dimanche, juillet 12, 2020

Mon 11 et mes 10 juillet

Mes pensées du matin : je trouve ma vie furieusement longue et les heures terriblement courtes – Mamadou a-t-il raison de trouver que je prononce trop mal le français pour qu'il me comprenne quand je dicte ou est-il simplement trop loin de savoir traduire en lettres les sons de notre fichue langue (Amadou me comprend) et pourquoi les objets me font-ils la guerre ? – ceci dit go dans la lumière, le bleu et le vent pour cabillaud, yaourts, faire imprimer mes billets pour le palais des papes et tenter de trouver de quoi assurer seule les petits ennuis de l'antre (reculer devant le furet qui demande plus de souplesse et de force que n'en ai même en y croyant très fort)
et puis après avoir repris, tant pis, ma relecture des festivals (Amadou, Mamadou ce n'est pas comme plusieurs cheval) passés, me suis installée benoîtement pour écouter sur le site de France Culture « Requiem pour une ville perdue » d'Asli Erdogan https://www.franceculture.fr/emissions/avignon-fictions/requiem-pour-une-ville-perdue-de-asli-erdogan
et donc pour les années passées (avec le décalage d'une journée)
matin fournaise de l'attente dans petite rue avant le calme du jardin de Mons, lecture par la troupe d'Hubert Colas d'un texte venu de l'ex-yougoslavie (noté ni le nom de l'auteur, ni le titre, ni le pays juste Selon l'auteur "histoire de la vie d'une artiste depuis son enfance jusqu'à sa mort" - "univers de la fable car.. c'est une initiation sanglante au monde des adultes". C'est tout cela, et avec une certaine jouissance dans le détournement des contes pour enfant. Mais, suis-je irrémédiablement futile et incapable de débusquer la profondeur ? Ou la faute en revient-elle au texte ? J'ai trouvé cela agréable, bien intentionné, et sans intérêt (n'engage que moi, Colas y a cru
après-midi dans le cloître du petit palais un public très « chic » et de mon âge (assez antipathique) et musique accompagnant des textes de Pétrarque mais les musiques étaient charmantes, assez caractéristiques des compositeurs cités sur le programme (13) que ce soit Orlando Lasso, Haendel, Gluck (plutôt étrangement complexe pour ce dernier), Berlioz etc.. si ce n'est qu'elles étaient toutes d'Eric Breton - assez jolie et très agréable réussite. Les trois chanteurs (surtout la mezzo Raphaëlle Ivery) nous ont chanté in fine, des passages d'une très hypothétique opérette d'Offenbach "Pépé et Laulau", réjouissante façon de venger Laure.
10 juillet 2007 https://brigetoun.blogspot.com/2007/07/divagations-intrieures-suivies-dchappe.html après midi au théâtre des Halles un spectacle jubilatoire autour de Ubu
et le soir dans la cour d'honneur du palais Novarina  Sur scène deux cahutes genre symboles de tipis, assez laides mais en accord avec la bande de tapis rouge les unissant, les quelques lignes tracées au sol, la petite tente noire au fond, les tracés sur les costumes, et la rigueur des déplacements, tout au moins au début, sur lesquels courait la fantaisie de la langue « et adoptent la foi oustrienne d’obédience polyacte et de foi maximale, qui étend le célibat aux animaux ». Je me suis sentie rapidement agréablement chez moi, Cela foisonnait, des moments où la gravité perçait, une parade des peuples qui renvoyait au voyage en grande Carabagne de Michaux (moi du moins), le spectre blanc chantant en italien au sommet du mur, les acteurs épatants et Dominique Pinon qui, la gloire venant, garde sa puissance comique mais a perdu de son outrance, Christian Paccoud et son accordéon, les chansons de revue intellectuelle, les deux aboyeuses-chanteuses, l’homme en rouge et sa planche, qui répète « je suis la parole portant une planche », et « je marche ici que la prière n’est plus rien d’autre que le mouvement de descendre tout vers le sol »,....
10 juillet 2008 https://brigetoun.blogspot.com/2008/07/paresse-ou-sottise-jeudi-matin-circuit.html un renoncement (pas très motivée sans doute) et la douceur en fin d'après-midi puisque c'était encore possible en venant au dernier moment de France Culture dans le jardin de Calvet, allant de siège en siège à la recherche de mon bonheur et faire face à François Koltès, Stanislas Nordey et Yan Civet pour une lecture d’un choix des lettres inédites (alors, publiées depuis chez Minuit) de Bernard Henri Koltès, choix fait (en même temps que les musiques de la toute bonne bande son) par Yan Ciret, qui raconte : découverte d’un Koltès plus complexe que le nihiliste auquel il a parfois été réduit - « instinct de vie - ardente gaieté » - une protestation calme contre son image. (détails suivent)
10 juillet 2009 https://brigetoun.blogspot.com/2009/07/je-dans-le-festival-davignon-le-10.html à 11 heures, comme souvent, le jardin de la vierge pour deux petites formes
"le temps scellé' commande de Nacera Belaza dansée par elle et Serge Ricci.
Lui et elle, chemise noire, complet noir et pieds nus, nez chacun contre son arbre, arbres dessinant la diagonale du plateau. Immobiles.... des scansions, de la musique, une voix de crooner, annonce d'un spectacle... plutôt bien.
et "Ana Fintizarak" commande de Yalda Younes danseuse née au Liban, formation classique et flamenco, avec Yasmine Hamdan, chanteuse née à Beyrouth, avec comme exergue cette phrase de John Berger : "Et je sais que, malgré la souffrance, l'ingéniosité des survivants est intacte.".
Elle se plante au fond, grande, noir sans austérité (un ensemble drapé, ras du cou et sans manche, sublime), parfait visage lisse, cheveux tirés, rouge à lèvres affirmé, hautes sandales épaisses. Danse immobile, tension et une amorce de balancement complexifié. La chanteuse,.... Une voix rauque pleine d'aigus, sensuelle et fragile...etc... très bien
et le soir les Cordeliers pour un des spectacles (si ce n'est le) que j'attendais le plus et qui n'a pas, comme souvent cela risque d'être le cas, déçu mon attente : "les inepties volantes " de Dieudonné Niangouna avec la musique de Pascal Contet.
Et c'était bien, terrible et somptueux.
deux silhouettes immobiles - bande son, des bruits citadins, qui s'impose peu à peu jusqu'à ce que le public réalise et se taise. Les platanes sont en pleine forme, musiciens soutenus et couvrent les premières phrases prononcées d'une voix sourde, et qui ne sont pas destinées à être comprises, juste à poser le diseur sur le plateau, homme qui rumine en déambulant. Une phrase se détache, se répète jusqu'à devenir audible :"car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse" et c'est semble-t-il de Césaire. Noir. Silence.
Suivent des notes sur la suite de ce qui était là et des raisons de la force que cela exerçait sur nous.
Quand un drame est réellement vécu; intériorisé par un poète et qu'il sait le garder présent mais s'en éloigner assez pour en faire littérature, quand il est également un grand acteur pour le rendre.
Mes voisins étaient sous le choc et dans l'admiration.
fin d'après-midi, la rue des teinturiers, la salle Benoit XII et « 1973 » de Massimo Furlan, et dans cet endroit que je redoute un malaise en entrant, et l'aide d'un « tee-shirt rouge » (pièce non climatisé, verre d'eau, silence et gagner sur jambes fermes ma place) aimé le spectacle de Furlan ; j'ai eu un peu peur à un moment que la succession de ses interprétations-imitations des chanteurs et chanteuses de l'époque, avec sa jolie maladresse légère, son kitch assumé, devienne longuet. Plaisir de sa perturbation du dispositif, juste à ce moment... discussions entre lui et Marc Augé et autres, l'intelligence de ce qui est dit, la saveur des «niveaux de langage», l'absence de méchanceté, et la lucidité.
fin d'après-midi, le cloître des Célestins un peu de curiosité et d'appréhension, s'installer pour longue découverte de « Life and times » de Kelly Copper, Pavol Liska et du Nature Theater of Oklahoma, spectacle qui puise sa source dans le minutieux récit que Kristin Worrall, membre du Nature Theater of Oklahoma, a livré par téléphone à Kelly Copper et Pavol Liška. Pendant seize heures, cette Américaine de trente-quatre ans a répondu à leurs questions, leur racontant sa vie, la plus ordinaire, depuis le berceau jusqu'à nos jours. soit à 19 heures la première tranche de 3heures30 y compris un entracte « l'enfance » Et j'ai, mes voisins itou, trouvé ça jubilatoire.
Avant la seconde partie, galoper vers Calvet pour un bout d'une longue lecture de Stanislas Nordey sur le Théâtre Ouvert, une lettre de Koltès, les Attoun etc...
et retour aux Célestins, attente dans la nuit devant la porte et puis « l'adolescence » De très laids survêtements, un joli humour, de bons chanteurs, une danse très gymnaste, et la découverte entre meilleures amies, pour se rendre compte, du baiser, les garçons, les tenues, les rivalités, les révoltes etc...
Seulement Brigetoun dodelinait de plus en plus, et suis partie une demie-heure avant la fin, un peu navrée, avant de tomber de mon siège.
10 juillet 1912 https://brigetoun.blogspot.com/2012/07/festival-suite-appareil-rage-fatigue.html un cadeau encombrant pour les 70 ans , de petites péripéties et jardin de la Vierge à 18 heure avec deux petites formes
plaisir de la première « le Vertige » avec Olivia Rosenthal et Chloré Moglia sur un extrait du dernier livre de la première « ils ne sont pour rien dans mes larmes », la première lit un passage du texte, la seconde illustre la notion de vertige – un très bon moment après lequel ai renoncé au second spectacle parce que temps insuffisant pour la suite de mon horaire (erreur de deux heures!)
au cloître des Célestins (arrivée en avance.. attendu assise sur les pavés dans un petit groupe détendu) pour Régine Chopinot et les kanaks du Wetr beau ludique joyeux et des petits clins d'oeil pour dire « ce n'est pas du folklore » mais de merveilleuses robes en pandanus et des maquillages « sauvages » de Jean Paul Gauthier... un cocktail qui ma foi marchait plutôt bien.
10 juillet 2013 https://brigetoun.blogspot.com/2013/07/festival-jour-5-bons-sujets-vif-la-fin.html fin de matinée au jardin de la Vierge
commencer par « créatures » conçu et joué/dansé par Dr de Kabal, venu du rap, qu'il élargit, et Émeline Pubert, lui dans une cage de verre - ils se dansent mutuellement à travers la paroi, il fait musique de sa voix, avec ou sans mots, avec transformation par micro ou non, avec corps etc... beau
puis « 19 borns - rebels » conçu par Mameia Nyamsa refusée par le ballet classique dès son enfance pour corps trop athlétique, hors normes, ce qui l'a amenée à interroger les enjeux de ce corps, à déconstruire les exigences du ballet classique, et la suite de ce qui a contribué à ce qu'elle est devenue est cruelle... interprété avec Faniswa Yisa, fine belle attachée à approfondir les cicatrices de l'apartheid – l'ensemble donnant un spectacle tonique et beau (avec deux chiens qui m'ont paniquée) vigueur, humour..
dans la forte chaleur de l'après-midi la rue des teinturiers, le gymnase de Saint-Joseph et son jardin - « la fin du western », spectacle conçu et monté par Monika Gintersdorfer (ex metteur en scène de grands théâtres allemands) et Knut Klassen, plasticien, qui depuis 2004 gravitent autour du centre énergétique et solaire qu'est le milieu du showbiz de la Côte d'Ivoire et de sa diaspora parisienne et allemande – et joué par cinq africains : Jean-Claude Dagbo alias DJ Meko, Yao Joseph Koko alias Shaggy Sharoof, Eric Francis Parfait Taregue alias SKelly, Franck Edmond Yao alias Gadoukou la Star, et deux européens dont un meneur de jeu, conteur de l'histoire, en anglais et français, et danseur.... des moments où nous avons dansé avec eux, des moments de force... L'orage a éclaté pendant que nous étions ainsi occupés, et on a ouvert la porte pour amener un peu de la fraîcheur du jardin.
Le soir, l'opéra pour « King Size » de Christoph Marthaler assez jubilatoire les deux chanteurs, mais aussi un pianiste, et une femme d'âge moyen, en sage robe bleue d'une mode qui n'en fut jamais une, avec un sac bien classique (dans lequel elle mange des spaghettis, range n'importe quoi, d'où elle tire des mouchoirs tachés de sang et...) qui traverse et retraverse la scène entrant par l'une des portes ou par un placard, essaie en vain de monter un pupitre de musicien, tiré de son sac, et prononce des sentences d'une poésie philosophique désabusée ou désespérément égarée, et pour laquelle j'avais une tendresse.
10 juillet 2014 https://brigetoun.blogspot.com/2014/07/avignon-jour-6-predication-et-theatre.html commencer par aller écouter dans la chapelle de l'Oratoire, ma voisine, Patrick Schmitt proférer « le sermon du mauvais riche » de Bossuet,
puis la Fabrica sous ciel gris pour  « Orlando ou l'impatience » d'Olivier Py – programme : «...Le jeune héros d'Olivier Py, l'Orlando impatient, part à la recherche de son père inconnu. Il est conduit par sa mère actrice sur une série de fausses pistes, qui sont autant d'étapes vers une vérité attendue. Orlando ou l'Impatience peut être considérée comme une pièce manifeste qui nous entraîne dans un voyage traversé de questionnements contemporains... » pour moi, de très bons acteurs mais, comme parfois chez Olivier Py au moins à mes yeux un beau et bon spectacle mais dans lequel manquent furieusement des coupes.. de belles idées, un texte qui s'installe... et finit trop souvent, à force de longueur, par tomber dans des banalités vaguement poétiques.. et puis quand l'attention s'en va une phrase, une idée, lumineuses....entracte, des départs, mon hésitation, et puis une très réussie seconde partie – retour à pied dans la nuit
10 juillet 2015 https://brigetoun.blogspot.com/2015/07/avignon-jour-7-tout-doux-jardin-et.html un jour de repos avec en fin de matinée, la chapelle de Saint Claire (Théâtre des Halles et le souvenir très effacé de la rencontre avec Laure) pour voir « du domaine des murmures » adaptation d'un roman de Carole Martinez par José Pliya, qui met en scène, joué par Léopoldine Hummel l'histoire d'une recluse (au sens du Moyen-Age) et pucelle devenue mère d'un fils portant les stigmates Mystère ? Menace ? Miracle ? Du fond de sa tombe. Esclarmonde va défier Jérusalem et Rome, les morts et les vivants et même le Ciel, pour sauver son fils. En fait ce qui compte c'est la délicatesse, la simplicité de l'actrice, la spiritualité dévoyée ou non, le courage et finalement l'enthousiasme du public, communiant comme souvent dans ce minuscule espace
et après dix-sept heures à Saint-Didier un concert Schumann, Brahms, Vivaldi et Antonio Caldara
avant la lecture par Anouk Grinberg en avant-première d'une pièce de Vinaver « Bettencourt boulevard ou une histoire » dans le calme du jardin de Calvet abandonnée parce que j'étais hors service...
11 heures le jardin de la Vierge et « la vie des formes » texte de Celia Houdart avec Renaud Herbin marionnettiste (marionnette presque de taille humaine de Paulo Duarte) et Matthias Baudry la façon dont naissent les figures et les personnages des fictions qu'ils inventent. Chacun à leur manière – écrivain et marionnettiste –, les façonne dans la matière, en observe les formes et les agissements, curieux de les voir se faire et se défaire...
et « Membre fantôme » de Erwan Cracker (sonneur de cornemuse) et Mickaël Phelippeau (danseur) la rencontre entre ces deux artistes au penchant commun pour le kig ar farz et les fest-noz permet de nourrir un déplacement et un apprentissage de l'un à l'autre... sympathique et séduisant (sans beaucoup davantage)
chaleur... et puis en fin d'après-midi la Chartreuse de Villeneuve et la beauté (qui dépassait le plaisir de s'y être attendue) de Pascal Quignard dans sa « rive dans le noir – une performance des ténèbres » avec Marie Vialle, une chouette-effraie vivante et en ombre chinoise et un corbeau idem)
l'attention du public (qui n'aurait su faire autrement) le texte, la voix de Marie Vialle et ce qu'elle en fait, dédiée à celle qui manque, cette danse des ténèbres, ankoku butoh - « je crois que le théâtre vise toujours à invoquer des revenants » dit Quignard dans le programme de salle -, les mots plus rares de Quignard et sa voix et son écriture, son piano et Messiaen etc...
me dire devrais en rester là pour la journée...  mais partir dans la nuit vers le palais et la cour d'honneur pour « Yitzhak Rabin, chronique d'un assassinat » spectacle in memoriam, lamentation, de Amos Gitaï … avec deux actrices une israélienne, une palestinienne, Sarah Adler et Hilam Abbass, une pianiste Edna Stern, une violoncelliste Sonia Wieder-Atherton, Bach, Monteverdi... (et le choeur du Lubéron chantant du Ligetti) à partir des souvenirs de Leah Rabin... parce que ne pouvais faire autrement. Gradins pleins, assistance attentive et recueillie.
Vedène pour « le sec et l'humide » un spectacle de Cassiers d'après Littell avec petite crainte : devrais aimer ou détester (mes sentiments variés devant les propositions de Cassiers, l'admiration étant elle immuable) sans compter sue ne suis jamais arrivée à avoir envie de lire Littell (idiot sans doute mais c'est ainsi, je refuse de m'y intéresser) - à partir des mémoires du chef de file de la Légion Wallonie, le Waffen-SS Léon Degrelle, c'est la langue du fascisme que l'auteur Jonathan Littell souhaite déchiffrer, voire disséquer....et puis un court et très bon spectacle, intelligent, efficace, tenu par Filip Jordans avec en effet tout un jeu pour une fois plein de sens sur les moments salle éclairée et salle dans le noir avec lumières rares sur le plateau, parole directe du conférencier (l'acteur) et voix enregistrée (Joyan Leysen), venant d'un magnétophone qui ressemble à une radio ou d'une source indécise, (voix d'un historien analyste et .. celle de Léon Degrelle) grandes vidéos de Filip Jordans, petites vidéos de films d'actualité -
la langue des fascistes, le sec et l'humide soit les bonnes choses verticales, sèches, liées au ciel et viriles, les mauvaises choses humides, féminines, horizontales, amorphes.. mais tout de même cette sale impression d'avoir passé temps avec des esprits faux
descente du car en passant devant porte Limbert et retour en flânant dans la foule
vers le jardin de la Vierge pour « le sujet des sujets » un court spectacle, différent légèrement chaque soir (ça se donne douze fois) en fonction des artistes invités, pour célébrer les vingt ans de ces courtes formes (qui parfois ont donné naissance à des spectacles achevés) En fait en 45 ou 55 minutes il ne peut guère faire l'histoire des sujets à vif ou du vif du sujet, qui est l'histoire du festival donc du monde, leur avenir mettant en jeu l'avenir du festival donc du monde, alors ça donne, le public étant acquis et en bonne partie «de la partie» une collection jouissive de plaisanteries plus ou moins dans l'entre-soi, un assez grand entre-soi, et 45 minutes, en fait 60 ce soir, de rire franc...
sur ma place au théâtre ex de l'Oulle Claire Ducreux « Réfugiée poétique »  très joli spectacle, sans mièvrerie et le public était conquis, aimablement et gentiment conquis (une certaine admiration pour les trois membres du public – à vrai dire pour la femme je ne suis pas très certaine que c'en était vraiment une – l'homme surtout et son talent courtois et bonhomme - qu'elle fait participer pour que l'intérêt ne faiblisse pas pendant une heure sur sa trame assez ténue)
et dans l'après-midi marche lente hors du flux jusqu'à la Scierie (juste à côté de la livraison actuelle des paniers Semaille) pour « Pur présent » le spectacle réunissant trois tragédies de notre temps que Py a écrit après avoir déjà monté la trilogie d'Eschyle (à la Chartreuse, grand et bon souvenir) avec petite crainte idiote de longueurs... et un texte tout de même parfois un peu difficile d'entrée, la première partie alliant un peu de philosophie noyée dans la surprise du texte poétique, très écrit, et du réalisme même distancié - un texte (résumé de notre petit échange avec ma voisine) à la Genet avec accents hugoliens – un peu noyé aussi pour moi par le plaisir de saisir au vol dans la voix du prisonnier-petit-déliquant-de-banlieue qui joue avec flamme le choeur, Dali Benssalah un, deux, trois alexandrins et j'ai été séduite par les secondes et troisièmes parties - une envie de creuser mon impression (ma voisine aussi, plutôt plus réservée à la fin que moi, alors que c'était le contraire au début) ce qui, de toute façon n'est pas un spectacle parfaitement anodin (sans doute moins important qu'il le voudrait)
10 juillet 2019 https://brigetoun.blogspot.com/2019/07/avignon-jour-6-suite-vive-le-sujet.html fin d'après-midi les deux courtes formes du second programme dans le jardin de la Vierge qui avaient pour point commun la musique, et puis l'esprit, et auraient pu être (surtout le premier) très jouissifs si je ne les avais accueillis – en tentant de me protéger – avec... petite migraine lancinante
« Pontonniers » pour lesquels on distribue des bouchons d'oreille que j'ai dédaigné un temps puis utilisés même si leur efficacité n'était pas très grande, avec les constructions que j'étais tentée d'aller voir, manier, d'Alexis Forestier, à partir des objets qu'il accumule, agence, combine et qui prennent place dans son théâtre-machine musical qui scrute le réel et le restitue en fragments, sa voix qui dit par moment en osmose avec les musiques la sienne et celle d'Annabelle Playe (compositrice et chanteuse, musique entre electro, drone et noise …
et « Esplandor e disformia » de Vera Mantero et Jonathan Uliel Saldanha (texte constitué d'extraits de « Paysage avec les Argonautes » de Heiner Muller – aimé la danse un peu étrange du corps le plus fin qui est le féminin, féminité qui transpirait à travers l'enveloppe molletonnée qui est la même pour les deux corps... la présence masculine étant plus statique, borne prise dans la danse et dans sa musique souple et douce
départ en très piteux état dans la nuit (mais ragaillardie par une rencontre amicale alors que tenais un mur) et les Carmes, bien carrée sur ma coquille orange, pour « sous d'autres cieux » spectacle de Maëlle Poésy sur un texte de Kevin Keiss d'après Virgile
Ils ont choisi, disent-ils, l'Enéide parce que c'est un périple de vaincus et cela commence (c'est ce que j'ai trouvé de plus fort tout au long du spectacle) par un groupe dansant la mer, le rythme des vagues, l'avancée contre, la violence et la régularité etc... danse apparemment simple et très forte puis la chute de Troie etc... mais, malgré la traduction et le talent des acteurs notamment d’Énée (et ce qui améliore le texte en créant la distance même si elle n'est pas vraiment sacrée : les dieux parlent italien ou espagnol et introduisent une gaité jovialement triviale) on sent, surtout à ce moment que Virgile n'est pas Homère, et que son récit est un récit de courtisan, de propagande (mes notes à chaud)
Finalement un beau spectacle puisque plaisir grand et petite contestation ou réflexion même minuscule possible, à côté du thème central : l'exil. 

12 commentaires:

Nadamasse a dit…

OUI
furieusement longue
terriblement brèves
(absolument)

Marie-christine Grimard a dit…

Paumée est une mine de souvenirs. Les archives d’Avignon sont bien pâles à côté !

Marie-Christine Grimard a dit…

Que d’archives sur Paumée, un festival de souvenirs !

Brigetoun a dit…

Nadamase, Marie-Christine... ey comme ma vie est longue et mes heures courtes... décide de profiter de celles-ci et arrête ces souvenirs..

mais grand merci à vous

jeandler a dit…

Le proche et le lointain comme une fuite sans fin.

Dominique Hasselmann a dit…

le théâtre sans barrières existait donc...

Madame Bachelot, elle aussi, va "réinventer" tout cela ! :-)

Brigetoun a dit…

les fuites ont TOUJOURS une fin

Brigetoun a dit…

Dominique, et Lear chantera avec une voix de basse

Francoise Dumon a dit…

Merci de nous replonger dans l'ambiance "festival". Si l'ambiance du OFF ne me manque pas trop, certaines rencontres me manquent, elles.

Brigetoun a dit…

merci Françoise mais vais en rester à ces débuts de festival (là deux très beaux souvenirs, Dieudonné Niangouna et Pascal Quignard...) me bouffe vraiment trop de temps

Claudine a dit…

comme c'est le jour de mon aînée et que vous êtes l'aînée d'une belle fratrie, je vous embrasse avec un peu d'avance (après dégustation de souvenirs)

Brigetoun a dit…

Par delà les années mes amitiés à votre ainée
et merci vous dit l'ainée de ma fratrie (qui avait laissé le droit d'ainesse au numéro deux mais ça ne fait rien)
quant aux souvenirs j'arrête... trop paresseuse