jeudi, septembre 12, 2013

Mercredi – solder l'alphabet


météo
réveils successifs, de moins en moins nocturnes, et départ yeux flous affrontant l'éblouissement du soleil frisant la rue.
Passer à la banque pour vérification, acheter cigares et canard et marche qui se voulait lente dans le soleil et le vent qui forcissait, mais ne l'était pas tout à fait - je suis arrivée très en avance à l'opéra – un café à la terrasse de la Civette, dans le petit mistral débouchant de la place – résolution de penser chandails - et attente sur les marches, à l'abri de Corneille, en méditant avec Molière.

Retour vers l'antre avec les billets «opéra» en calculant comme pouvais un budget dans un esprit décidément en mode paresse – ce qui a été une constante du jour, les idées qui avaient survécu à la nuit s'en étant allées je ne sais où, avec le vent.

lecture
dans la nuit des quelques pages de la manifeste du saumon sauvage, joli petit livre de Rodolphe Christin qui était joint à une commande aux Éditions de la Revue des ressources http://www.larevuedesressources.org/-sur-err-editions-de-la-revue-des-ressources,141-.html, l'histoire d'une conversion violente par l'écologie (en gros) d'un conseiller en management à une vie libre d'écrivain
Ce sera l'occasion de donner du sens à cet acte de libération des saumons. J'y ajouterai des cavales philosophiques, des récits réalistes et dingues, satiriques, sans illusions, avec malgré tout un soupçon d'histoire entre les lignes. Le tout porté par une orgueilleuse vitalité. J'emprunterai des identités fictives qui deviendront réelles. Je sèmerai la confusion, bousculerai l'ordre des choses et personne ne parviendra à me suivre. Impossible de remonter ma trace ! Personne ne croira qu'on puisse écrire un livre pareil, post-exotique en diable, si loin sous les tropiques, pas vrai ?

alphabet
restent les dernières lettres, ces pauvres lettres que la langue dédaigne... et mon crâne en a fait autant, se refusant... j'en ai extirpé, pour leur rendre hommage
wagons
des TGV, ces endroits que l'on améliore, rend plus confortables, et que j'aime de moins en moins - réactionnaire suis et je supporte avec impatience les sièges qui décident pour moi de la position de mon corps au repos, leurs couleurs qui se veulent gaies, et surtout l'obligation de s'y asseoir (nostalgie idiote des couloirs encombrés des départs en vacances vers Toulon, où nous dormions debout comme pouvions ? ou pire, de la poussière de charbon dans les yeux quand, le buste penché à la fenêtre, j'avalais avec délice l'air fouetté des campagnes traversées ? et le charme des banquettes de bois plutôt que le contact des tissus)
du métro qui étaient trop familiers pour que j'ai l'ombre d'un jugement sur eux (sauf le mal de mer que je m'imaginais devoir ressentir dans les longs serpents de la ligne 1 ou de la plus récente)
les ridicules wagons (au fond, oui, s'en sont) du petit train de touristes qui étaient les seuls disponibles sur mon chemin ce matin.

X
l'inconnu, dont je ne saurais donc que dire, et puisque cette image, dont j'ignore ce qu'elle pouvait bien représenter, est passablement ingrate, je l'inflige au mot qui m'était venu à l'esprit :
xénophobie, cette étrange et misérable maladie, à dédaigner sauf quand la rencontrons et que nous sommes contraints de lutter contre elle, sans grand espoir, puisqu'aucune raison ne saurait l'entamer. 

yacht
pour certains ponts de bois, pour leurs longues lignes coulées sur l'eau, et le rêve qui m'envahit, sur le quai, un peu à côté, les caressant des yeux par moments, timidement, discrètement, ou quand, rarement, j'en voyais un s'approcher toutes voiles dehors – et les ordres qui courraient sur l'eau pendant qu'on affalait la toile
pour le souvenir du bateau, légendaire dans la famille, qui a été celui de mon grand-père, bien avant ma naissance, la Thétis, au beau nom, un peu sous-voilée dit mon frère sur la plaquette où je l'ai captée, mais bien belle, pour le souvenir de la photo sepia que j'ai longtemps traînée avec moi, pour le souvenir des histoires racontées par mon père et ses frères, du bateau, des passagers, des invités, des deux chiens de chasse au sanglier.
pour les odeurs de toile et de cordes.

yeux
une porte de l'image du monde, et cette façon qu'ils ont, sans que nous en ayons conscience, d'interpréter cette image, de voir une auto garée entre arbres et buissons, là où l'appareil photo, qui a la grâce de ne pas être lié à un cerveau, nous invite en un monde étrange.
Les regards et ce qu'ils disent, tendresse, arrogance, colère, sourire, quand on n'y pense pas.
Et mon étonnement, toujours, devant les gens qui portent foi à ce qui est dit «les yeux dans les yeux», alors que cette insistance, cette volonté raidie pour persuader, éveillent ma méfiance. 

zélote

qui est venu instinctivement, parce que je l'aime, pour le son.

Et au fond aussi pour ce qu'il désigne, une révolte, une résistance, appellent toujours notre approbation.

zéro
espoir – ce que me répétais hier en descendant vers l'antre, laissant derrière moi les manifestants qui, je pense, n'en avaient pas beaucoup, mais qui, eux, ne s'arrêtaient pas à cela.

zeste
pour le plaisir de l'odeur qui s'est dégagée quand l'ai prélevé grossièrement.
Et pour zébu et zoulou, je les salue, ne sais qu'en faire, les laisse là pour clore.

11 commentaires:

Francis Royo a dit…

Vous avez su donner du caractère à l'alphabet. Merci pour cette belle promenade littérale.

Dominique Hasselmann a dit…

Terminer sur ce zeste est un beau geste.

Chri a dit…

Ce qui est rassurant c'est que vous pourriez écrire un autre alphabet avec les mots qui ne sont pas venus spontanément...

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Je vous double, vé,
Félix
Ami grec
Je vous aide.

o_O

jeandler a dit…

Zut ! c'est déjà fini. Restent les pages roses...

Anonyme a dit…

pour le z, je salue pour vous l'église dédiée à San Zaccharia et les Zattere et les fondamenta del Zitelle sur la Guidecca...

Christine JOUNEAU a dit…

un zeste, un sourire.

Noël Bernard (Talipo) a dit…

L'alphabet ! Quelle source toujours fraîche d'émerveillements ! Merci de nous avoir conduits par la main sur ses berges enchantées.

brigitte celerier a dit…

Michel, Pierre et les autres vais regretter vos trouvailles

Gérard Méry a dit…

Extra ta première photo en contre jour. ...et la dernière un zeste de nature morte.

arlettart a dit…

X Y Z et la page est finie
XYZ avec tout ce qui reste à dire...
un beau parcours
MERCI