dimanche, juillet 11, 2010

Avignon festival encore – à corps défendant

Comme je n'en suis pas à un ridicule près, comme j'ai l'esprit de contradiction, comme suis maniaque, comme suis cyclotomique, après m'être répandue sur mon envie de ne plus tenir mon journal Avignon et de mettre «paumée» en sommeil, en attendant, ben, je continue.

Et tant pis si c'est dans le vide, et tant pis si je ne suis pas capable d'une critique motivée et intelligente en trois mouvements et avec références, et tant pis si j'ai un peu honte de me cacher derrière faiblesse plus ou moins grande pour relativiser mon désir d'assister aux rencontres avec acteurs (quoique là il y en avait deux qui m'auraient tentées, mais qui se carambolaient avec le reste de mon programme), off, colloques etc..., ferai ce que peux et aurai le délicieux remords de ne pas avoir assimilé le reste. Mes cheveux sèchent, j'ai sommeil, et le tout me rend sereine, avant de me forcer un peu à déjeuner, et de siester au lieu d'aller écouter la lecture par Jacques Lassale de Tchekov et Sarraute projetée.

J'ai relu ce matin, c'était juste ce qu'il me fallait, intéressant sans m'engager, «la lettre sur le commerce de la librairie» de Diderot http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503403/lettre-sur-le-commerce-de-la-librairie et le plaisir de le voir fonctionner m'a remise en selle.

Je suis partie vers 17 heures, vers la rue des teinturiers et Benoit XII, pour aller voir 1973 de Massimo Furlan (parce que j'avais gardé un bon souvenir d'une pièce qu'il avait donné aux sujets à vif et parce que j'avais été séduite par sa présentation du projet, cet hiver http://brigetoun.blogspot.com/2010/02/je-suis-donc-allee-mardi-soir-entendre.html )

pas de moins en moins assuré, brumisateur à jet quasi continu, et détour par petite rue quiète et ombreuse pour éviter la foire sympathique de la rue des Teinturiers, que je ne me sentais pas en état de supporter,


angoisse souriante mais montante dans la file que la porte avalait lentement – acclimatation-précautionneuse à la climatisation et aveuglement, brusque contact avec le sol, dans une certaine indifférence, heureusement, de mes voisins, avec l'aide, heureusement, du chef placeur aux cheveux blancs (vieille connaissance) – assise un peu dans pièce tranquille, verre d'eau, chemise verte avec eau renversée, et en attendant, échange avec Laure Adler et deux hommes (que j'ai été incapable et peu soucieuse d'identifier), pour déplorer que le spectacle de Martaler que nous étions trois à avoir vu le premier soir, et à avoir aimé (pas le meilleur spectacle de tous les temps dans la cour, mais un beau souvenir) soit maintenant, après le soi-disant scandale qui était fort limité, réduit d'une heure (et la même impression que l'indignation de ces gens qui refusaient de sortir était en partie concertée).

J'ai aimé le spectacle de Furlan ; j'ai eu un peu peur à un moment que la succession de ses interprétations-imitations des chanteurs et chanteuses de l'époque, avec sa jolie maladresse légère, son kitch assumé, devienne longuet. Plaisir de sa perturbation du dispositif, juste à ce moment, en endossant la personnalité de Pino Tozzi, crooner un peu raté, sa verve et le collage entre les chanteurs en vidéo et les discussions entre lui et Marc Augé et autres, l'intelligence de ce qui est dit, la saveur des «niveaux de langage», l'absence de méchanceté, et la lucidité.

retour flageolant et renoncement à ressortir pour aller écouter Cadiot dans la cour, ce dont je me faisais une joie, puisque (tant pis j'ai perdu le charme inimitable de cette écoute en commun dans la nuit de ces murs) France Culture retransmettait sa lecture de «l'affaire Robinson». (Robinson à travers ses textes) et j'ai eu droit, du coup, à sa présentation de ladite lecture dans l'émission précédente.

Je suis pleine de doutes sur ma capacité à profiter de la suite de mon programme;

Et quand j'avais décidé de continuer mon journal, ce matin, je pensais qu'il serait plus tonique.