jeudi, juillet 12, 2012

Festival suite – un léger ennui honteux, un peu de poésie russe, «la nuit tombe»


Suis partie, avec mes deux appareils, et une forme revenue, dans les rues d'Avignon pleines de la lumière de la matinée, et de belles ruées sans violence de vent, juste de quoi rafraîchir la peau, faire jouer les jupes et les cheveux amicalement, et danser les affiches mal arrimées -

les rues commencent à être jonchées par endroits de cartons et papiers.. 

ai sorti le nouveau copain pour saluer la rue du roi René

et les mufles de Crillon, sur le chemin du théâtre des Halles, 

où je voulais voir L'apprentie sage-femme de Karen Cusham par Nathalie Bécue, mais cela se donne dans la petite chapelle Sainte Claire, et comme je n'avais pas réservé je me trouvais en septième position sur la liste d'attente. («le» cèdre vu par l'ancien appareil)

(et par le nouveau).
Comme autour de moi dans la file, l'enthousiasme anticipé pour le spectacle de la grande salle, Ma Marseillaise de et par Darinal Al Joundi, la suite de Le jour où Nina Simone a cessé de chanter 

qui était Le spectacle de la programmation des Halles que je n'avais pas très envie de voir, par une méfiance sans doute sotte contre tout ce qui s'attire un consensus louangeur basé sur des jugements moraux.

Persuadée que c'était idiot, j'écoutais mes co-spectateurs, gentiment bourgeois, gentiment du troisième âge, avec quelques plus anciens comme moi

Mais ce n'était pas si faux. Elle parle, fort bien, de son admiration pour les batailleuses femmes arabes, et de sa pitié fraternelle (d'autant qu'elle en est une, légèrement privilégiée, mais qui a subi, hautement) et campe quelques portraits admirables. Elle parle en insistant moins, des difficultés rencontrées en France pour obtenir des papiers et, quand elle se décide à demander sa « naturalisation » (ce mot!) de l'inquisition sans discrétion qu'elle subit – (et je me demandais, sans doute injustement, combien dans ce public tenaient compte politiquement des grands sentiments généreux qu'ils éprouvaient) – de son ébahissement devant les jeunes françaises qui veulent porter le foulard, le voile ou pire, alors qu'elle et tant de femmes des pays arabes luttaient depuis si longtemps contre, et contre le statut de la femme dont il est signe (mais, même si cela n'excuse rien, elle ne relevait pas le fait qu'ici les jeunes femmes qui se sentent reléguées en marge de la société se retourne instinctivement contre elle, et se réfugient dans une religiosité dévoyée) – de son refus de toute étiquette posée sur elle, et comme je la comprends – de son désir de faire connaître l'islam tel que son père le lui a enseigné (même si elle n'est plus religieuse), comme l'ancien Recteur de l'Université Al-Azhar (je crois qu'il s'agit de Abd-al-Halîm Mahmud mais n'en suis pas certaine).
Je ressentais, à ma place de française d'évidence, je n'y peux rien, tout ce qu'elle disait, j'aimais sa fragilité courageuse, et son superbe sourire, sa grâce mais.... inexplicablement (peut être tout ceci était-il trop évident, important mais tellement présent que le spectacle en devenait inutile, nécessitait d'autres qualités) et à ma grande honte, je m'ennuyais un gros peu.
Un spectacle plus qu'honorable, bon, salubre... mais qui n'a guère que sa possible utilité, si les spectateurs n'oublient pas dès leur immersion dans la vie courante.

Retour dans la presque torpeur du mitan du jour, cuisine, etc...

Voulais aller voir un spectacle musical à 17 heures. Comme toutes les autres possibilités, trop nombreuses peut-être, me voilà héron, cette intention s'est effacée devant une flemme immense.
Regardé tranquillement la vidéo mise en ligne par Pol de la lecture à la Colline de Anglo-Chinois de Cadiot avec Poitreneaux http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=auteur&numpage=12&numrub=3&numcateg=2&numsscateg=&lg=fr&numauteur=5743&utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter juste pour me donner une envie de plus, et pour un petit moment de bonheur-adhésion.

Une photo du premier jour, pas extraordinaire, mais que j'aime bien, pour rien, ponctuation...
Recherché et copié quelques fournitures pour http://brigetoun.wordpress.com en écoutant avec une attention fluctuante les discours introduisant à l'examen par le Sénat de la nouvelle loi punissant le harcèlement sexuel.

Suis partie, en début de soirée, écouter, à Calvet, un peu de la lecture par Anouk Grinberg, avec André Markowiz, de Une génération tragique : de Mikhaïl Boulgakov à Maria Tsvetaëva

la génération d'Ana d'Ana Akhmatova, de Profkokiev, de Pasternal, de Mandelstam, de Maïakovski, de Maria Tsetaëva, entre autres, prise dans le vent de l'histoire, représentée ce soir par Tsvetaïeva, condamnée à vivre sa génération sans sa génération, seule.. par des lettres et des poèmes.
Un poème «essai de jalousie», une lettre à Rilke, plusieurs lettres à Pasternak
«J'ai peur à voix haute, peur d'attirer le mauvais sort...»
à Rilke de nouveau «écrire un poème c'est déjà traduire sa langue maternelle dans une autre.»

et, merveilleusement, Markowiz décompose le vers russe, les rencontres de sons, le rythme, nous fait entendre, explique...
une lettre magnifique à Rilke sur l'amour, le corps, l'âme – de nouveaux textes
«l'état de création est un état d'obsession.... »

et puis, un peu avant neuf heures, suis partie, finalement bien trop tôt, pour aller,

en longeant les terrasses de dîneurs,

découvrant l'existence de nouveaux lieux de spectacle,

admirant l'éclat mourant de la lumière sur Saint Didier,

faire la queue (qui n'existait pas encore) devant les Pénitents Blancs, pour mon spectacle in du jour La nuit tombe... de Guillaume Vincent (soucieuse que j'étais d'avoir une place au premier ou deuxième rang près de la sortie pour conjurer un très mauvais souvenir dans cet endroit que j'aime particulièrement.

Longue attente avec deux couples de vieux, comme moi, mais splendides à leur façon, ou dans l'absolu, deux jeunes, un odieux personnage prêt à marcher sur les pieds de la terre entière avec morgue, que nous avons laissé passer pour l'ignorer, les gens qui attendaient peu à peu, avec ou sans billet, les passages de mon vieil ami de l'opéra, les arrivées des acteurs, des invités, et la contemplation de la plante folle au dessus de moi.

une chambre d'hôtel, d'un hôtel un peu fatigué, pour des histoires, un univers fantastique et «un univers de film d’horreur. J’en ai regardé beaucoup pour savoir identifier les mécanismes qui génèrent la peur par exemple. J’aime l’idée que ces films provoquent malgré tout une certaine forme de plaisir chez le spectateur. Un peu comme les contes pour enfants, qui jouent avec des terreurs et des désirs inconscients. C’est toujours fascinant l’appétit qu’ont les enfants à vouloir qu’on leur raconte des histoires qui, au fond, sont absolument sordides. La première scène du spectacle est inspirée d’un conte d’Andersen. Une femme veille sur son enfant malade, un vieillard vient frapper à la porte, et, tandis qu’elle va lui chercher à boire, celui-ci emporte l’enfant. On comprend alors que c’est la Mort qui s’est cachée sous les traits du vieillard...» dit Guillaume Vincent dans l'entretien repris sur le programme.

une des photos de Christophe Renaud de Lage pour le site du Festival
il y a une mère et un enfant, un frère mort, deux soeurs, un auteur et une actrice, la peur, la violence physique, la mort, le désir de mort, il y a des fleurs, un soir venteux de Noël, un beau paysage de montagne, un mariage, il y a glisser de l'un à l'autre, il y a des cris, des chocs, des éclats de lumière, des téléphones, une salle de bains, il y a passer d'une langue à l'autre, il y a près de deux heures qui passent très vite et de très bons acteurs,

Sortie un peu avant minuit, des petits groupes qui se disaient au revoir, et ne jugeaient pas encore.
J'ai acheté et téléchargé le texte, mardi, sur ePagine http://www.epagine.fr/ mais ne l'avais, ne l'ai pas encore lu, juste noté que les didascalies prenaient autant ou plus de place que le dialogue.

Retour à travers le reste de vie de la place de l'horloge, un caricaturiste,

cet attroupement éternellement renouvelé au centre de la place, dont on ne sait jamais, faute de transpercer les épaisseurs de spectateurs, ce qu'ils entourent, si ce n'est que c'est sans grand intérêt... mais que cela fait partie de la fête. 

7 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Et dire qu'à travers un pareil itinéraire, mêlé de dialogues et de théâtre, vous avez eu le temps d'écouter un discours d'introduction au Sénat. Sans compter ce nouvel album de photos de la ville en effervescence. Et pour ma part, j'aurais être là pour entendre cette lettre magnifique à Rilke sur l'amour, le corps, l'âme...

arlettart a dit…

Il me semble que le nouveau copain a une plus grande ouverture et un angle plus large aussi pour de belles aventures !!
Rilke !!Ah!! suis re dans les cahiers de "Malte Laurids Brigge"

jeandler a dit…

Flanquée de deux copains, l'ancien et le nouveau, voici Paumée parée à toutes les éventualités. Une question d'angle sans doute mais le cèdre reste ce qu'il est : étique.
Cette déambulation est très joycienne.

mirae a dit…

bonjour chère Brigitte, merci je t'embrasse j'étais la avec toi dans les rues du festival avec tout mon coeur.

ta présentation c'est comme un poème visuel et de texte parceque comme tu nous a dit d'autres mots du festival-écrire un poème c'est déja traduire sa langue maternelle dans une autre langue.
et voici ta langue de la danse des arbres dans tes magnifique photos de la lumière dorée de Saint Didier-de la danse des affiches de l'atmosphère des rues en voyant le caricaturiste et ton coeur poétique dans une immersion des sentiments du théatre quand tu as honte de tennuyer quand la femme actrice arabe parle.
tu es merveilleuse écrivaine j'aimerais voir une pièce écrit par toi bien je l'ai déja lu ici.

MERCI et je te souhaite une autre belle journée magique.

a bientot
Madeleine

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Que dire après Madeleine ?
Bonne journée !

brigitte celerier a dit…

vrai qu'elle est extrêmement gentille.
Bon que ça me propulse - parce que suis là entre vieux os paresseux et tout ce qui se passe
Vais me limiter je crois mais entre autres à un bidule qui me demande action immédiate - go
et merci à vous qui m'aidez

mirae a dit…

c'est magnifique quand la vérité c'est extremement gentille.

je t'embrasse Brigitte.
Tu me propulse-quand j'étais a notre festival ce soir- les actes de la rue-les jongleurs etc. c'était magnifique l'atmosphère et j'ai pensé a toi,et j'ai pensé qu'est-ce qui se passe a avignon, ce soir je vais faire la connexion avec Brigitte!pour lire sa plume élégante.et il y avait un peu plus de magie dans mon coeur a cause de toi ma chère Brigitte.

c'est important les journaux n'est-ce pas si on n'écrit pas on oublie beaucoup très vite les mémoires précieux sont perdus......

je t'embrasse merci encore.