vendredi, septembre 13, 2013

Petite vie et rappel des terrasses de septembre (from vases communicants)


météo
grande lumière sur la ville, ciel durement curé par le petit mistral

jambes frissonnantes dans la légère jupe courte qui dansait, plaquée, froissée, retroussée dans le vent, petit tour quartier
sommeil rodant tout le jour, penser aux cosaques, tenter participation, penser vaguement, roder autour du thème qui vient d'être décidé pour l'échange légèrement terrifiant ou intimidant pour les vases d'octobre, et reprendre les terrasses échangées en septembre avec la charmante cour-intérieure-terrasse new-yorkaise d'Olivier Hodasa http://dreamlands-virtual-tour.blogspot.fr/2013/09/vases-communicants-brigitte-celerier.html

les terrasses

Moi, tu sais, finalement, je le réalise, je n'ai pas tant de souvenirs de terrasses de café, ou ils sont très anciens, ou incertains, ou peut-être inventés. disait-elle.
Moi, je suis de la race des comptoirs, des cafés bus debout, le matin avant de commencer la journée de travail... ou comme une pause, une compensation au déjeuner que les rendez-vous ont fait sauter... ou dans une banlieue inconnue, pour me détendre un peu et payer le renseignement demandé, quel est l'autobus à prendre pour aller à telle adresse... ou, de temps en temps, trop brièvement, ce qui interdit de s'asseoir – mais je n'ai pas envie de m'attarder, je ne sais pas faire, inventer une complicité quelconque, ne suis pas un homme - avec un chef de chantier ou les représentants des entreprises devant se coordonner, en redescendant d'un toit, après une visite d'appartement en cours de réfection...
et prenant un air très assuré, et passablement exaspérant
Oui je suis bien trop active pour les terrasses de café.
Un temps – un regard qui part dans vague de ce qui lui sert de réflexion et
Quoique, au fond, oui, le repos, parfois.

comme les derniers temps de Paris, avant de remonter chez moi, à une des tables du café, à côté de ma porte, en haut de la rue de la Roquette... mais c'était le matin, et il y avait moins de monde que là, quand les gens de Google sont passés, j'avais une table isolée, et je regardais la vie tranquille.. les femmes qui traversaient pour aller faire leur course au Carrefour, les voitures qui tournaient et filaient, descendaient vers la place, une classe, les enfants qui se tiennent par la main, deux adultes - lequel est le chien de berger ? - les voix du garçon et de la patronne derrière moi, dans le café, le groupe de jeunes qui discutaient tranquillement chez le tunisien, devant la boutique ouverte à cette heure là, entre les toiles bleus remontées.... jusqu'à ce que je vois sortir de mon immeuble le bonhomme qui venait de monter en portant, contre deux ou trois pièces, mes paquets pour les déposer sur mon paillasson, ce bonhomme familier de tout le quartier, celui qui, tous les jours, vendait son journal à la porte de Carrefour... moi je n'avais pas la force en ce temps là. 

un silence, et le flot de mots repart, inexorable, avec des pauses imperceptibles, des hésitations
ah c'est vrai ! je me souviens peu à peu, il y avait aussi les heures passées devant une coupe Ras-le-bol – drôle que je me souvienne du nom - à la terrasse du Publicis Saint Germain, la regarder de temps en temps, en prendre une cuillère après avoir bien choisi, rêver sur un livre, regarder la queue devant le cinéma, les passants, le soleil sur le carrefour, les autobus, les voitures, les tables voisines où on chuchotait, mais il n'existe plus depuis longtemps et les coupes Ras-le-bol non plus... alors disons Bandol, et Poupoune, avec un café liégeois, vers la mi-septembre, quand la foule de l'été part, quand je quittais Paris en voyant les aoûtiens rentrer et repeupler maussadement le métro.
Une fin d'après-midi, deux ou trois couples, des silhouettes isolées devant un café, un verre, ou une glace comme moi, quelques conversations à voix mesurées, des adolescents qui descendent du car, passent devant nous, plaisantent en claironant, parlent des têtes encore inconnues, du prof, de leur nouvelle classe, une voiture qui roule lentement, avec un énorme poste de radio à plein volume, le silence revenu, les pouf-pouf des pointus qui rentrent... j'attends un peu, et puis je vais me lever, longer les caisses débarquées, les balances, les gens avec des cabas, regarder, ne rien acheter, je préfère les poissons de roche trouvés le matin chez le poissonnier.

ou ce jour à Florence où je me serais, contrairement à mon habitude, assise à une terrasse bondée sans regarder la carte et je serais là, me penchant de temps en temps pour masser mes jambes, devant ma tasse de café vide – un stretto si fort qu'on ne sait plus s'il est bon - que j'aurais commandée alors que je voulais un granité qu'ils n'auraient pas... mais je m'en moquerais, j'écouterais toutes ces voix, les criardes, les discrètes, l'américain nasal, les grands rires, le chant rapide de l'italien, les mères, et les cicerones en toutes langues, et je me persuaderais que je suis à part, comme le penseraient d'eux-mêmes tous ceux qui seraient là, avec ou sans guide et appareil photos, et quand je serais reposée, je me lèverais, je quitterais la piazza della Signoria, je rentrerais lentement, parce que tant à voir, vers la pension de famille au premier étage, la minuscule chambre blanche, ma petite terrasse presque contre le Dôme... mais je ne sais plus très bien, c'est si vieux.
Ou...
un ton de voix en dessous Au fond c'est vrai, j'aimais bien les terrasses de café.
Elle se tait enfin, se prépare à écouter.

9 commentaires:

Isabelle Pariente-Butterlin a dit…

Je retiens qu'on a le droit d'inventer les souvenirs, que les souvenirs sont parfois, souvent, inventés, et soudain cela allège le pas, et j'irai aujourd'hui, par la grâce de ce billet, rêver de mes souvenirs inventés et de tous ceux que je n'ai pas à la terrasse d'un café.

Dominique Hasselmann a dit…

Une sorte de retour "alphabétique" qui vous a gentiment terrassée...

jeandler a dit…

À la terrasse, le monde vient à vous et, aussi, au fond d'une tasse de café, les souvenirs se télescopent.

arlettart a dit…

AH!! Poupoune à Bandol quand il y avait un orchestre et je dansais dans une robe rouge dos nu et bronzé

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Mince, je ne reconnais pas Avignon...
o_O

brigitte celerier a dit…

Michel, les deux premières ?

ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ a dit…

Si, si les deux premières !
Le campanile de St-Louis ?
Le trottoir de la rue des Lices ?
J'ai bon ?
o_O

brigitte celerier a dit…

faux (oh je suis fière, je t'ai trompé)
l'Oratoire
la rue de la petite Fustrerie (je crois, presque certaine, pas les Lices en tout cas)

Gérard Méry a dit…

Il est encore temps de t'en créer des souvenirs ..ce ne sont pas les terrasses qui manquent.