dimanche, septembre 06, 2009

Encore lourde du sommeil de la sieste, où je me suis niée à ne plus savoir qui et où je suis, avec dans la bouche, emplissant, le goût amer du thé refroidi que j’ai bu pour me rassembler, je regarde la danse, sur le mur en face de moi, du laurier qui me surplombe, en me redressant après avoir relevé mes plantes en pot – et j’ai posé un galet à coté des troncs pour leur donner poids et résistance, ou le tenter – je résiste à l’envie de choir assise sur le carrelage, sentir la stabilité du sol, par jeu idiot en partie, et je rentre, en tournant le dos à l’extérieur et au vent dont le bruit me suit, règne, et je me demande si c’est lui qui m’a tirée de mon abandon.
Et quittant le ciel bleu et ce qu’il envoie encore de lumière dans la cour, je m’enfonce dans la pénombre de mes murs, j’allume une lampe, je mets en marche mon cybook, je reprends où je l’avais quitté en fin de matinée « en ce soir » de Daniel Bourrion (http://www.publie.net/tnc/spip.php?article263 pour premières pages, téléchargement éventuel, présentation), et pénètre à nouveau, par la précision des mots qui rendent sensuellement la présence de la terre lourde, de la profondeur du bois humide (j’en étais restée là, ou un peu avant)
« ces branches mortes, arbres morts, couchés, rongés, pourris, s'effritant lentement d'en dedans, depuis leur cœur même, sans que rien n'y paraisse longtemps, rien du tout, pas une trace, jusqu'à ce que l'écorce soudain boursoufle, gonfle, craquèle, éclate sous de secrètes et internes et intenses pressions qui finissaient par écarter les chairs, les bois, le fil du bois, qui s'entrouvrait jusqu'à laisser émerger d'en dedans, d'en dedans lui, de vagues et molles et meurtrières efflorescences maladives, anarchiques, qui dégueulaient, littéralement, au sol, s'y répandaient, s'y étendaient jusqu'à le cacher, ce sol, aux yeux, aux pas, à nous qui avions marché là,… » et je continue, oubliant ce que je devrais faire dans la maison – qui à vrai dire n’est guère pressant.
Parce que je retrouve dans ce texte, la langue que j’avais aimé dans « Incipit », relu dans la matinée, et cet univers, la vie et sa beauté dans la lourdeur de la terre - dont on essaie de tirer quelque chose, et qui prend toute la place, les humains en leur faiblesse et laideur (qu’il dit !) étant recrachés par elle, produits par elle – cette presqu’animalité de ces hommes et femmes, qui n’en est pas vraiment une, pas un paysage mais un monde, sans fleurs pour l’enjoliver – on en rencontre mais elles sont là, simplement, comme le reste, simplement noté par ces enfants qui en naissant trouvent le poids de cela, dans la pesanteur du temps presqu’immobile, ces enfants et leur morve qui y entrent dans ce monde de la vallée et y persisteront dans la lutte contre la terre, la haine, le vin mauvais des pauvres vignes, jusqu’à devenir ces morts que les hommes viennent veiller en se donnant du courage par leur nombre et les petits verres d’alcool blanc


avec peut-être un peu plus de boue, de destin bouché que nature – et ceux qui s’évadent reviennent et sont repris par la vallée, même s’il y a au début un reste de lumière dans leur regard – mais pour chacun une façon d’incarner cela, dans la sauvagerie, ou l’étrangeté, ou l’anéantissement dans le vin ou les femmes prises, en devenant conteurs dans le rêve des veillées, en vivant et persistant dans le dénuement avec le labeur et la possession, tout de même, de cette terre détestée et qui vous déteste.
Et je suis amoureuse de ces textes, avec là encore de longues phrases, mais si naturellement en accord avec ces existences résistant à travers les siècles qui passent sur la vallée, que je m’en aperçoit à peine, et quand je m’interrompais, pour vaquer un peu à l’essentiel, je pensais vaguement, en schématisant, et me trompant sans doute aux familles de paysans de Le Nain, aux mangeurs de pommes de terre de Van Gogh, à d’autres surement mais je ne m’attarde pas, et à Bergounioux bien sûr, mais chez lui il y a plus de lumière, des hommes qui se raidissent, se tiennent sévèrement droits.

9 commentaires:

Avignon a dit…

Les "cybooks" : j'avais oublié que cela existait. C'est la première fois que j'en voit un.
J'ai l'impression que l'outil n'a pas dû avoir un gros succès commercial puisque je n'en avais jamais vu !
Est-ce confortable pour la lecture ?

brigetoun a dit…

le cybook est sans doute le meilleur pour l'absence de reflet mais on ne peut pas prendre de notes (sur le sony 600 qui sort en France en novembre c'est possible mais il serait un peu sujet aux reflets, c'est celui qui excite le plus tout le monde, mais je suis un peu trop fauchée pour y penser,on verra)- le cybook est un des premiers et il en sort de plus en plus de perfectionnés - le plus répandu le kindle d'Amazon,mais il y a avec Amazon un problème de DRM qui n'existe pas chez mes amis de publie.net et chez les petits sites qui s'ouvrent - la bagarre est aussi dans les formats mais le cybook avale tout plus ou moins bien. C'est vraiment devenu un ami (un an et demi que je l'ai)

joye a dit…

Je sens vraiment ton réveil, là, tu le décris à perfection, et j'aime beaucoup la danse des arraignées sur la première photo (oui, je sais maintenant que ce sont les feuilles d'un arbre, mais je vais faire semblant de ne pas avoir écouté...)

:-)

Merci pour le mot cy-book.

micheline a dit…

fin de dimanche sans cybooks...( je crois qu'il est tard( au deux appréciations du mot) pour m'y mettre!!)
seulement petite cure d'air et de soleil après crispation exaspérée sur un ordi récalcitrant!!!

brigetoun a dit…

ordi de très très mauvaise humeur - ai essayé de le traiter par le mépris, ça n'a rien arrangé.

Gérard a dit…

que fait-il le type à genoux en haut de l'arbre dans ta dernière photo

brigetoun a dit…

?

arkletteart a dit…

Et le contact avec le livre ? les coup de crayon les marques -pages ?? j'ai offert cela sur insistance ....attends les résultats un peu dubitative!!

Muse a dit…

mais je présume que tu garde le lien avec le livre papier...Bisous