lundi, juillet 13, 2020

Pas grand chose sauf trois sœurs

Ciel bleu tendrement pur en poussant les volets dans un air tout jeune.
Petit crâne a réalisé ce matin que mardi c'était le 14 juillet, qu'il semblait difficile d'envisager une dictée ou autre chose de ce genre au milieu de la fête que donne Rosmerta pour renouer avec ses sympathisants, mais que si devais tenir un stand de vente de gâteaux, même si je compte très fort sur le talent, le dévouement et l'imagination des autres, il était de bon ton que je n'arrive pas les mains vides... ai mis une robe dimanche et m'en suis allée vers les Halles pour voir si je pouvais commander quelque chose. Vu une queue devant le pâtissier de la rue Sait Agricol, ai passé le ne, demandé s'ils étaient ouverts le 14, décidé qu'il devait avoir produits assez comestibles – meilleurs de toutes façons que ce que j'aurais pu tenter de faire – me suis mise dans la file derrière deux hommes, un presque jeune, un de mon âge semblait-il, d'où un moment d'amabilités, de galanterie, de refus qui n'en étaient pas, de ronds de jambes comme l'in disait de notre temps et suis entrée... commandé un très très long cake et deux tropéziennes pour seize heures
et, foin de l'heure de marche que de toutes façons je ne fais jamais le dimanche, me suis contenté d'un petit détour hors rempart et rentrée à l'heure pour shampooing, ménage et fin du #5 de l'atelier d'été de François Bon qui restait en suspens depuis deux jours... et le reste du jour fut, honte, de sommeil, de France Culture écouté avec des absences et nada mas (abandonne mes retours sur les festivals passés pour une vie douce)
alors je recopie en corrigeant deux ou trois fautes d'orthographe du texte en ligne et en précisant que le rapport avec une réalité quelconque ne saurait être que fort lointain, l'imagination primant, ma contribution au #2 de l'atelier de François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4917 (trouvé pour l'illustrer cette photo d'une œuvre de Claude Quentelo exposée au Cloître Saint Louis en mars 2016)
Intime
Elles étaient trois et elles étaient sœurs. Elles avaient âges proches, mais quand l'ainée venait en vacances et qu'elles étaient invitées aux mêmes surprises-parties ceux qui ne les connaissaient pas ne voulaient croire qu'elles étaient sœurs. Et si elles ne se ressemblaient guère physiquement, il apparaissait aux proches que moralement aussi elles déclinaient avec quelques différences le cadre de pensées et de vie dans lequel elles grandissaient. Les années les ont séparées mais quand elles parlaient, rarement, les unes des autres c'était avec la tendresse légèrement détachée que l'on pouvait attendre. Pourtant, si elles faisaient front commun, uni, attentif dès qu'un drame – et il n'en manqua pas au fil des ans, terribles pour certains – frappait l'une ou l'autre ou les siens, si elles désamorçaient en souriant, d'éventuelles critiques contre l'une ou l'autre, si elles se retrouvaient avec plaisir, revenaient assez rapidement des petites phrases plus ou moins spirituelles (souvent très spirituelles ce qui aggravait la tension) émergeant d'un magma de rivalités adolescentes, négligeables à l'époque, que l'on croyait oubliées mais qui revenaient des profondeurs du silence intérieur, réveillées par les désaccords politiques, moraux, ou sociaux, qui n'avaient sans doute force si grande que d'être tus et bien plus graves d'être devenus si absolus par le silence, petit remugle qui restait confiné, qui s'éveillait à travers des futilités et lors d'un repas sur deux, environ, l'une ou l'autre pour éviter que le ton monte, pour éviter l'ironie sans pitié de celle qui ce jour là attaquait, se levait, sortait, s'attendant à être rappelée ce qui, à la longue ne se passait plus. Et c'est pourquoi lors d'un mariage où se devaient d'être – le voulaient d'ailleurs – en réponse, d'une chaise à l'autre dans le rang de derrière, à la mimique effarée d'un des nouveaux gendres devant la violence du recul d'une épaule qu'une autre approchait trop, la distance soigneusement créée malgré l'ancrage des chaises, le soupir discret du frère venant s'intercaler, les regards noirs dardés sur un profil qui s'appliquait à une indifférence gracieuse, le chuchotement aigre de l'une, le petit sourire dominateur de l'autre, une jeune femme a murmuré avec une petite grimace résolument résignée «pas grave, mais ennuyeux, elles ne s'améliorent pas».. phrase que la suite de la journée a heureusement démentie.
Codicille : Je voulais une histoire apparemment en bémol, et elles tenaient à venir ces trois sœurs... j'ai hésité plusieurs fois à repartir à zéro parce que les traiter en les désarmant avec leurs tempêtes dans des verres d'eau, finalement pas si nulles que ça et leur lien indestructible ça réduisait tout à néant et c'était, je le crains un rien hors sujet mais n'ai pu que les brutaliser un peu comme le ferait un observateur extérieur qu'elles enquiquineraient..

4 commentaires:

tanette2 a dit…

Fille unique, j'aurais adoré avoir deux soeurs, quitte à connaître quelques désaccords de tous ordres....
(Je te souhaite un bon et joyeux anniversaire !)

Brigetoun a dit…

merci Tanette

Claudine a dit…

j'en ai quatre

Brigetoun a dit…

Claudine, moi aussi (bon les trois ce n'est pas nous bien sûr, sourire) mais la quatrième, mes amours, a un peu plus de seize ans (faudrait que je recompte) de différence avec moi