jeudi, juillet 26, 2012

Mercredi – matinée dans l'antre – et festival : Ibsen et Jelinek


Voulais ressembler, mercredi matin, à la dame qui m'est venue, en cadeau, (oeuvre d'Alexandra Giacobazzi) comme un modèle, mais j'avais oublié qu'avant de trôner avec autorité douce dans un transat, la mama elle a trimé dans sa maison, et me suis engagée dans tout un tas de petites tâches trop négligées, augmentées du long téléchargement d'un logiciel pour remplacer iPhoto (un peu lasse des grèves nocturnes de Picasa album) – tombais de sommeil après déjeuner, tenté petite sieste, avec crainte de ne pas me réveiller à temps.

Mis une vieille et aimée robe blanche, loin du corps, avec air circulant, en coton léger, parce que la main de la chaleur, comme prévu, s'est posée sur moi quand suis partie, avec une légère appréhension à l'idée du passage de cette belle température d'été à la clim de l'opéra, 

mais avec grande envie d'bsen, d'un ennemi du peuple, et de voir ce qu'en faisait Thomas Ostermeier dont j'ai aimé fortement ou presque détesté, jamais regardé avec indifférence polie, les spectacles. 

Choisi deux photos un peu au hasard dans la galerie de Christophe Raynaud de Lage pour le festival.
Lu, avant de partir sur le site du festival
... Ibsen avait une opinion tranchée sur le pouvoir de la majorité : un pouvoir à combattre puisque « la majorité n'a jamais raison ». Un avis qui pourrait laisser à penser qu'il portait un regard assez négatif sur la démocratie. Mais pour Thomas Ostermeier, il faut absolument distinguer la vraie démocratie de la fausse, qui se pratique dans les pays à économie libérale. Il lui paraît aujourd'hui urgent d'attirer l'attention des spectateurs sur un glissement possible et très dangereux de l'un vers l'autre, glissement qui pourrait ouvrir grandes les portes vers un système politique dictatorial à l'instar du système économique qui s'est répandu sur notre planète. À travers l'histoire du docteur Stockmann, c'est aussi une réflexion sur la radicalité des choix de vie que propose Ibsen, signalant l'ambiguïté d'un choix qui se veut absolu au risque d'un isolement total, et donc d'un échec du combat mené. L'héroïsme est-il sublime ou devient-il absurde ? Une fois encore, c'est un théâtre de questionnements que proposent Thomas Ostermeier et sa troupe. Un théâtre de l'engagement, un théâtre de résistance.

Une pièce, chez Thomas puis au journal, des murs noirs sur lesquels sont dessinés des meubles, et sur le plateau les meubles indispensables – un jeu rapide, efficace, l'impression que les acteurs sont vraiment les personnages, et pour cela la distance nécessaire pour donner ce sentiment du réel.
Un texte impeccable, avec le bonhomme sûr de son droit, sûr du soutien unanime - mais la violence verbale du frère, maire, et patron, qui refuse toute remise en cause du projet - sûr du soutien de ses amis (membres du même groupe de musique) journalistes, qui s'affirment plus violemment contestataires que lui, du propriétaire centriste du journal, président des propriétaires de la ville, et la découverte de leur lâchage, après un plaidoyer d'une habileté classiquement politicienne du frère. Quelques formules d'une justesse navrante.

A la fin on badigeonne de blanc les murs pour une conférence improvisée par lui pour alerter la population, le maire s'empare du micro, le ridiculise, minimise le danger de l'eau contaminée, l'accuse de vouloir aller contre la majorité, en appelle à la salle où revient la lumière, avec une ou deux prises de parole sans doute préparées, puis, après le discours de Thomas qui attaque en effet la démocratie, mais telle qu'elle est maintenant dévoyée par la fabrique d'opinion, etc... (et pour éviter le risque d'assimilation avec l'extrême droite, Ostermeier a sous-titré le spectacle l'insurrection qui vient), la salle intervient vraiment, et j'ai trouvé ça sympathique, un temps, mais suis un peu lasse de la rhétorique qui se veut de gauche et reste dans un ronron flou, j'ai regardé ma montre, commençais à partir (cela dure ad libitum), ai accéléré le mouvement quand est arrivée une intervention en anglais qui, bien entendu n'était pas traduite, puisqu'il est obligatoire pour les allemands et les français de manier cette langue (m'exaspérait déjà le fait que pour les chansons en anglais nous ayons eu droit à de très inutiles sous-titres en anglais). Dommage l'idée est bonne mais nous public, nous n'avons que notre talent, et le très bon spectacle s'effiloche un peu ainsi, et perd de son efficacité....  quoique, finalement,  notre tendance au verbiage est assez dans le ton.

Ai salué l'arbre, le bleu, la petite animation de la place, suis redescendue vite par rues désertes pour préparer souper, arroser, noter ceci, me changer, repartir

par la rue Joseph Vernet en négligé du soir

par la rue des Lices, les dernières tables occupées

et aller, dans la cour du Lycée Saint Joseph, voir, pour une autre face de la même thématique générale, Die Kontrakte des Kaufmanns - Les Contrats du commerçant. Une comédie économique – d'Elfriede Jelinek, dans la mise en scène de Nicolas Steeman dont n'ai vu aucun spectacle.

une photo de Christophe Raynaud de Lage.
Sur programme du festival : ...La plume acérée d'Elfriede Jelinek s'attaque aux gros et petits spéculateurs des marchés financiers, à même le langage dont ils se parent. Avec une implacable lucidité et un humour féroce, elle joue inlassablement avec leurs discours prétendument rationnels, pour en donner à entendre le jargon aussi irréel que farcesque. Leurs effets n'en apparaissent que plus tragiques. Comme elle le dit, Elfriede Jelinek n'écrit pas tant des pièces que des « textes à parler », une langue vivante chargée de l'urgence de dire, qui a besoin des corps et de l'énergie du plateau du théâtre pour se réaliser...

l'un des acteurs (celui qui ensuite nous fera chanter notre soumission aux banques, enfin moi un peu et puis m'y suis refusée - au demeurant bon chanteur lui-même) nous annonce - mais on n'est jamais forcé de le croire - qu'il devrait y avoir un très beau et très haut décor mais que le mistral de la fin de semaine l'a emporté, qu'ils se contentent d'objets de récupération, que le spectacle grandit, Jélinek ajoutant du texte (ou plutôt eux ajoutant des délires, actions à côté, digression) et que l'on ne peut savoir à l'avance la durée du spectacle qui change tous les soirs un peu (il y a une machine qui indique en gros le nombre de pages restant à dire ou jouer, et cela commence à 99, machine perdant un numéro chaque fois qu'une page du texte, que la plupart ont en main, lisant parfois, est jetée – et la scène en est constellée à la fin) qu'il n'y aura pas d'entracte mais que nous pouvons sortir boire, fumer, rêver dans le jardin où il y a une télévision

ce que j'ai fait, le temps de quatre ou cinq bouffées de cigare, un peu après le milieu, parce que j'étais excédée par une scène en anglais pas très drôle (comique volontairement raté)

une autre photo de Christophe Raynaud de Lage
Troupe d'acteurs, musiciens et chanteurs (fort bons), vidéaste (et des gros plans de comédiens en dehors de l'action principale s'affichent sur un écran au fond, et parfois sur des écrans latéraux, en alternance avec des unes du Figaro ou autres) metteur en scène tous présents sur le plateau, des actions qui partent dans tous les sens, des masques de moutons ou de loups (et à un moment une fausse Jelinek, pendant qu'au premier plan on lit son texte, est dévorée par les loups), des performances, des prises à partie du public, c'est assez formidable, le texte de Jelinek est bellement fort, et les faux n'importe-quoi ironiques des acteurs soulignent le mordant de la satire, mais à vrai dire, vers le milieu pendant de longs moments, cela devient un peu répétitif, et je me suis un temps ennuyée, après avoir jubilé pendant près de deux heures.
La fin renoue avec le texte et le plaisir du jeu et des chants.

Cela a duré un peu moins de quatre heures (dont près d'une heure en trop à mon goût, difficile à dire quand on a beaucoup aimé tout le reste)

retour dans les rues presque endormies – la marchande de glace du coin de la rue Saint Agricol se préparait à fermer.

7 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

« L'héroïsme est-il sublime ou devient-il absurde? » La question est posée mais qui sait en réalité la vraie réponse à cette énigme? Et une autre énigme à laquelle je ne saurais donner de réponse : Ipsen et Jelinek dans un seul jour, comment faites-vous? Heureusement qu'en fin de soirée le texte de Jelinek était bellement fort

mirae a dit…

juillet le 25
bonjour chère Brigitte, encore j'étais la au festival.Quelle beauté dans cette poste.Le dialogue encore avec le ciel après ca on pourrait tourner la page mais nous sommes humains alors ca continue sur l'estrade de la vie.(tu m'as inspiré chère Brigitte a dire cela alors j'espère que tu trouves une petite vérité la.alors maintenant on continue avec l'enfer ... non mais...

J'ai trouvé les pièces ici et tes descriptions très inspirant l'étendu de mon esprit est maintenant plus large.-on ne remarque pas a quel degrès nous sommes en communications avec toutes les conversations,les photos, l'art le mot écrit etc!
OUi j'ai regardé un vidéo par NASA pour 45 minutes sur la lune,sur l'assaut violent des rochers et les météore contre la surface de la lune.et après ca chaque fois que je regardais la lune cétait stressant haha pour assez longtemps mais maintenant je suis guérie quand je regarde la lune elle est paisible et ca me rend reveuse haha.

ET ah quel bijou de voir le théatre dans la chambre de l'ancien peintre de la rennaissance avec sa peinture et le dialogue de la pièce a inclus les lettres du peintres- ah ca montre la communication inhérente de toutes les formes de l'art et entre tous les ages.

et pour aujourdhui, c'est spectaculaire encore.j'ai aimé surtout la ligne sur les speculateurs des marchés finances qui possèdent un discours prétendument rationnels. ca c'est l'humour de la protestation et merci pour toutes les photos magnifiques!

je t'embrasse,et te donne un grand merci pour ces bijoux de postes.
belle continuation.....magique...
Madeleine

jeandler a dit…

23 ° seulement quant ici s'affiche à la même heure un insolent 25 !

La loi du plus grand nombre ne peut avoir raison même si elle l'emporte.

JEA a dit…

PhotoScape
un logiciel gratuit et sans virus, pas lourd à charger, je l'utilise notamment pour mes pages photos, les visiteurs (masc. gram.) ne s'en plaignent pas...

Gérard Méry a dit…

Il s'en passe des choses entre la dame assise aux chaussures rouges et la marchande de glaces aux fruits rouges

joye a dit…

Je crois que j'ai oublié de te dire merci pour tes reportages pour le festival cette année. Quelle impolitesse ! Je vais la blâmer sur la grosse chaleur qui nous écrase ici.

Alors, merci, brige et pardon.

versus a dit…

Lecture époustouflante,tenace et passionnée du festival, on y est presque!
Je vous vois désormais sur ma liste de blogs..