jeudi, avril 08, 2021

L'hiver ensoleillé



Un débardeur, un chandail de laine mélangée, un cardigan de laine, un manteau de demi-saison, un collant chaud, un pantalon de velours et un carré entortillé autour du cou, m'en suis allée

dans la lumière et un air où le vent n'était plus que sursauts nostalgiques de la force de la veille, par les rues presque vides où sévissait un froid de belle qualité, si belle que me suis repentie d'avoir oublié les gants


et qu'il a fallu près d'un quart d'heure pour que mes sacrés vieilles mains retrouvent un semblant d'adresse, mais cela n'a pas empêché que nous travaillions tranquillement dans l'une des salles « scolarité », où seules trois tables chuchotantes étaient occupées, à extraire de Mamadou son premier texte d'une trentaine de ligne, Brigetoun se gendarmant pour ne pas dicter, mais faisant découvrir les plaisirs de l'imparfait (et sa conjugaison), l'articulation des phrases, l'utilité d'un schéma préalable, navrée de ne savoir transmettre plus que le désir d'écriture, mais aidée en cela par la curiosité, l'envie de comprendre du garçon qui, par chance, a découvert le plaisir de la lecture qu'il pratique autant qu'il peut mais se croit encore incapable de se lancer dans l'écriture (lui ai promis de lui amener un petit carnet pour y noter les tournures de phrases qu'il admire sans percer les règles de leur composition)


Et puis, au bout d'un peu plus de deux heures pleines, m'en suis revenue, de plus en plus admirative des professeurs, la fatigue s'installant à mesure que la tension retombait en avançant dans ce petit retour d'hiver, goûtant la traversée de petits îlots de calme où l'air se faisait presque tendre... et le reste du jour ne fut que traversée tranquille du temps.

12 commentaires:

arlette a dit…

Admirative...tu as manqué ta vocation ..dire qu'à 20 ans c'était mon souhait..

Brigetoun a dit…

et moi, cela et infirmière : mes terreurs (responsabilité et puis... ainée d'une bande, les enfants m'ennuyaient .. sourire)

jeandler a dit…

Ce printemps encore est à prendre avec des gants.

Dominique Hasselmann a dit…

Blanquer pourrait vous envoyer une prime !

Avignon, en attendant l'enveloppe à en-tête de la rue de Grenelle, se pare comme pour un prochain festival... :-)

Unknown a dit…

Il y a un temps pour apprendre, un temps pour transmettre. Dans ce temps-là, dans le reflet de l'autre qui se découvre, je crois qu'on recommence parfois à apprendre. De soi-même. Mouvement perpétuel des transmissions, semer, essaimer, récolter, peut-être une raison de vivre suffisante?

Brigetoun a dit…

Pierre oh que oui (mais tout de même pas le bonnet)

Brigetoun a dit…

Dominique, Avignon se languit de festival, veut y croire (mais en attendant, sans bruit, la Fabrica où avaient lieu répétitions et préparation est occupée par les intermitents et précaires (es répétitions je crois perdurent (mais l'ami ou compagnon de la "mouvance" Rosmerta qui participe à ladite occupation est trop impliqué pour avoir temps de nous raconter)

Brigetoun a dit…

anonyme, il a déjà le goût rarissime parmi eux de la lecture et ses yeux brillent... alors... même s'il est destiné sans doute au mieux à être carreleur, précieux qu'il ait cela

Claudine CHAPUIS a dit…

Je ne sais pas pourquoi mon compte google anonymise mes commentaires! Mauvaise manipulation sans doute. J'essaie d'y remédier Bonne journée. Claudine Chapuis

Brigetoun a dit…

Je remercie l'anonyme qui ne l'est plus (sourire)

Claudine a dit…

Bravo pour le gamin et ses lectures, il gardera en mémoire votre voix, comme j'ai gardé en tête depuis quarante ans celle de mon professeur de Français.

Brigetoun a dit…

oh Claudine, ce sera alors un mélange de voix (mais oui nous nous entendons spécialement bien je crois, avec moi il pratique la dérive hors exercice... suis très dérive moi-même, sourire)