Ce vendredi la température maximale avait un peu augmenté, la température minimale, avait un peu diminué et j’avais regagné cent grammes. J’ai balayé la cour, humecté les plantes, me suis douchée, ai fait une petite lessive, coiffé avec un résultat juste un peu moins satisfaisant que la veille, coincé mes cheveux sous le chapeau, mis appareil photo dans la poche de ma veste, suis sortie
et j’ai pris, mes jambes toujours légèrement indociles et le petit vent jouant encore un peu avec mon chapeau, par des rues sans grande animation, le chemin du Carrefour de la République
d’où je suis revenue, achetant au passage un cookie chez La Tropézienne, dans l’antre. Des tweets de Dominique Hasselmann (entre autre le lien menant vers la reprise rituelle d’un texte de François Bon) et la radio m’ayant rappelé (honte à moi) le 11 septembre 2001… avec instantanément une pensée au New York et aux USA de Trump, j’ai non moins rituellement pensé au Santiago du 11 septembre 1973 mais (honte à moi de nouveau) j’ai du faire appel à Google pour savoir ce qu’est le gouvernement élu au début de cette année par le Chili puis pour découvrir ce qui se cache sous le nom de Jose Antonio Kast et sous le sigle de son parti (PR Partido Republicano soit extrême droite populiste et conservatrice). Je me suis confirmé que nos temps pour être moins violemment tragiques ne valent guère mieux.
Après un bon déjeuner bien fortifiant, après une bonne sieste, j’ai repris, encore et encore, le même recueil de poètes de la Méditerranée et entrepris de reprendre le tour de notre mer depuis sa rive nord mais en retenant pour chaque poète quelques vers avec le mot « mer » (ma pêche sera plus facile et abondante) en commençant par le Portugal (qui bien entendu est compris dans le recueil même si en fait ses côtes sont presque totalement baignées par l’Atlantique)
Antonio Ramos Rosa
… quand les drapeaux s’inclinent
quand les hommes se taisent
quand l’esprit se meut lentement dans le silence
quand la mer et le soleil se conjuguent dans la nuit
à travers les timbres qui respirent
quand la lumière efface en toi
la dernière lueur du jour
et que tu entres dans le silence de la nuit
avec le soleil sous les eaux
dans le silence de la nuit.
Casimiro de Brito
Je m’assieds au bord de la ville et j’entends
La rumeur du sang l’érosion de l’argile
Comme si tout ce mystère n’était rien d’autre que
La mer
Devant mon corps assis
La musique la lumière matérielle
où tout est moi où tout m’est donné
Et rigoureusement refusé…
Castão Cruz
La mer où ton corps
reposait
comme si chaque vague édifiait
une grotte protectrice
est un champ relu Voilà ce qui reste
semblable au silence
Des corridors
me mènent à un autre temps parcourant
l’océan des lieux
Nuno Judice
…Et quand ces navires arrivent, les voiles gonflées
comme les ailes d’une migration d’oiseaux aveugles, je les célèbre, corbeaux échoués dans une hémoptysie de pétales, vomissant des coquilles, tandis que tu m’entraînes
vers la tempête du lit défait, où les marins
ont laissé les empreintes de minuit, et nous embarquons, sachant qu’aucun port n’offrira d’escale pour souffler les bougies de qui n’a jamais fêté d’anniversaire, maintenant
qu’une navigation de draps démontés agite la coque,
et tu m’ouvres l’écoutille sur tous les corps immergés dans cette mer, sur lesquels plane un oeil de libellules d’albâtre suspendues au cou d’une déesse…
Ana Paula Inãcio
que fait la femme de dix-sept ans
dans une maison de campagne
le dos tourné à la mer
là où la nuit tombe la pluie
sinon de considérer de bon matin cette pellicule
comme une photographie
non révélée
de sa vie









Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire