mercredi, juillet 25, 2012

Mardi suite festival – et avignonnais qui reparaissent – Castelluci – Simon McBurney – John Berger – souffrance au travail (très nombreux, chacun seul)


départ en milieu de matinée, dans une ville où acteurs et festivaliers deviennent invisibles, remplacés dans mon quartier par les amatrices de dernières soldes, hommes attendant en suçant des glaces, badauds qui admirent sans oser ces boutiques et touristes

quand suis partie, dans un air qui s'était fait immobile, bien pesant de chaleur

vers l'école d'art pour une rencontre avec Castellucci et quelques femmes actrices ou autres , de son équipe – et là vais vous demander indulgence, j'ai, alors qu'il n'est que vingt deux heures, immensément sommeil, un crâne empli de bouillie qui frémit dans la crainte d'être sollicitée, beaucoup vraiment de notes sur cette matinée, et pas la moindre sur les spectacles de l'après-midi.
Vais prendre quelques mots pour me servir de repères accroche souvenirs – tant pis pour les ellipses, - et de quelques mots lapidaires (enfin on verra) pour la suite -

surprise et heureuse de constater que je ne suis pas seule à continuer à avoir fort goût et intérêt pour ce théâtre – comme toujours des questions qui me paraissaient relativement stupides version intellectuel appliqué (à deux exceptions près, lumineuses) – par chance des réponse qui m'ont fourni sept pages de notes, que survole

Le théâtre doit être abandon de l'évidence, pas de contenu narratif, uniquement des mots, comme chez Hölderlin (le texte qui s'affiche et que certains trouvaient d'une platitude insuportable)/
Oui, il y a référence au théâtre no (beauté du geste épuré et répétitif), mais pas uniquement, pas prioritairement. Oui aussi, et davantage, la peinture néo-classique et David (ai repensé à cette exposition du Louvre en 89, dont j'ai le catalogue, sur le beau idéal, Winckelmann, Quatremer de Quincy, Lessing etc... et les peintres) et la beauté qui paralyse. 

Autre question, autre réponse – le trou noir (les images de la Nasa au début) – force primitive du trou noir – dans Hölderlin et dans le personnage d'Empédocle c'est présent. Monde à venir.
Les images de la nasa et le bruit de l'univers on est déjà dans la bouche du volcan, dans la caverne, le début de la religion, de l'art, l'ailleurs dont tout vient.
La scène où les jeunes filles, après s'être rituellement coupée la langue (ce qui n'empêche pas la parole ensuite) s'asseyent en cercle , allusion au trou, au volcan

comme je m'y intéressais, comme les gradins, bancs, et une bonne partie du sol étaient occupés, ai posé le bout de mes fesses sur un rebord de fenêtre, en plein cagna
Le temps d'entendre une question sur les armes (jusqu'à une kalachnikov) que portent à un moment les jeunes filles – cette beauté épurée est une beauté armée, les armes elles ne servent pas, comme la pureté des amazones

Mais comme le soleil m'était trop puissant, j'ai contourné, slalomé entre les assises par terre et me suis coincée dans un arbuste en jarre, entre deux branches, et tête courbée sous une troisième, pour écouter : notre expérience de la tragédie grecque c'est la ruine, la part du manque, et c'est vrai aussi pour le texte d'Hölberlin (j'avoue que je n'en sais rien, choisis de le croire, pour les grecs ce n'est que trop vrai) – la tragédie est un impossible.
Des questions et des réponses qui mettent en mots (pas toujours) mon ressenti qui s'y refusait – comme la dimension mystique... macula seca, le point noir au centre du regard 

La longueur de la pièce a été soigneusement calculée par l'équipe pour être un peu trop longue, un peu trop lente, car l'ennui fait partie de cette pièce volontairement ce qu'ai répondu sur Facebook) – la merveilleuse source qu'est l'ennui – les gestes rhétoriques mais aussi et peut être surtout hypnotiques des jeunes femmes – casser le spectacle – respecter la distance entre les mots et l'image.
Le théâtre est l'art le plus proche de la vie, mais il est l'ennemi du réel. Echapper à la littérature. Assumer un non qui ne soit pas uniquement négation mais générateur.....
Bon j'arrête de vous ennuyer, au moins avec cela

parce que j'en ai profité pour visiter, un rien rapidement, l'exposition Da capo consacrée à Simon McBurney et à Complicite (le Maître et Marguerite ici cette année, après avoir tourné 

une première salle «inspiration» qui rassemble (et c'est assez beau) les éléments disparates dont se sont servi pour certains spectacles

mais surtout le plaisir que j'ai pris à circuler dans la troisième «création» un labyrinthe étonnamment long pour cette assez petite salle, bordé par de grands panneaux portant photos de spectacles, répétitions, vie de la compagnie – et vous «flanque» une série de photos dudit, plus ou moins réussies (pas envie de trier)

et dans la dernière une vidéo qui m'a fascinée quelques minutes, guère plus, parce qu'il était une heure et demie, largement le temps de rentrer faire la cuisine – déjeuner – enregistrer les photos – faire un tour sur internet puisque n'avait plus le temps de siester – me changer

repartir dans l'encore presque foule de Saint Agricol, un peu après quatre heures, 

traverser le bas de la place de l'horloge qui entre peu à peu en assoupissement,

trouver même vide relatif, sous soleil dardé, sur la place de la principale, prendre la dernière place à l'ombre dans la file, et entreprendre longue attente à nouveau (en regrettant qu'avec le dernier tournant du festival, la convivialité soit passée de mode)

entrer enfin, pour la dernière fois cette année, dans cette petite chapelle où ai tant de souvenirs

m'installer au quatrième rang et attendre en contemplant l'oculus de la chambre des
époux du palais de Mantoue, que débute Est-ce que tu dors ? Le spectacle de Katia et John Berger.

(deux photos de Christophe Reynaud de Lage copiées sur le site du festival) comme
«Appelé à tort «la chambre des époux», alors qu'il s'agissait vraisemblablement d'un bureau privé muni d'un lit, ce lieu merveilleux, pour lequel le peintre de la Renaissance italienne a laissé libre cours à son imagination, a été visité à plusieurs reprises par John et Katya Berger. Fascinés par cette œuvre atypique, ils ont entrepris un échange par correspondance à son sujet. Ces lettres et SMS deviennent aujourd'hui des dialogues, par recomposition, réécriture ou redistribution des propos échangés. Pris en charge sur le plateau par leurs auteurs, ils sont matière à dire la beauté de la peinture de Mantegna, mais aussi la force d'une relation humaine hors normes et la grâce d'un question­nement sur le regard. Pas de conférence savante, pas de didactisme, pour mettre à la portée du public une œuvre que chacun se doit d'interpréter individuellement. Juste une conversation ouverte, généreuse, animée d'une curiosité qui semble sans limites et témoigne d'un profond désir de partage. Une lecture-performance comme une proposition de relation : à l'art, au monde, au temps, à l'oubli mais surtout, peut-être, de père à fille et de fille à père»

un très joli passage sur l'oubli au début – un amour discret – des choses intelligentes, des choses plus banales – du plaisir, mais au bout d'un moment, un peu l'impression d'être dans un salon où deux des personnes présentes, faisant jouer leur prestige, monopoliseraient la parole, imposeraient leur vision, rendraient impossible tout dialogue et donc installeraient un ennui distingué.
Spectacle qui a du charme pourtant, grâce à eux, à leur humour, à leur finesse souvent, grâce aussi au travail de Simon McBurbey et au superbe jeu de vidéos, superposées parfois, des vues de la salle et de détails, de photos anciennes du père et de la fille, de leur présence sur scène, en léger différé parfois, qui crée un écrin poétique à leur échange.

Partie rapidement, parce que le besoin de dormir se faisait grand

et puis hésitation dans la petite animation résiduelle des rues, envie de ne pas en rester là,  

gagné le théâtre des halles, pris un billet pour la pièce donnée dans la grande salle à dix neuf heures

attendu dans le calme du jardin, et assisté à un spectacle intéressant, un peu tract, mais avec talent (et puis le sujet même si j'en ai quelques idées, pour l'avoir vécu en atténué, ne manque pas d'intérêt, certes non) très nombreux, chacun seul de Jean-Pierre Bodin (établi par son collectif)
«Dans un dialogue avec Christophe Dejours (chercheur, spécialiste de la souffrance au travail) (Brigetoun : par vidéo interposée, clair, intelligence lumineuse, sensibilité), il nous interroge sur ce que donnent à comprendre les suicides sur les lieux de travail. Empruntant les mots, les gestes d’ouvriers, les pensées de poètes, philosophe, chercheur et journaliste, Jean-Pierre Bodin et ses complices rendent compte de l’état du monde du travail. Et si ce monde génère de la souffrance, il n'y a pas de fatalité ! Le théâtre permet aussi de rester debout !»
avec pour seuls accessoires des rideaux qu'il ouvre et ferme lui même, un chariot de manutention à la fin, sa parole de conteur, une chaise, et donc les interventions de Christophe Dejours, théâtre ramené à la prise de position, exposé, l'assumant.

Retour, presque animation aux terrasses de la place de l'horloge, spectacles de rue locaux, quelques tables occupées place Crillon, et une flemme incommensurable pour écrire ce qui précède, certaine que j'étais d'être ennuyeuse.
Aujourd'hui deux «gros» spectacle du in, dont n'ai pas voulu lire de critique, dont j'attends peut-être trop, on verra.

10 commentaires:

joye a dit…

Heureuse de savoir que ça chauffe chez toi aussi, mais attention, la chaleur peut devenir meurtrière comme elle l'est ici chez moi.

À toi maintenant de nous envoyer de la pluie européenne steuplé, brige !

Pierre R. Chantelois a dit…

Votre rue se déserte déjà et jusqu'à la place de l'horloge qui entre peu à peu en assoupissement. Ah ces soldes d'été! La fin de ces deux intenses semaines approche. Intéressantes par ailleurs ces tribunes entre gens de théâtre et grand public. Je les imagine fructueuses d'enseignement et de renseignements. Petite curiosité. Pourquoi écrire : « entrer enfin, pour la dernière fois cette année, dans cette petite chapelle où ai tant de souvenirs »? Les accès y sont-ils saisonniers? J'aime bien en terminant cette remarque brillante : « si ce monde génère de la souffrance, il n'y a pas de fatalité ! Le théâtre permet aussi de rester debout ! »

JEA a dit…

vous êtes bien l'une des rares que l'on puisse suivre sans appréhension dans un labyrinthe (avec les yeux fermés pour ne pas perdre vos mots sous nos paupières)...

brigitte celerier a dit…

Pierre oui, comme les cloîtres (sauf celui des carmes sollicité par une vraie vie de quartier, comme l'église des célestins, le jardin de Mons et la cour de Calvet n'puvrent que pour le festival et quelques autres manifestations du même genre

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

La convivialité est passée de mode ?

brigitte celerier a dit…

dans files d'attente - faire gueule sauf éventuellement à l'ami proche et là hurler ses histoires - et lutte sournoise pour places - il y avait un semblant de grâce au début dans les rapports humains qui s'est effacé avec nouveau public

jeandler a dit…

Marcher, attendre, entendre, écouter et voir
Déjeuner, dormir, dîner, marcher encore
Une vie de forçat
" Le théâtre permettant de tenir debout ".

arlettart a dit…

Les spectateurs et autres chalands sont fatigués de chaleur et de tout peut-être, d'où mauvaise humeur
Bravo pour ta constance

Gérard Méry a dit…

des spectacles à tous les coins de rue..un marathon

Anonyme a dit…

Si vous aimez cette phrase, allez voir ce spectacle (très nombreux, chacun seul) dont cette phrase est la conclusion. Sur Avignon ou ailleurs, si les programmateurs près de chez vous ont le courage d'offrir au public cette réflexion profondément humaine sur le travail.
La dame qui écrit (si bien) nous offre une belle déambulation dans cette ville (qui parfois me pèse de tout ce théâtre inégal, de tout cet acharnement à se vendre - et comment faire autrement? Le talent ne suffit plus tant l'offre est débordante) et sur ce choc des croisements entre populations venues pour tant de raisons différentes se coltiner les pavés des ruelles avignonnaises.