j'ai recherché parce que le souvenir était encore frais ce passage de l'enracinement de Simone Weil – il faut dire qu'elle a une très merveilleuse partialité pour les grecs – Ses vers sont souvent délicieux à lire, mais malgré cela, pour lui et ses pareils, il faudrait trouver un autre nom que celui de poète. La poésie ne se vend pas. Dieu serait injuste si l'Enéide, ayant été composée dans ces conditions valait l'Iliade (j'ajoute et même l’Odyssée). Mais Dieu est juste.
Ceci dit il y a une belle construction, des passages rapides, des retours, tous ces moments dansés (ah le passage de Charybde et Scylla, avec en outre le travail de la lumière) et puis il y a l'émotion qui vient avec Didon.

Finalement un beau spectacle puisque plaisir grand et petite contestation ou réflexion même minuscule possible, à côté du thème central : l'exil. 

4 commentaires:

Godart a dit…

Le critère principal d'un bon spectacle n'est-il pas qu'en on arrive à faire abstraction totale de sa personne, soucis en berne, corps apaisé et enclenchement de la machine à rêves dans un lâcher prise. En vous lisant, on perçoit cette disponibilité prête à s'offrir.

Claudine a dit…

"Mais Dieu est juste." j'ai bien ri
Je croise les doigts pour la suite <3

Brigetoun a dit…

Godart je ne désire rien autant que d'aimer… surtout quand j'ai eu du mal à me décider (sourire)

Brigetoun a dit…

Claudibe on ne rit pas toujours avec Simone Weill mais assez souvent finalement