lundi, février 03, 2020

Honte, suis pas sortie

pluie à un moment, douceur blanche le reste du temps, matin rituellement cheveux, aspirateur, un peu de ménage, et puis, assise résolument devant la photo d'un tableau que j'avais trouvé et qui me rappelait une jeune-femme côtoyée par hasard, et que j'avais décidé de prendre pour sujet il y a plus d'une semaine, reprendre les quelques lignes écrites il y a plusieurs jours, qui n'était presqu'une longue introduction et tenter – je crois que me suis plantée, si frappée par son mystère tranquille que j'en suis restée là et n'ai du coup en gros parlé que de moi (bon c'est un tantinet mon habitude) – de répondre à la 4ème vidéo de l'atelier d'hiver de François Bon https://youtu.be/KDyhgHTIRGw #4 récit et l'ai mis en ligne...
Mais il devait flotter en moi un esprit contestataire et j'ai brusquement décidé, après petite sieste, comme dimanche dernier et pour la troisième fois depuis fin juin, de ne pas aller marcher, tant pis pour la discipline, tant pis pour mes jambes. Au lieu de quoi, quelques versets d'Ovide, une petite séance cinématographique en chambre avec the party de Sally Potter, très bien joué, regardé avec en gros ce qu'il fallait ressentir pendant un peu plus de la moitié, et puis moins, et comme il fallait que je me repose et pour avoir une raison sortable de rire (même si à la fin ça y était mais nerveusement) ce fut le sourire familier de re-re-regarder ce que Kenneth Branagh a fait de Beaucoup de bruit pour rien, avant de lire quelques-unes des dernières contributions posées sur https://www.tierslivre.net/ateliers/ en recopiant auparavant mon petit texte pour le #3 foule
Une variante du rituel

Chaleur du début d'après-midi, soleil dardé verticalement sur petites familles, vieillards, individus quelconques errant avec un air dégagé, dépités d'être moins nombreux que prévu et de ne voir aucune amorce d'anormalité sur la chaussée tranquillement déserte où roulent doucement quelques voitures comme touchées par la langueur générale ; derrière un groupe aux yeux fixés sur ce qui n'est pas là et ne vient pas, rapide passage, comme un mouvement de brise, d'un groupe aux tenues hétéroclites derrière une charrette poussée par un paysan venu du fond des âges et certains les voient et suivent, tournant le dos à l'avenue, le grand bonhomme à la chemise blanche tendue sur un ventre impossible, aux joues fardées, noeud papillon d'un bleu électrique comme le veston, le pantalon et les cheveux, sa compagne aux grasses épaules dégagées par un bustier du même bleu comme l'énorme choucroute qui surmonte son sourire de caissière du grand café, la jupe elle est en tulle du même vert que l'éventail ; un garçon grand et sinueux, dont on ne sait s'il est spectateur, comique ou comédien – il a une crête rouge et un visage timide - comme une brindille les interroge, se retourne, crie que la parade a lieu cette fois par la petite et étroite rue qui mène derrière les halles, pour se poursuivre le long de la Sorgue et s'étonnant de ce choix, prédisant une bousculade, l'impossibilité de voir, mais sans se décourager pour autant, le groupe qui s'épaissit, s'unit, suit les jambes vertes d'une fausse jonquille en rameutant à grand cri les passants, l'ensemble, négligeant la première partie du trajet, se faufilant entre de vieux hôtels nobles pour déboucher, derrière des dos en débardeurs, chemises moites, pourpoints, vestes de faux brocards, corsets lacés, peau rougie en attendant le hâle entre de fines bretelles de coton fleuri, à l'endroit où la rue s'élargit, s'épanouit à l'arrière des halles fermées à cette heure, se faufile, tente de franchir cette barrière, s'incorpore au magma en mouvement incessant et désordonné, buttant sur deux longues robes à paillettes mordorées, le chignon blond, le long cou, les fines chevilles de gauche s'appuyant sur le large buste surmonté d'épaules puissantes, d'un cou aussi imposant que celui d'un percheron sur lequel dansent fermement les boucles noires de la perruque de son binôme masculin perché sur des mollets saillants, aux muscles étirés sur des talons d'une hauteur acrobatique ; les yeux cherchent à s'échapper, se lèvent vers le ciel d'un bleu ardent, les arbres, les façades, se tournent avec une admiration souriante et légèrement inquiète vers le grand jeune homme brun, jean noire et chemise blanche qui semble flotter sur la vague stoppée au débouché de la rue étroite, les pieds fermement tenus par deux mains sur les épaules d'un corps invisible ; les sourires s'élargissent, les appareils et téléphonent glissent le long des corps pour saisir des détails entraperçus, des enfants perchés sur leurs pères rient avec angoisse et ravissement, d'autres se cramponnent à des mains, des visages grimacent, les musiques enregistrées se heurtent à une fanfare, un tuba émerge au dessus d'un groupe vêtu de gilets matelassés d'un ocre un peu râpé, des mains tendent des petits cartons, affiches en miniature que des sourires accompagnent d'explication ; certains les gardent précieusement comme le souvenir d'une envie qui restera belle de n'être pas à leur portée, d'autres guettent la prochaine corbeille où s'en débarrasser puisque de toute façon les spectacles qu'ils iront voir ne défilent sans doute pas, ou se gardent de les prendre, se contentant d'un échange plaisant avec les acteurs et retiennent éventuellement le nom du théâtre ; une casquette de toile se penche vers une casquette de tweed de sportif 1900, un serpent de toile multicolore chinois se tortille en essayant d'avancer et l'on n'en voit que des fragments déformés par la pression des corps, une grosse robe à grandes fleurs hausse la voix au dessus des aboiements du petit bichon affolé qu'elle serre sur son coeur pour interroger une paysanne au beau décolleté et petit bonnet blanc ; un merveilleux cerf-volant en forme d'oiseau improbable flotte au dessus d'un chapeau à plumes et de roux cheveux en désordre maintenus par une pince en fausse écaille, le sourire grimaçant du masque indonésien de son porteur apparaît dans l'intervalle furtif entre deux chemises à carreaux ; une flute couine, une voix se demande où sont les pieds qui la supportent ; des panneaux se penchent vers la droite puis vers la gauche et des têtes suivent le mouvement pour les éviter ; une main se surprend à saisir sa soeur ; un minuscule gamin lève le nez en l'air entre deux bagnards à la peau noire et deux jeunes femmes en courtes robes noires et canotiers dorés qui échangent les flyers de leurs spectacles, sans écouter les appels de son père qui vient le récupérer sans ménagement et le console ensuite ; un bourgeois romantique qui promène un chapeau claque noir très légèrement anachronique s'engage dans le dernier tronçon de la rue Bonneterie, le grand bi qui, à sa suite, traîne un piano oscille légèrement faute de vitesse pendant que son compagnon réjouit par un ragtime endiablé un groupe d'adolescentes, moins peut-être que le garçon en treillis qui l'une après l'autre les fait tournoyer maladroitement, sans trop tenir compte de la musique avant qu'elles soient éparpillées par l'avance d'une troupe de danseuses en collants peints suivies d'un tambour ; une servante de Marivaux discute avec une grande gamine dont le nez, une oreille, la lèvre, s'ornent de piercings, sans faire attention à la petite main de son fils qui tire sa jupe et puis le hisse, gigotant de peur, dans ses bras avant de le confier au jeune seigneur qui l'accompagne, sous l'oeil désapprobateur d'une quinquagénaire qui en perd le sourire et se retourne vers son mari ou ami pour un commentaire désobligeant ; un rire agacé salue une épaule venue se poser entre un appareil photo et son sujet ; un garçon qui débouche d'une petite rue hèle une troupe que seuls le titre de spectacle et le nom de théâtre braillés désigne comme telle, lance une consigne ou un conseil qui n'obtient comme réponse qu'un geste de refus et bouscule un groupe pour rejoindre le cortège ; une vieille un peu trop petite, coincée contre une façade, photographie les pieds qui avancent faute de mieux ayant renoncé à distinguer quoi que ce soit assez longtemps entre les morceaux d'individus qui passent contre elle et par une fenêtre ouverte un quatuor classique vient se mêler aux slogans devenus classiques d'un groupe de gilets jaunes brandissant une caricature qui semble unanimement approuvée ; deux gosses se faufilent le long des façades ou au milieu du lent cortège poursuivis par une adolescente qui, retenant les lunettes qui glissent sur son nez, n'arrive à les voir que par fragments détalants jusqu'à ce qu'un groupe de vertugadins en toile bleu sombre les stoppe, les gronde, attende de les remettre à leur soeur ou cousine ou enfin à qui de droit ; un groupe de garçons attablés devant le Lapin blanc regarde avec indifférence ce spectacle, plus intéressé, semble-t-il, par leur dispute à dents serrées ; un bouchon s'est créé au coin de la rue des Lices où un homme en gilet brodé récite des poèmes, entouré d'un public improvisé et ravi, et un couple de vieux amoureux se glisse hors de la foule et repart main dans la main vers le centre de la ville. 

10 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

À propos de "Gilets jaunes", il est paru il y a quelques semaines un livre intitulé "Plein le dos, 365 Gilets jaunes", qui montre les photos prises de dos de ces manifestants portant leurs slogans créatifs, à l'invention débridée...

Bonne idée : l'imagination s'était déplacée des "ronds-points" jusque dans les avenues des grandes villes.
Le ministre de la Culture aurait dû subventionner ces cortèges : le théâtre de rue retrouvait (sauf pour les parades du festival d'Avignon) ses moyens ! ;-)

Godart a dit…

Après lecture, besoin de reprendre son souffle. L'essence même du festival est dans le texte, on s'y croirait, ou comment décrire l'impossible.

Brigetoun a dit…

ordinateur prêté quelques minutes et que je ne maitrise pas ) alors juste : un grand merci

Arlette A a dit…

Toujours silence radio ne maîtrise toujours pas ? Rageant

Claudine a dit…

on croise les doigts pour l'ordinateur

Brigetoun a dit…

retour mardi ou mercredi avec un plus petit neuf (et austérité grande ensuite)

Dominique Hasselmann a dit…

On attend, j'espère que vous avez des sauvegardes (en plus de vos textes essaimés un peu partout !)... :-)

Brigetoun a dit…

ben non (sauf photos dans un cloud vers lequel vais tenter de retrouver chemin) prévoyance est assez peu brigetounien sauf si très très important

mémoire du silence a dit…

courage et à bientôt.

Godart a dit…

Cela commence à être long ! Notre patience a des limites.