dimanche, mars 03, 2013

Retour vers et sur les vases communicants, tardif et approximatif


Brigetoun était vendredi et samedi dans la fraîcheur de la Drôme et de la Lozère, dans la chaleur de rencontres, avec un petit regret rampant de ne pas pouvoir se livrer à sa lecture tendue, gloutonne, freinée par plaisir, perplexe parfois, des échanges des vases communicants.
Brigetoun les a effleurés samedi soir.... un peu brumeuse était, encore dans son escapade, et, tant pis, c'est trop tard, mais a cédé à sa manie, pour elle, pour accompagner sa lecture, de l'habituelle recension, en bataillant avec sa machine qui lui faisait un caprice pour abandon prolongé (fort peu pourtant)
Or donc, il y a eu, échange entre

écrire sur photo offerte (prise le 13 février à 13 heures02)
honte à moi j'avais indiqué l'ancienne adresse sur la liste
Pierre caillou
presque une encyclopédie, chercher le sens de ces deux mots, raconter l'histoire du vieux Monsieur Caillou, propriétaire de la maison d'enfance (parler de la maison aussi et de l'enfance)
Et pourtant, un jour, on me parle à nouveau de Monsieur Caillou. Monsieur Caillou s’appelait Pierre. L’information tombe. Comme ça. Pierre Caillou. C’était son nom. Comme souvent, on n’imagine pas que les personnes qu’on côtoie tous les jours puissent nous surprendre. Surtout pour quelque chose d’aussi palpable, d’aussi important que leur nom. Et pourtant. Ce nom-là me surprend. Et le fait qu’on ait pu le lui donner.
Y ajouter une recherche des personnes nommées ainsi, et un très joli paragraphe sur ce nom, et cet homme
et

vase de cendres

un «faux texte», beau

Il y aurait un jeune homme et une jeune fille qui se jettent dans les bras l’un de l’autre juste au bras de la rivière, là où l’on voit le mieux le mascaret, au lieu dit Saint-Pardon. Là où la vague épouse le fleuve, deux jeunes gens enfants de la rivière se seraient embrassés, portés par la grande vague de l’amour. De la fenêtre de la salle à manger, l’absente les regarde avec un sourire de contentement. Elle n’a pas encore oublié de vivre.

et le contexte : la photo, le napperon brodé d'initiales sous les deux chiens de porcelaine, le cheminement de la pensée, jusqu'à ce que s'impose un récit, le récit des morts et des vivants, des rêves

les newtopie, ces figures du désirable qui sont déjà présentes dans le réel des pratiques humaines et ne demandent qu’à ce que nous les portions plus loin
des rues larges, chacune avec dix arbres, obligatoires, pas plus, un homme, chemise et pantalon blanc – et pour en parler, de cet homme, ou de sa pensée, le texte passe en italique, et s'interroge, interrompant la description de ce lieu organisé pour le bonheur de tous
Toutes les utopies passées, communiste, fouriériste, proudhoniste, capitaliste (la plus fa-bu-leuse : marché-fée qui régule et finira par établir la prospérité jusqu’aux confins de l’univers) etc.
aucune particulièrement douée pour penser la liberté d’aller et de venir #secondhic
Quand tu aimes il faut partir
Et à chaque fois cette énergie libérée par le fait même de quitter
Parce que quitter c’est inventer
Hue ! Topie ! t’es une vieille carne mais on a encore besoin de toi
et avançant, dans la critique de cet ordre, dans l'évocation de plaisirs, on découvre que ces textes en italique sont des interventions des élèves d'une classe de 1ère où intervient Juliette Mezenc
et

reprend les interventions des élèves et les complète pour qu'ils ouvrent à d'autres prolongements

Il suffit de se former seul, mais accompagné. Seul, pour voyager, découvrir, expérimenter, chercher, fouiller, arpenter, explorer. Une personne seule a toujours plus de facilité à aborder d’autres personnes, et c’est justement pour cette raison que je dis que l’on est toujours accompagné. Dans certains pays d’Asie, on considère qu’il est très triste de voyager seul. Si vous marchez seul sur un chemin, quelqu’un viendra marcher à votre côté. En silence le plus souvent, puisqu’on n’a pas de langue commune. Plus en silence que ça même, puisqu’il n’y a même pas de geste pour indiquer quelque chose, souvent même pas de sourire. Ce compagnon, c’est un grand mystère, une question béante, une peur parfois. Les heures passent, on arrive à un village. Il fait demi-tour sans un mot, et c’est un ami qui part.

Et là Brigetoun, à l'orée de dimanche, craint fort d'avoir mal rendu ces deux beaux billets.

les mains
sa main, posée sur une lettre à Maryse Hache
et un texte poème, touchant, sensible, tendu
une joue – tienne
touches, se malaxe, l’argile – se malaxer soi-même avec
belle oh belle ma mangeuse de mort
se touche – mais rien ne fond, la pellicule je garde
et
le geste en guise de parole
Marie Morel, peintre, parle de ce que l'on fait de ses mains, du bienfait que c'est, et Frank Queyraud continue sur ce geste en guise de parole, expression et acte de vie, et c'est beau
J’écris pour respirer, être vivant, dire regard que je voudrai partager, et pourquoi ce monde n’est-il pas… ? Il me reste une bonne quarantaine d’années à écrire et resterai toujours en apprentissage. Work in progress… Comment pourrions-nous faire autrement, comment pourrions-nous avoir terminé avant la fin ?
Avancer dans la vie, trébucher, regarder ses mains, dans ce présent immobile, intranquille, et rester confiant, et puis voir une autre main.. tendue

sur des photos de Ruffec (prises par François Bonneau)
Poitou – mythologie petite
se souvenir, tenter de dater d'après ce qui se passait de mémorable dans le monde alors – vouloir rassembler ce qui est cassé, et pourtant le souvenir est vif – cette époque, les Arts et métiers, les stages, le poste de fonte.. ma foi lisez c'est nettement mieux que mon verbiage approximatif
Donc en arrivant à Ruffec derrière la petite gare tu passais les rails et en contournant tu te garais sur le parking de l’usine, tu entrais dans ton atelier en longeant les vannes prêtes à l’expédition plantées là comme les soldats de terre à Xian, tu passais au vestiaire et capelais ton bleu...
et on en arrive aux deux types dont il est question dans ce souvenir, de la cantine, de la réaction à des mots maintenant oubliés, de la peur, cette peur à Serseg qui l'a amené à demander des photos de ce qu'est Serseg aujourd'hui.
et
près de tout
se faire accepter comme capable pour un emploi de professeur, à Ruffec, se préparer et comme pour François Bon je renonce à encombrer de mes mots (pas par paresse, peut-être par lâcheté, par sentiment que ce serait tellement futile).
C’est d’une clepsydre, et d’un masque, dont je me débarrasse, là. Une tonte, puis un rasage complet, et peuvent débuter les petites vacances, chaque demi trimestre. Le visage à nu, je ne suis quasi plus professeur. Puis je regarde repousser sur ma figure le masque de la disponibilité, entretien paisible. Horloge immanquable, le poil finit donc par indiquer le sens de la rentrée. S’enracine sous la peau la fonction, dont on modèle le masque qui ressort, là.


sur le même blog (pour cause d'absence) – deux beaux poèmes
croise/ment décomposé
je crois/
et de belles strophes initiées par /ment (erreur d'oblique chez moi, parce que suis courge, sais pas faire)
trop de désespoir d’extase froisse
\ ment de draps lettres peaux rêves broie
\ ment d’illusions d’années d’amants côtoie
\ ment corps enchevêtrés confusion aboie
\ ment à la mort dans le vide la nuit étoile
\ ment de l’être écartelée errante tournoie
\ ment dans l’absence d’un lien mère \ fille
et
casser/fouler
ce besoin de casser, ou se casser... le dire
alors casser \ on casse se casse
on va rester sans les liens \ plus de liens
plus rien à relier \ ne plus assurer la liaison
mais le penser ne plus recoller un peu – qu'à soi \ seul simple ?


échange en toute liberté
Fiction cathare ou cathartique ( a minima mais je peux m’ en amuser aussi)
en partant des jeux d'ombre et de lumière de Michel Brosseau, les chateaux, les châteaux cathares (tant aimés de moi, l'idée, celui que je connais, et la mémoire de la chanson de la croisade contre les albigeois, écrite à plusieurs mains) en partant de Najac, de ses meurtrières, des explications d'un guide fatigué, l'horreur, à la Jérôme Bosch (un peu dépaysé), les dépeupleurs, l'amour....
La terreur redevenue invisible, mais intacte, restera encore dans la place laissée vacante pour toutes sortes de légendes, de commentaires tendancieux, complaisants et inexacts. La beauté des regards aura péri en premier dans ces zestes immatériels de lumière, elle aura déguerpi dans les intermittences démentielles du désastre immémorial, elle aura contourné le constat du chaos orchestré, celui qu’on reproduit fidèlement en calmes plaines ou dans l’espace aérien au-dessus des déserts pétroliers.
Un beau texte, mais le lisant je pensais aux parfaites de Montségur, de Peyrepertuse, de...
et
Michel Brosseau http://la_cause_des_causeuses.typepad.com/l/2013/02/mais-tout-pleine-face-par-michel-brosseau-vase-communiqué-n-1-vendredi-1er-mars-2013-.html (si désolée d'être incapable de faire le lien)

Mais tout pleine face

message envoyé à Marie-Thérèse Peyrin: le silence et la beauté...: aurait préféré le silence, la beauté n'a jamais su – et en fait elle est là

Mais matière révélée offerte. Matière à modeler à son tour. Donner forme. Alors silence plutôt. Silence et qu’y naisse le chant. Conçu avant en fait.

Sur une image et à propos de la veine ou de veine
Pas de veine.
Rien n’afflue. Sècheresse ironique, sclérose d’une pensée élastique.
sur un thème proposé par elle, alors elle cherche, elle essaie, et ma foi cette veine, la recherche, est joliment riche
Vainement je tente de résister, perd mon sang-froid, cherche à attraper  la moindre excroissance sur la paroi des  canaux, un point d’interrogation, une virgule comme points d’ancrage, mais leur compliance visqueuse m’en empêche. Je file vers la cave des vocables entachés, des rêves palpitants,  de perception coronarienne, de délire incertain, d’impulsion lymphatique, d’un souffle sanguin…
et
ville plaie
un très joli et sensible poème, la ville, les artères qui la sillonnent, les peaux d'échappement, un immeuble explosé
Ville cicatrice

Ville plaie et ville pleine

Rues vides des dimanches sans mémoire

Je cherche au bord des yeux les trottoirs

Les murs, les parapets

Et le silence juste
Après

quand se rencontrent des mondes hétérogènes
photos de mariag, Quick attenant
une succession de paragraphes : lui, et eux
lui, assis par terre dans un coin d'un porche, attaquant un burger provenant du Quick attenant
eux beaux, parés, sapés, pour la photo, et les descriptions alternées, le hiatus apparent sont en fait réunis dans une même action, sans que eux en prennent conscience, qui ne le voient pas
Lui : a de cette sauce à la couleur presque fluorescente plein les doigts et le pourtour de la bouche, larges coulées à forte tendance rosâtre sur sa barbe noire comme ses doigts, hirsute. Coulées qui rappellent d’ailleurs subtilement les tons de la boite en carton. Comme quoi, qu’il s’agisse de mariage ou de restauration rapide, rien n’est jamais laissé au hasard. Tremble beaucoup et a du mal à assurer ses bouchées. Du coup, de gros bouts de Long Bacon tombent à terre dans sa frénésie d’apparence désespérée à les engloutir, l’un d’eux et pas des moindres allant même jusqu’à se coller sournoisement sous la semelle cuir du photographe et sans même qu’il s’en aperçoive
et
souvenirs d'Heidelberg
trois garçons en séjour linguistisque, lâchés en quartier libre dans Heidelberg, à la recherche du plus beau des couteaux suisses, un Mac Donald, des policiers en BMW, un mendiant que remarquent à peine, mais :
Une mission finalement menée à bien dans le temps qui nous restait imparti, avant de rejoindre le point de ralliement, ce chemin du retour où, justement, nous recroisâmes le mendiant au pantalon bariolé de craie. Devant nos yeux ébahis, il remonta dans sa Jaguar lie de vin.


tragi-comique
la plus belle conquête de l'homme
petit discours de circonstance adressé au cheval par son ami l'âne
A cause du bœuf, oui, cet autre, devenu encore plus noble que toi… C’est là que le génie humain ne connaît plus de limite. Car oui… Une fois dépecé, découpé, désossé, surgelé, décongelé, mijoté, mitonné, mixerisé, edeuxcentdixé, recongelé, quelle différence ?
et
dernière minute encore
fatigue, se prélasser dans un bain, évacuer l'eau, et soi-même par la même occasion...
se retrouver dans l'eau, au bord de la plage mais ...
La longue bande de sable blanc n’est plus visible entre les rouleaux, chair de poule, te remettre à courir en forçant sur les genoux pour sortir du liquide. Tu t’assèches de l’intérieur pendant qu’une barre de vagues surgit de l’horizon jauni, progresse dans une ritournelle de fracas. Cœur enfoncé autant que pieds emballés. Tu glisses, les algues, courir encore vers le sable, mains en avant
et cela continue, Brigetoun galopant terrorisée à la suite de ce cauchemar


textes /images
Lucie et des clous (du moins je suppose que c'est le bon billet)
un court et joli texte sur un fond brun chaud, riche
tamtam et versification de fréquences
arrondies par la chute sur la vitre des puits à
moins qu'elles ne soient aiguillonnées...
et
ensemble
un extrait de son dernier roman
lutter contre le déni, pour retrouver l'unité de sa famille
Quant à moi je n'étais pas capable d'avoir des rapports et de partager des émotions avec des gens m'intimant le déni de mon calvaire....
et en arriver à s'aimer soi-même

mur ou frontière
Le mur est une frontière. La langue italienne est une musique.
mur virtuel entre nos deux pays, nos deux langues (le veux très virtuel)
deux beaux poèmes sur ce thème
- derrière un mur que sa surface gerce, la beauté tant désirée de l'Italie
Les vignes et les pins des collines toscanes,

La Sicile, Palerme et le temple de Diane,

Les statues, les musées, le baroque, les ors,
- une chanson avec le nom de Giovanni Merloni en acrostiche
et

à quoi ça sert le mur

petit spleen en prose sur le thème de la frontière, en prose fermement rythmée, avec en acrostiche le pseudonyme de Souris Verte et son nom :

partir de l'idée qu'un mur doit être abattu ou contourné s'il est oppressant, ou la frontière sera toujours en vous. Apprendre, enfant, avec la langue, une image de la France telle qu'on la voudrait, qu'elle apparaît dans des livres. Découvrir ce qui en sépare, être là avec son bagage, sa culture, et puis

Oh j'en avais envie, de même que Zazie, de cette fourmilière pleine d’humeurs et de stratosphère.

Nombres de compatriotes partagent ma stupeur vis-à-vis de la quotidienne rengaine de cette fête foraine.
Trottant sur le trottoir entre trottinettes et sacs à dos je gagne avec émotion la gare de Lyon et m'accoude sur les quais voir les trains arrivants dans un film d'antan.
Immobile, je ne rêve plus de partir. J'ai mon mur avec moi, dans cette valise grise où je garde ma chemise. Je lis Turin ou Milan tout en poursuivant un lapin lointain...


théâtre de la ville, du fleuve et du rêve
Brigetoun en repos heureux devant une vidéo à partir des vases communicants d'André Breton, avancer le long des quais, des ponts et de leur décor, regarder mes souvenirs de flânerie, les péniches... découvrir noms des allées du marché aux fleurs, avoir le plaisir des coups d'oeil de Dominique qui clignent souvent etc...
ne surtout pas manquer cette courte promenade
et
un seul être vous manque
le suivre lui, toujours un plaisir intelligent, et mieux, sensible, dans un Paris où ce soir là il y avait un peu de neige, du froid piquant, des couleurs et des rues où marcher, où il y avait la certitude du printemps à venir
s’effacent ces illusions, tel est le printemps, des fleurs des fruits et des roses, certes, mais aussi les cortèges de guerres, de morts et de sang, telle est la planète, tel est le monde. On retournera au cinéma, on continuera à aller voir ceux qu’on aime, ils nous manqueront quand ils ne seront pas là, (c’est le lexique qui manque mais elles aussi), ce n’est pas écrire pour eux, mais chez eux, il y a de la lumière, il y a de la vie,....
alors écrire dans la neige, et puis continuer, le suivre.

à partir de vers aimés, un très bel échange
le prix du rêve
le faucon d'Anne Hébert dans le tombeau des rois - très beau, en polyphonie
- Tu ne crois pas que
je rêve
l’ai vécu
ses ailes de neige
les vêtements sales
le ruissellement des ciels
l’odeur
et
qui êtes vous dans le chant ?
Plonger derrière les mots Henry-David Thoreau et ceux de Marina Tsvetaïeva, ramener un texte au très beau souffle
elle pose sa voix sur le nom de la terre sur le nom de la terre couverte de pierres sur le nom de l'eau sur le nom de toutes les sources d'eau sur le nom de la place aride sur le nom de la colline sur le nom de la roche sur le nom du pont sur le nom de la vallée rouge sur le nom de la vallée obscure sur le nom de la grande terre sur....

à partir des photos de google street, (j'aime)
boulevard Pierre Ménard
il existe, il l'a trouvé depuis le train, en quittant Marseille vers Aubagne ou Toulon
Ceci dit – et ce pourrait être ici une question liminaire –, qu’est-ce que ça fait de découvrir un boulevard à son nom ? J’aimerais savoir.
Le mien (de nom), d’origine slave et plutôt rare, ne me laisse guère d’espoir, un jour de connaître pareille expérience. Bien sûr, je pourrais adopter un pseudonyme (ça m’est arrivé dans le passé). Je pourrais choisir de m’appeler, je ne sais pas, tiens : Pierre Menard (le nom n’est sans doute pas déposé). Et alors, au bout de quelques mois d’usage, peut-être de quelques années, ce nom me deviendrait suffisamment familier pour que j’éprouve à mon tour si ce n’est une émotion du moins un contentement amusé découvrant/redécouvrant un médiocre boulevard marseillais à cheval sur deux arrondissements (le dixième, le onzième).
Nom qui n'est peut-être pas déposé mais doublement bien porté, pas uniquement par l'auteur de liminaire.
et
la lente maturation d'un roman sur Detroit, la recherche nécessaire, les citations de textes s'y rapportant, élan redonné par cet échange pour terminer le 4ème chapitre (réveil d'un homme qui se trouve, sans souvenir dans la ville, qui y erre)...
Je me borne à cela, qui est le début de l'extrait
J'essaie d'avancer un peu, malgré ma blessure à la tête et les jambes flageolantes, pour tenter de me repérer, de comprendre ma situation, persuadé qu'à l’aide de ces maigres indices je parviendrais enfin à défiler la pelote de ce qui s'est passé la veille au soir, retrouver mon identité comme j’ai récupéré l’usage de mes jambes et de mes bras. Je suis aussi pauvre que les morts. Je commence sans rien. Ce n’est pas par un raisonnement qu’on y arrive, mais une illumination.

un jardin au point
sous le prétexte d'une mise au point pour que le jardin soit somptueux avec le printemps et l'été, une très agréable promenade en lui, complétée, au fil des pas, par son histoire et les bonnes résolutions (devrais en prendre bonne graine)
Au pied de la terrasse, des herbes folles ont profité de mon inaction, au point d’étouffer les charmantes vivaces qui s’y trouvent. Véritable point d’ancrage de la maison et du jardin, cette platebande se doit de retrouver un aspect plus soigné.
et
à Roger un poème avec une contrainte exposée d'entrée
Figurant dans l'espace                  en un geste absorbé
Un mouvement de grâce                hors de toute pression
J'évacue mes pensées                    chagrin à résorber


entre poètes
très beau (mais contrairement à son habitude sur son site c'est le poème définitif que nous lisons, sans les repentirs)
avancer dans l'hiver
à l'écart de la friche

il n'y a devant toi


rien autre que cela

cela de haut silence

tu marches dans l'hiver

et la forme indécise

vers quoi tu avances

aveugle le jour
et
on met les saisons / dans des boites
ou plutôt Eric Dubois les met dans de belles strophes
Colis fragiles

qu’il faut pourtant ouvrir

De temps en temps

Et qu’il faut refermer

soigneusement

Pétales de rêve

dont l’odeur est tenace

à partir d'une photo


dialogue entre une Marie-Amélie (pas celle que je connais, pardon, sourire personnel) et la maîtresse.. parce qu'une caméra cachée a surpris les moutons sur les terres de Monsieur le Comte

Marie-Amélie ! Monsieur le Comte est très en colère. Le troupeau aurait détruit sa pelouse… sa pelouse… son herbe à vaches… là, il pousse Monsieur le Comte… il paraît qu’il a ramassé deux brouettes de pétoulettes… tu imagines Monsieur le Comte ramassant les crottes de nos moutons… en levant le petit doigt…
et
Lo Stadio di Wimbledon
réflexion sur le refus de l'écriture, inscrit dans une oeuvre littéraire, sur l'étrangeté de l'expérience humaine,
Je repense à ce mouton qui a choisi de s’aventurer seul sur le terrain. Il n’y a plus de balle comme dans la partie de tennis de Blow up, il n’y a plus de joueur comme dans le roman de Del Giudice mais un mouton égaré qui paraît trébucher et s’enquérir hasardeusement d’un reste de végétation, ahuri de la nature de ce sol faussement verdoyant, de ce terrain stérile.

parcourir le monde
parcourir le monde
une réflexion, de paragraphe en paragraphe, de photo en photo, creusant l'idée de parcourir ou regarder le monde (et dans ses mots il est beau), passant par
Mais que regarde-t-on quand on regarde le monde ? Je n’aime pas l’hypothèse mais il est possible qu’on se regarde soi regardant, qu’on ne parvienne pas à sortir de l’enfermement en soi même quand on regarde le monde, et qu’on tente de le parcourir pour échapper à soi. Comme les barrières de notre crâne, tout autant que celles de notre conscience, nous empêchent et nous enferment et nous retiennent. Pour arriver, via la mémoire, les souvenirs, à la conclusion, au moins provisoire que c'est regarder en soi les traces de bonheur que laisse le monde. C'est beau et voudrais y croire.
et
À mon tour de demander : comment regarder le monde qu’on parcourt ? Tout peut-il être une fête pour l’oeil, un événement ? Le monde s’offre-t-il à nous ?
Une histoire du regard que nous portons sur le monde, qui ne nous vient plus du livre mais par une étude, l'acquisition d'une compétence, une mise à distance des dogmes, nous qui avons conquis l'individualité (ou plutôt en avons hérité)
et la réflexion, à partir de cette phrase "Il y avait les pierres couvertes de mousses, il y avait les lichens, il y a les toits, et je revenais à Québec." continue et images, se fait poétique

déceptions ?
trois fois seize
un texte qui rend vivant comme toujours chez lui, vivants là trois camarades de seize ans et leur connivence, lancés à la conquête de trois bars où se faire accepter comme des adultes,
Rien ne doit être laissé au hasard pour réussir à gruger le taulier. Et sur le trottoir, comme des midinettes, chacun arrange la frange rebelle de l’autre afin de masquer l’acné qui pollue nos fronts.
et bien entendu... lisez donc
et

votre petite cuiller ne correspond pas à nos choix éditoriaux

une petite nouvelle, partant de cette phrase, réponse d'un éditeur – qui a certainement lu trop vite, qui n'a pas su deviner la grande qualité de ce qui était proposé, ou l'a confié à un stagiaire... bon mais à partir de ce point de départ, de l'histoire de cette, de ces déceptions, Franck Thomas nous embarque dans une histoire surprenante, fait surgir une vocation surprenante d'éditeur, une révolution...

Avec la révolution de la littérature que mon livre représentait, il entendait revenir sur tous les réflexes archaïques des croûtons de l’édition – comme il les appelait (je ne me risquais pas encore à le suivre en public dans ses saillies assassines, au cas où l’échec de notre aventure m’aurait contraint plus tard à devoir de nouveau quémander la soupe aux susdits croûtons). Gageant qu’on allait plus souvent chez le boulanger, ou même chez le quincailler, que chez le libraire, mon nouvel éditeur inonda carrément toutes les branches du commerce de mon bouquin, sachant trouver pour chacune l’argument décisif qui le mettait en valeur

et le succès qui en résulte n'est qu'un début... avec une fin navrante, même si
Et dans un dernier sourire, j’achève, sur l’intérieur de mon poignet, l’écriture acérée de mes mémoires posthumes.

films d'Agnès Varda, deux vases en parfaite correspondance
en face : le bonheur
après une belle présentation d'Anne par son hôte, une évocation du film de Varda avec Jean-Claude Drouot, sa femme, ses enfants, et vient une réflexion sur ce bonheur rayonnant, ce bonheur qui a choqué parce qu'il incluait l'amante, l'autre femme, aussi belle, aussi blonde, et le texte d'Anne est beau et sensible
Le bonheur, on peut se moquer, ressemble à une publicité dans laquelle on prend en famille le petit-déjeuner dehors. Le bonheur ne connaît ni chômage, ni laideur, ni obstacles divers. Il s'affirme, voilà tout, rend visible l'invisible, le non-dit, l'impensable sans placard ni porte claquée. Le bonheur, c'est accueillir qui passe, oser lui dire qu'on l'aime sans craindre d'entendre non puisque tout est si simple. Dans Le Bonheur, tout le monde dit oui.
Ce bonheur qui choquait, qui choque toujours, et les boni joints au film (petit sursaut, à tort, bien entendu, je dis – et point ne suis la seule – les bonus...) le montrent – et que ce qui choque le plus c'est la tranquillité avec laquelle l'histoire se poursuit après la défaite de l'une.
et


l'une chante et l'autre pas

en introduction, en réponse d'Anne Savelli, une présentation de Thierry Beistingel et de ses feuilles de route – et puis son choix de film d'Agnès Varda l'une chante et l'autre pas, donc, «film féministe entrevu dans un univers exclusivement masculin», c'est à dire dans la caserne où il faisait son service, film oublié d'ailleurs, dont ne restent que le titre et le nom de la réalisatrice, mais reviennent : les films vus dans l'adolescence, la jeunesse, et puis le servie, la caserne, les camarades, l'époque

Arrive alors L’une chante et l’autre pas. Décor seventies, on y était, nos têtes à la Starsky et Hutch, les filles à longues robes paysanne, retour à la terre, le féminisme, l’avortement, des thèmes militants pour l’époque A trente ans de distance, plus rien ne transparaît, j’ai visionné un extrait, probablement le début du film, belle musique, violon et violoncelle et ce contraste avec la caserne, la salle télé où ils sont deu : lui, barman provisoire, et ce type noir appelé, bien entendu, Blanche Neige.

et, à propos de Barcelone
Christophe Grossi, sur Paumée, ci-dessous, a rencontré devant une vitrine de Barcelone, un dos, un souvenir, une présence revenue du lointain de l'enfance
Je ne pensais pas le revoir un jour. Et quand bien même j'aurais été assez fou pour partir à sa recherche je n'aurais jamais pensé traverser les Pyrénées, surtout pas ces montagnes-là, lui qui n'était même pas d'ici, pas né dans cette ville (une autre ville en B d'accord mais Brescia n'est pas Barcelone et l'Italie n'est pas l'Espagne), lui qui de toute sa vie n'avait traversé qu'une seule chaîne de montagnes, les Alpes, pour aller s'installer dans le pays de Sochaux-Montbéliard et ne jamais le quitter, jusqu'à sa mort. Parce qu'il était mort
et Brigetoun, pendant que Christophe (et d'autres) étaient à Barcelone pour une présentation de la traduction en espagnol de textes de lui, d'autres auteurs Publie.net, cherchait à retrouver ses souvenirs, beaucoup plus flous qu'elle ne le pensait, d'un très ancien séjour dans cette ville
sur déboîtements le site de Christophe http://deboitements.net/spip.php?article350
Tu te souviens du port, du peu que tu en as vu. Tu te souviens que le soleil était superbe, qu'il se déployait, que tu étais bien.
Tu te souviens que tu as erré, un long moment, sous les voûtes du Musée maritime, et que tu croyais tenir la main de ton père, écouter ses commentaires.. tu te souviens que tu as choisi la photo du bateau le plus humble possible, l'équivalent catalan d'une tartane, pour la lui envoyer.

Désolée pour l'échange entre Chez Jeanne et Eric Poindron, ne l'ai pas trouvé, s'il a eu lieu.
Et pour remercier ceux qui ont bien voulu accompagner ma promenade, un bonbon à choisir parmi les confiseries barcelonaises saisies par Christophe.. et que leur saveur vous inspire de l'indulgence.

8 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Je constate qu'une petite absence n'a pas interrompu cette belle coulée de poésies entre les vases communicants. Toujours au poste, chère Brigitte, à veiller au grain. Mille mercis

arlette a dit…

Apprécié la vidéo de Dominique Hasselmann entre autre
Pas terminé ton immense travail je poursuis plus tard
un si bon moment Merci

32 Octobre a dit…

Merci pour ce regard si aiguisé sur tous ces mots déposés ici ou là

Dominique Hasselmann a dit…

@ brigetoun : vraiment, quelle ténacité et quelle constance !

C'est bien, on s'aperçoit qu'il reste encore beaucoup à lire (pour votre texte magnifique, dans votre bel échange sur Barcelone avec Christophe Grossi, il est à relire !).

@ arlettart : merci, mais j'enrage à cause des rayures sur l'objectif : finalement, un texte sur micro n'a pas ces inconvénients !

Gérard Méry a dit…

avec un tel article tu dors quand ?

Unknown a dit…

Comme toujours mercis et admiration pour toutes ces lectures et appréciations.

Précision maintenant : mon partenaire ne maitrisant pas très bien la technique mon textes de 6 pages doit être lu an allant tout en bas et cliquant Sans titre cela jusqu'à la page 6.

Barcelone, images privilégiées entre présence et absence, précision et [juste assez de] flou pour se faire un peu les nôtres, avec plein d'histoire ancrée dedans et en travers. Très beau texte, Brigitte...

À peine débuté mes lectures, mais jusqu'à maintenant, vraiment à mon avis une très belle qualité d'écriture que ce mars en partage...

Zéo ¦-)

Anonyme a dit…

Merci brigitte, continuez bien, avec vous en tout cas...
PCH

czottele a dit…

merci pour cette si belle recension - non c'est plus qu'une recension, c'est une promenade dans une rue où il n'y aurait que des devantures de confiseries, de pâtisseries, ou de chocolateries et l'on ne saurait quoi s'offrir, alors on entrerait dans chacune des confiseries et on demanderait: qu'est-ce que je peux m'offrir pour dix minutes de lecture, vingt minutes... La chocolatière nous regarderait mi-amusée, mi-sévère et dirait: mais quand on aime, cher enfant, on ne compte pas, on lit! (au fait, c'est moi la sotte: j'ai oublié de changer l'adresse du nouveau blog!)