dimanche, septembre 02, 2012

Un samedi - mélange d'humeurs, de beaucoup trop d'images, de tracteurs, de confréries... dans le vent qui nous est seigneur


Une mauvaise humeur au réveil, rampante sous des plaisirs de mots – le frais des mollets et sur les épaules, le volet qui bat en rythme inégal, avec claquements d'échelle variée, que ma voisine en allée a laissé non fixé – cette entrée des mois en r, que vais apprendre à tolérer jusqu'à leur trouver du charme, mais sur le seuil desquels me tiens en refus buté
La prise de possession par le vent qui fait chanceler la carcasse vrillée d'une méchante douleur, que je sais provisoire mais prétend le contraire, les plus de seize degrés perdus en une semaine, mais un tableau qui me chante l'écrasement blanc et bleu de l'orée du désert, et le jeu de l'échange des lamentations outrées avec l'épicier
mais, les mains dans les poires trop mures dont fais une pommade pour aller, avec un peu de pétales de lieu et des éclats de purée de citron, submerger les pâtes que mangerai, recette improvisée et improbable que n'oserais pour autre que moi et où je trouve plaisir, dans l'odeur sucrée, dans le mélange des saveurs, à laquelle j'ajoute une petite tomate noire fondue sur feu éteint, dans un mélange d'huile d'Olivier et de reste de sirop d'anis – cuisine barbare – avec l'écoute du chant des baleines à bosse, les modes qui se propagent entre les baleine mâles, avec la flûte que copia Athéna, avec Pythagore, les bruits, les proportions et la musique, avec les mathématiques, avec la voix de velours sourd de Jean-Claude Amelsen dont l'émission sur les épaules de Darwin m'était spécialement bonne ce samedi matin, m'ouvrant, avec l'aide de la chimie que décidément j'avais dû oublier, à l'émerveillement, sans autre raison, peut-être, qu'un accord sensible et fugitif avec mon moi de ces moments... (http://www.franceinter.fr/emission-sur-les-epaules-de-darwin-ete-2012-les-battements-du-temps-35-les-chants-de-la-nature)
mais le déjeuner très lent en compagnie de Bonnefoy et Mandelstam...
mais une petite sieste, avec regret vague de manquer le défilé des tracteurs anciens
le petit goût attentif au charme doux-amer-envolé de la vie de ce samedi matin

les tracteurs, je les ai trouvés sur la première rampe qui monte vers la terrasse du petit palais, avant de se retourner vers Notre Dame du Dom, quand suis arrivée déjà sculptée, secouée, ébouriffée par le vent (et, lasse, si lassée par lui, après avoir jeté toutes les photos prises en tremblant, surtout avec la fatigue brusque de la fin, je vais me borner à aligner les trop nombreuses photos prises pendant les presque deux heures passées sur la pente avant de renoncer)

Le plaisir unanime, ou presque, de nous autres, citadins de trop longtemps, devant ces machines.

Suis montée vers la vigne, à la proue du rocher, contre la ruée de l'air

qui secouait les ceps, presque complètement dégarnis, qui avait détruit ou malmené les épouvantails créés par les élèves de l'ESAA «Tatie Bogle» (remords de ne pas leur avoir rendu visite plus tôt)

une très longue attente à l'angle avancé du parvis, prenant les rafales que mes voisins supportaient avec sourire de plus en plus crispé et qui me déséquilibraient, vieille petite chose, par moments, et le visage bienheureux dans le soleil,

avant que le cortège, avec très grand retard, débouche sur la place, monte lentement vers nous, étendards et capes secoués, chapeaux maintenus...

et puis j'ai laissé la place à d'autres, et suis allée me poster, avec deux photographes à gros appareils et allure professionnelle, en haut de la seconde rampe, tentant de ne pas les gêner, d'attendre les moments où le public ne s'interposait pas, ni ne se mêlait aux confréries, où mes mains gardaient fermeté, jusqu'à l'arrivée, à peu près au milieu, du chariot traîné qui amenait carillon et tête de Saint Agricol (je crois),

arrivée que tous attendaient pour entrer dans l'église entendre et chanter la messe, mais là au lieu d'attendre un peu avant de monter jusqu'au jardin, d'attendre, en faisant le tour du marché gourmand, la fin de la messe, le ban des vendanges, la dégustation, le pic nique et le bal, j'ai été prise de tremblements de fatigue, et suis rentrée, lâche, fatiguée et contente,

rejointe et dépassée par la calèche que ce programme ne concernait plus, pour démêler en grimaçant l'enchevêtrement sauvage de ma tignasse, trier les photos, être trop indulgente et en garder trop, boire du thé froid, ramasser les feuilles de la cour et redresser deux pots, sentir le sommeil m'envahir, lire un peu sur internet...
Aujourd'hui il est prévu une course de radeaux plus ou moins étranges, représentant les entreprises locales... j'espère que sur le Rhône le ciel sera moins vigoureusement mouvant.

7 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Là, vous nous en mettez plein la vue (vous avez élargi le format !), et j'adore vos photos de tracteurs.

Plus la voix de Jean-Claude Amelsen, écouté aussi hier, un microsillon tracé dans nos oreilles.

brigitte celerier a dit…

merci à vous - mais là je pense vais abandonner

jeandler a dit…

Le vin plus que le thé rend l'humeur joyeuse. Et quant au vin doux, il rend un peu qui en abuse un peu.

Magnifique déploiement en la ville. Préfère les calèches aux tracteurs d'autant que ceux qui vont dans les vignes sont bien trop hauts sur pattes !

JEA a dit…

avec l'espoir que St Agricol vous sera infiniment gré de cette page
le pauvre n'a que son nom pour lui, pas de date de naissance ni de décès, même le VIIe siècle relève des hypothèses pour son passage en ce monde

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

N'empêche, tu l'as fait, toi, avec plein de belles photos.
J'ai fait un tour au rocher dans l'après-midi, le mistral m'a découragé !

Pierre R. Chantelois a dit…

Comme une fraîcheur maraichère vous nous présentez là une journée dont seule est capable Avignon. Rappeler l'Histoire autour de Saint-Agricol et garder dans les mots un accent résolument moderne. Quelle journée. Et je souhaite par dessus tout que la lassitude s'éloigne et ne vous gagne point. Vous avez si bien su résister : les rafales que mes voisins supportaient avec sourire de plus en plus crispé et qui me déséquilibraient, vieille petite chose, par moments, et le visage bienheureux dans le soleil

Françoise Dumon a dit…

Bravo Brigitte pour ce reportage haut en couleurs. Les photos sont belles, la présentation aussi. Je voulais y aller et j'ai eu une proposition pour sortir d'Avignon, je n'ai pas hésité...