mercredi, mars 13, 2013

Désolée


Me pardonnerez vous, Monsieur, de vous avoir surpris ?
Je ne le voulais pas. Et ce fut surprise, Monsieur, la photo s'affichant, ce visage votre, surpris, réprobateur, ou étonné, inquiet, un peu...
Je visais de trop loin, avec un zoom, les terrasses, tous ces corps détendus. Ils m'avaient envoyé, me réveillant, la sensation, la conscience de ce printemps qui nous vient.
J'avais noté ces deux dos sombres, s'échelonnant, comme une ancre, pour fixer mon rêve.
Ne pensais pas à vous, n'avais pas vu vos sacs.
Depuis, m'interroge.. Peut-être venez-vous d'un village voisin pour visiter un fils ou une fille, peut-être cherchez vous un travail, peut-être vous reposez vous en attendant une voiture qui vous emmènera dans un appartement ami près de la Rocade, et goûtez vous tranquillement la tiédeur toute jeune de l'air. Peut-être êtes vous en colère pour une raison inconnue, un corps au pied, l'état du monde, une injure, un mépris, un bon gros ennui dans votre travail, l'inconfort de ces tabourets si esthétiques. Peut-être vous impatientez vous en attendant votre femme et votre fille qui sont venues regarder les vitrines.
Peut-être avez vous eu envie de me faire cendres.
Vous voyez bien Monsieur que je ne vous ai pas volé votre présence, juste son image.

7 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

De manière inconsciente, je crois, je guette un regard, une expression, des traits ou une nostalgie capable de résumer ou plus exactement de révéler une vie écrivait Steve McCurry

arlettart a dit…

Il en est souvent ainsi ... mais le regard ne veut pas dire réprobation
surprise seulement, interrogation aussi
Délicatesse de ta part ce petit billet qu'il ne lira pas

Dominique Hasselmann a dit…

Se voir pris en photo comme au piège mais souvent simple impression : le chasseur n'avait pas d'arme.

Françoise Dumon a dit…

Le regard seul en dit beaucoup.

joye a dit…

Et peut-être avait-il tout simplement le soleil aux yeux.

Gérard Méry a dit…

tu t'en sors très bien, comment ne pas être ému.

mémoire du silence a dit…

Un bel hommage à l'inconnu.
c'est très beau, pudique et respectueux.