samedi, octobre 29, 2011

hôpital, poètes grecs, musique et une Brigetoun trop bavarde

Jour de pluie, rendez-vous à l'hôpital, extra muros, près du confluent avec la Durance, pour examiner les veines d'une jambe (idée fixe des toubibs, à cause de mon amour du tabac et du manque de réaction de ladite jambe pour une raison inconnue : arthrose ?) – perplexité énervée quant à la durée de l'attente et du trajet en autobus, au départ de la grande poste, au bout d'une bonne petite trotte, carcasse geignarde et pluie bien installée... j'ai cédé et pris un taxi. Une demi-heure d'attentes et formalités (avec photos tue-temps) et un toubib niant gentiment mon âge et constatant que mes veines sont aussi bonnes que possible à leur âge (autres examens à envisager mais plus tard).

J'intercale entre les dites photos des bribes prélevées jeudi soir dans ma lecture de poètes grecs, pendant que se déroulait le plaidoyer, l'apocalypse mêlée de conte doré, à la télévision – sélection fortement teintée, quitte à forcer les choses, par ma rage devant le suicide de l'Europe, et le refus du dédain affiché devant les peuples, et spécialement celui-là

Picoré dans le recueil « douze jeunes poètes » choisis et traduits par Michel Volkovitch http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503755/douze-jeunes-poètes

« La nuit,

rythmes tranquilles

et de nouveau gens en colère

et bouillonnement. » Marigo Alexopoùlou

« Autoroute vers Lamìa

4h48 avant le jour

Heure de la moyenne des suicides

dans notre monde psychique » Vassìlis Amanatìdis

« « Étrange », répétais-tu à haute voix toute la nuit, entendant passer les ambulances, « étrange,

comment a-t-il pu grimper, ce taureau, sur les remparts d’en face ? » Dimìtris Angelis

et, dans « malades aux larges ailes »de Mìltos Sakhtoùris http://www.publie.net/fr/ebook/9782814500709

« un homme 


cherche 


dans les rues 


ramassant des morceaux 


de papier 


des paquets de cigarettes

....

et moi 


le cœur lourd 


avec eux 


en des temps difficiles 


anéanti 


j’éclate en une mort blanche 


pleine de sang »

ou

« Les filles déchirées comme du carton 


des marques de soufre dans la tête 


de l‘herbe en colère dans la bouche 


cassant la tasse du ciel 


des larmes tendues dans les yeux 


épingles noires toutes neuves 


quand chantera la couleur des oiseaux ? 


quand les papillons frapperont-ils les couteaux ?

quand aux soleils pousseront d’autres mains 


et le sommeil les videra de tout ce noir »

retour à travers l'autre Avignon, dans un autobus qui chargeait, se vidait, m'apprenait un peu de la vie de ces quartiers, jusqu'à la Cité Administrative, et marche humide,

en saluant les teintes du jardin sous la pluie, en faisant du lèche-vitrines sans risque rue Joseph Vernet.

Journée un peu dolente, menues occupations, petites plongées, accompagnées d'un thé au mélange de fleurs, dans l'anthologie « les poètes de la Méditerranée » de Poésie/Gallimard, qui s'ouvre sur la Grèce avec les poètes (les plus nombreux de ce tour de notre mer) choisis encore par Michel Volkovitch, comme

Stratis Pascalis :

« La lumière est aux aguets partout

Cachée dans les veines du vent.

Au fond des yeux de l'aube l'ancienne prisonnière

Dans les sentiers rudes et obscurs de la mer

Ou le crépuscule des cyprès qui seuls additionnent les morts

Et mieux que personne résistent au déchirement de l'éclat

Dans les cloîtres des confins. »

ou Kiki Dimoula :

« Une heure caïque

tirant ses filets remonte

une visibilité vivante frétillante :

le bleu saute sur les vagues

en col blanc,

sur la petite église du village le sel ruisselle,

coupoles écaillées de tuiles,

tirelires pleines de Dieu. »

Puis le soir est venu, ai mis robe coton noir et soyeux, petit blouson de soie absinthe et un manteau, ai pris calmant, et m'en suis allée à l'Opéra écouter Patrizia Ciofi chanter, accompagnée par l'orchestre sous la direction de Luciano Acocella.

avec malheureusement beaucoup de Donizetti (mais j'ai commencé à y prendre goût)

Orchestre, Luciano Acocella, italianissime comme quand se font charmants et légèrement grisonnants.

Donizetti, donc, l'ouverture de Don Pasquale, géométrie enjouée et violons tenus

Arrivée de Patrizia Ciofi, chignon avec une pleureuse tombant sur l'épaule, bustier noir, jupe noire drapée, très colonne - et Donizetti – Don Pascuale – le très joli récitatif « quei guardo il cavaliere », voix qui garde dans l'aigu ce qu'il faut de grave sous-jacent pour donner rondeur, la rendre fruitée, et puis l'aria, superbement chanté, mais avec comme souvent un peu trop de vocalises criées pour mon goût, « so anch'io la vertu magica »

Retour à l'orchestre seul pour Verdi, l'ouverture de la Traviata, que, curieusement, j'ai trouvée relativement mal jouée, un rien mélasse (était-ce moi?)

et une entrée en scène par le côté de la chanteuse, attitude et voix recueillie, réservée, pour une très belle interprétation d'un air de Rigoletto « Caro nome che il moi cor.. » - musique à se pâmer, même dans la virtuosité finale.

Donizetti, à nouveau, l'ouverture de Roberto Devereux puis un air de Maria Stuarda « oh nube ! Che lieve per l'aria... » la ligne fermement sinueuse du chant et un trop de virtuosité finale

un entracte qui m'a semblé moins interminable que d'ordinaire - une robe noire à décolleté en V et jupe ouverte sous un pan plissé - et de nouveau Donizetti, peut être ce qui, de lui, m'a le plus séduite, un air de l'Elisir d'amore « Prendi per me sei libero, il mia rigor dimentica.. » ligne tenue, souple, ascendante, et cette façon qu'elle a, dans tous ses airs, de les jouer, vraiment, avec juste la petite stylisation due à une interprétation en concert.

Une impeccable interprétation de l'ouverture de Carmen musique inusable et finalement irrésistible, ne serait-ce que par le plaisir qu'y prennent les instrumentistes.

Un air de Chérubin de Massenet « Vive amour qui rêve », absolument délicieux, voix mélodieuse, forte, le meilleur moment avec Rigoletto et l'imprévu final.

Le prélude du Faust de Gounod et une brillante interprétation de « je veux vivre » de Roméo et Juliette du même Faust

et deux agréables, et mieux, bis, orchestre et chanteuse sous l'égide de Rossini

Voilà, voilà. M'est avis que voici un billet démesuré.

12 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

S'agissant de démesure, il me vient à l'esprit ces mots de Jacques Brel : La qualité d'un homme se calcule à sa démesure ; tentez, essayez, échouez même, ce sera votre réussite. Et la démesure de vos journées est pur ravissement pour le lecteur que je suis.

JEA a dit…

un toubib actant que malgré tout vous avez de la veine, il y a plus attristant...

Lautreje a dit…

"la mort blanche pleine de sang", me fait monter le sang dans les veines !

Chri a dit…

Pas pour nous!

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Les toubibs nous font toujours... marcher !

mel13 a dit…

vous seule pouviez parler d'un "chignon avec pleureuse tombant sur l'épaule" et de m'arrêter sur ce mot, "pleureuse", pas de celles que je connais alors rapide recherche sur Google et découverte d'un petit périodique "le-petit-manchot" dont voici le lien: http://le-petit-manchot.fr/la-revue-des-chapeaux/01-l-histoire-du-chapeau/

brigetoun a dit…

merci

brigetoun a dit…

mais là ce n'est pas une plume, juste ces mèches que l'on laisse tomber exprès d'un chignon, pas retrouvé de référence, juste un mot que je tiens, je crois, de ma grand-mère

joye a dit…

Heureuse de savoir que tu as eu de la veine chez ton toubib !!

arlettart a dit…

Oui pleureuse .... mèche qui retombe mais il me semble aussi un bijou ancien????? boucle d'oreille ? mot également entendu
Les jours de pluie ...et en plus le bus et les docteurs Un trio peu réjouissant
Et pas de démesure on en redemande comme au spectacle

Gérard Méry a dit…

plus de pleures que de mâles !

julie70 a dit…

Heureux que tes veins sont - relativement - ok, je ne savais pas que tu fumes toujours, je comprends que t'avais envie de dire davantage!