mercredi, août 22, 2012

Chaleur, humains et pigeons


Ce fut, au second éveil, une attaque d'un peu de nervosité se résolvant en langueur, l'idée d'une incursion vers les halles pour ramener courgettes, tomates mangeables, sans nerveuses fibres blafardes, provision de pommes de terre et un bidon d'huile,
Ce fut, en ruisselant brusquement devant la chaleur de l'ordinateur, l'image d'un veston cerise douce sur le fil à fil bleu et blanc de la robe d'ancêtre souriante, et l'idée que non, dansant sur une appréhension de sentir carcasse faire caprices contre lesquels se battre pour qu'invisibles restent, parce que totalement hors de propos, mais cette consolation : la fin de semaine à Paris sera plus fraîche
C'était l'écoute trop répétée des doctes conseils pour les vieillards fragiles (et la lâcheté de se décider concernée)
Ce fut sous la douche un refus si entier qu'il amena l'illusion que le jour dans lequel entrais était lundi, que les halles étaient fermées,
Ce fut soulagement et la résolution dans la fraîcheur du corps humide de sortir, oui, il le fallait, mais sans charroi hors de portée,
Ce fut remercier mais maudire en secret celui qui rétablit la vérité du mardi, un dos se raidissant pour affronter.... le souvenir bienheureux de la morue mise à dessaler, des halles donc inutiles, quitte à qualité légèrement moindre des achats
Et ça a été agréable marche, dans la petite gaieté du quartier qui s'installait, tardivement dans le jour, les plaisanteries et simulacres de combats entre les lances d'eau des jeunes femmes raffinées (à l'accent souvent aillé) nettoyant leur bout de trottoir devant les boutiques de vêtements plus ou moins prestigieusement griffés
Et ça a été trouver exactement ce que l'on voulait, vérifier à la banque que sagesse fût en ces jours et efficace, et, sur une inspiration brusque, au sous-sol de Kokaï, trouver un veston en coton pékiné blanc, au prix dérisoire, sans âge, sans doute trop classique pour la boutique, et pouvant faire illusion.

Ce fut le retour dans cette chaleur de belle force, mais sans main agressive pesant sur les humains, d'ailleurs peu nombreux même aux terrasses

Et ce fut tenter de capter des pigeons avec telle maladresse (manier un appareil avec les deux mains qui sont déjà en charge de trois sacs dont un bien lourd) que, d'un trottinement paresseux, ils sortent du cadre pour vaquer à leurs occupations mystérieuses

Ça a été maudire le second, silencieusement, assez pour que se retourne et me regarde d'un oeil stupide,

profiter de la tranquille contemplation d'un vide existentiel par un beau dodu perché sur le mur de la petite ruine, sans voir son compagnon, 

rentrer dans l'antre – avoir oublié de fermer les volets
déjeuner lentement, par devoir, et sombrer dans l'anéantissement d'un sommeil roux, jusqu'à la fin d'après-midi, vaquer en passant du comas à une habileté grandissante,
se sentir incapable de mettre idées et mots en ordre, alors pondre ce trop long rien, vaille que vaille. 

8 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Avant que ne tombe sur nous le coma de la fatigue, ces promenades, si petites ou grandes soient-elles, sont rafraîchissantes tant elles marquent la simplicité des heures.

Dominique Hasselmann a dit…

On se demande toujours comment les oiseaux échappant à la chaleur : sans doute n'écoutent-ils jamais la météo à la radio ?

JEA a dit…

si la répétition des messages radiodiffusés sur la canicule et les "personnes à risque" réveilla quelques parents indifférents et voisins distraits...

brigitte celerier a dit…

là, non... trop proches comme âge

Françoise Dumon a dit…

Rien à voir avec la grande canicule de 2003 qui avait duré tout l'été, là il s'agit de quelques jours... Cependant, en ville, c'est toujours plus compliqué.

jeandler a dit…

La chasse aux pigeons serait-elle ouverte ? Ensuite, trouver des petits-frais frais et, par cette chaleur, autant mettre un grain de sel sous la queue d'un oiseau (ici, d'un pigeon, of course) pour l'attraper ...

jeandler a dit…

les petits pois (je suis toujours pressé !)

arlettart a dit…

Ah!! un petit veston ! Merveille qui remonte le moral
Copain Pigeon en reste pétrifié