mercredi, mai 25, 2022

Un trajet et bribes d'un dialogue


un air presque frais

ventelet, le bleu fané

lentement s'en va


petite forme, circuit souriant pourtant, et venir à bout d'un très piteux texte pour le #4 de l'atelier de François Bon, misérablement enterrer nécessité du repassage et de la bagarre pour retrouver chemin de ma page « impôts » pour faire déclaration (problème de mot de passe et défaillance ancienne boite mail) on verra mañana... un mañana qui chez moi devient éternité.

Me demandant pourquoi diable ai rouvert « paumée » (ça passera), je le meuble avec le texte de ma contribution au #2 dudit atelier

Un treize juin

Le ciel était ardent, la lumière montait avec le matin, et la chaleur amollissait l'air guilleret des petites heures, j'ai traversé la ville indifférente, tranquillement indifférente, chapeau enfoncé sur la tête et brumisateur à portée de main, tentant de presser le pas pour rattraper mon retard sur l'horaire prévu, joyeuse à la pensée de faire quelque chose même sans espoir pour corriger les défauts du monde, joyeuse de la voix au téléphone de M mon faux petit-fils et des bonnes nouvelles qu'il m'annonçait. Un groupe d'hommes forts, gilets rouges et banderoles roulées sous le bras m'a dépassée, ma canne dansait sur la calade de la rue des Teinturiers, le souvenir de la voix de M, sage parmi les sages, a dit (n'essaie pas d'aller aussi vite, fais attention) et je me suis arrêtée pour photographier un des platanes tranchés. Sur le boulevard, hors rempart, devant la Préfecture dans le jardin de laquelle le marché du samedi grouillait d'amabilité, il n'y avait que de maigres groupes (tu vois, tu es en avance) et aucun des miens. Ai circulé au hasard en souriant. Des gens s'interpelaient, des drapeaux de syndicats et partis faseyaient dans le petit vent, une sono éructait des essais, un homme a soulevé ses fesses du muret clôturant le jardin pour me laisser sa place, me suis posée un moment pour lui faire plaisir, ai laissé tomber ma canne (un petit rire ironique) une jeune femme me l'a ramassé (mais il n'y a personne ?) ai pensé que lui non plus n'était pas là, ai pensé que de toute façon Rosmerta était toujours en retard (c'est normal, ce n'est pas facile de les rassembler, et puis ils n'ont pas tous envie), ai vu quelques longues silhouettes en bermuda, casquettes, tenues bariolées – leur dandysme décalé – cheveux rasés ou hérissés, arriver lentement sur le trottoir d'en face devant les remparts, ai traversé, un ami, un peu plus loin, en faisait autant, ai souri des yeux bonjour, ai répondu par mes mains jointes aux poings qui se tendaient pour un salut (je ne pouvais pas venir, tu sais, mon stage, mais attends ils arrivent) et en effet ils arrivaient cornaqués et masqués, rigolards ou sérieux et concentrés (on a fait de nouveaux écriteaux), l'attente, toujours longue, de mise en ordre et en marche du cortège a commencé, des tracs nous ont été donnés par des errants des différentes organisations participant à cette marche pour les libertés et contre les idées d'extrême droite, mes voisins les tenaient sérieusement (mais ils ne savent pas les lire, eux... oui la plupart c'est vrai le peuvent... mais pas tous), j'ai regardé mon voisin, cheveux décolorés sur tête noire, penché sur un feuillet, il m'a demandé le sens d'un mot qui fleurait bon la sociologie ou la philosophie politique, je ne sais plus, ai essayé de traduire, nous avons ri un peu (tu es sure que c'est ça?) et silencieusement ai répondu que non, mais que ça n'avait pas d'importance, que de toutes façons eux tous ils en savaient pas mal sur la situation et qu'ils apprenaient et apprendraient le reste (mais il y a de bonnes gens) oui... le camion avec la sono a démarré, nous nous sommes insérés (te fatigue pas).

4 commentaires:

mémoire du silence a dit…

Le diable a ses raisons ;-) :-) et celle de nous offrir cette marche pour les libertés et contre les idées d'extrême droite du 13 juin en est une a ne pas laisser aux oubliettes .

merci.

Brigetoun a dit…

merci à vous Maria

Claudine a dit…

le treize juin chez Brigetoun c'est pas le vingt-deux septembre de Brassens, on ne s'en fout pas, c'est _bat_ !

Brigetoun a dit…

Claudine, pas chez moi uniquement (et j'avais oublié la date de cette marche... tant en faisons, sourire)
merci pour votre passage fidèle amie