mardi, septembre 21, 2021

Peu à dire, donc atelier


Un ciel bleu orné de blanc, une température attiédie, mon chemin familier...

mais trop de candidats professeurs, et trop tôt, ce fut pour moi surtout attente et décision à l'avenir de décaler de deux heures pour être disponible pour ceux qui rentrent tard et se reposent un peu avant les devoirs.


et comme l'attente est chose usante (même s'il n'y eu pas que cela), je nourris Paumée avec la dernière de mes contributions à l'atelier « progressions » du tiers.livre #11 bruits & voix


En chemin

le bruit mat de la canne sur les marches de pierre, faible bruissement d'un petit éboulement de terre, des voix jeunes viennent de la rue des Grottes, molles, avalant les syllabes, le glissement chuintant d'une roue de vélo qui prend en dérapant le virage vers la descente de la rue Saint Etienne, ronflement sourd d'un moteur à l'arrêt face au premier restaurant par les grandes fenêtres duquel parviennent, fortes, les voix aillées discutant du service du soir, passage d'une voiture descendant presque silencieusement la pente, le bruit de la canne sur l'étroit trottoir face aux restaurants, le choc de cartons vides heurtant le muret de pierre, bruit de la canne et d'un pied dans le caniveau, échange d'excuses murmuré si bas qu'inaudible, pour la forme, bref bruit métallique d'un coffre qui se ferme, des voix banales et claires qui demandent leur chemin, la réponse de la serveuse, si forte, accentuée, qu'on dirait un air de bravoure, et grands rires mats et bruyants sans raison apparente, deux vélos, une voiture, un minicar électrique qui se remarque davantage par son silence que souligne l'air qu'il déplace, en haut de la rampe une voix enregistrée disant « ouverture de... » la suite couverte par le frottement des plots qui s'enfoncent dans la chaussée, le son de la canne sur le sol en enrobé du nouveau trottoir devient presque inaudible, claquement amorti d'une portière de voiture, le dialogue de deux violons parvient, très faible, on ne sait d'où, sans doute de l'opéra, si faible que c'est presque une idée de musique, si faible qu'il se noie, disparaît dans le bruit, soupir d'un moteur réveillé et de pneus remuant un mélange de brindilles, graviers et eau laissé par la pluie, de la voiture qui démarre et passe avant que les plots reprennent silencieusement, ou presque, leur place, bruit d'étoffe et claquement presque imperceptible d'un parapluie qu'on ouvre, un juron, clair, isolé, descend de l'immeuble, le froissement du vent qui se lève dans les buissons de laurier, une barrière métallique qui tombe sur les dalles, murmure aigu des pneus d'un vélo, celui plus mat d'une trottinette et cliquetis des chaînes garnissant le blouson de celui qu'elle porte, sur le magma de sons, voix lointaines, pas, feuilles animées des platanes, heurts plus ou moins sourds d'objets contre on ne sait quoi, dans lequel on entre en pénétrant sur la place, se détache un moment le fracas des bouteilles qu'un garçon de café envoie dans un container, bruit de la canne et des pas sur les plaques de métal entourant la batterie de silos à ordures, chuintement de semelles sur les pavés mouillés, bribes de conversations des groupes qui passent, clarté des syllabes portées par des phrases que l'on ne cherche pas à comprendre, musique des timbres de voix, dialogue entre le grognement heurté des roues d'une valise et le feulement d'un chariot de commissions, un enfant frappe la grille qui entoure le manège et le son vibre jusqu'au sommet, juste avant le chapiteau, un cri sans importance venu d'une terrasse éloignée, un « bonjour » rieur, une rencontre, tous les bruits s'effacent dans un dialogue. 

12 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

La musique fut un moment "bruitiste" comme aussi une certaine littérature.
On fait peu attention au(x) bruit(s) sauf peut-être si explosion comme sur le site d'AZF dont on parle aujourd'hui, vingt ans après... :-)

Brigetoun a dit…

Merci pour votre passage
le site AZF si le fait de commémorer pouvais amener à vraiment éviter de prendre mêmes risques !
pour la musique "bruitiste " la connais, la littérature j'ignorais

arlette a dit…

En peinture aussi les sons de couleurs et Kandinsky..Bien bien ce matin pour échapper élégamment aux sinistroses ambiantes

Brigetoun a dit…

ne pouvant vraiment plus rien à ce qui les provoque, je fuis les sinistroses actuelles bien assez ç faire avec ma sinistrose personnelle (rire)

Godart a dit…

Texte feutré évoquant différentes nuances de bruit sans la fureur.

Brigetoun a dit…

pas de fureur dans mon quartier bourgeois (ou pas bruyante)

mémoire du silence a dit…

https://www.youtube.com/watch?v=fEYuQW39dFg

Brigetoun a dit…

merci (un film que n'ai pas vu)

Claudine a dit…

j'y étais, je reconnais tout !

Brigetoun a dit…

vous me rassurez Claudine, ai bien noté avec mon crayon trip dur sur mon papier trop mou...

r.t a dit…

C'est une belle page. On y monologue, on y dialogue. On y entend et on y joue de la musique (oui le lecteur est à l'intérieur). Ça commence par un petit coup de cymbale (ou une porte qui s'ouvre ou une lumière qui se fait) par quelque chose qui perdure du début à la fin, unifié, ce simple et beau titre : en chemin.

Brigetoun a dit…

merci au talentueux lecteur