lundi, février 24, 2014

Marché, musique, et rencontre avec Jasmin, laquais du Duc d'Ormond


dans les rues d'Avignon, cheminer en goûtant l'amorce de printemps, la lumière éblouissante sur la place de l'horloge,

la tendresse du ciel, l'impression d'avoir vraiment un peu trop chaud avec la petite parka grande ouverte,

refaire provisions et chercher des nourritures qui ne me fassent pas courir risque de ratage, et respectent un poco ma paresse, pour le passage dans l'antre, lundi, de gentils toulonnais qui font ce détour avant d'aller au palais

rester un moment dans cette douceur, ... regarder vaguement le ballet des représentants des candidats - en saluer une - les musiciens, les acheteurs, les flâneurs, les gens attablés aux terrasses, les touristes (et pardon demandé à la très charmante dont j'ai capté l'image sans le vouloir)

et partir avec belle charge... dans l'après midi sieste, thé, essayer de voir comment installer six personnes dans le cadre de ma solitude, compter verres etc... écouter France Musique en promenant, avec soin, l'aspirateur, et la serpillère... et basta, un peu de repassage et tenter de forcer Jasmin à me dire la suite de l'histoire du duc d'Ormond et de la marquise. Reprendre, en attendant, le début tel qu'il est paru chez les cosaques des frontières http://lecosaquesdesfrontieres.com

Petites histoires avignonnaises – le duc d'Ormond – 2 – la marquise
Donc le duc d'Ormond, remercié par le nouveau pouvoir après la mort de la reine Anne d'Angleterre, le couronnement de Georges, l'électeur de Hanovre, et le retour des wighs, avait rejoint la cour jacobite au moment où la mort de Louis XIV et l'arrivée du Régent changeait l'attitude de la France à l'égard de cette dernière et, après l'échec de l'aventureux débarquement en Ecosse, en 1716, quand le chevalier de Saint Georges ou le roi Jacques dû choisir de s'installer à Avignon, il l'y précéda pour préparer son installation.
Avignon est une Ville remplie de gens de Condition. Le Roi Jacques n'y fut pas plutôt arrivé qu'il eut une Cour assez nombreuse tant des gens du Pays que des Anglais qui l'avaient suivi… Bientôt les plus distingués de cette Ville s'empressèrent à lui témoigner par toutes forces de divertissements, la joie qu'ils ressentaient de sa présence.
Ce fut dans ce Pays que je commençai à me consoler, dans les plaisirs de l'Amour, de la cruelle ingratitude de ma Patrie. Parmi toutes les Dames qui s'empressaient à faire leur Cour au Roi je jetai les yeux sur la Marquise de V…
ooOoo
Cette marquise de V qui était certainement jeune, belle et touchante, j'ai cherché à savoir qui elle était, en longue balade pour le plaisir des noms et des mots dans l'«Histoire héroïque et universelle de la noblesse de Provence», publiée chez la veuve Girard, rue Saint Didier à Avignon (sur Gallica), balade distrayante et sans espoir, d'autant que je n'ai trouvé que le tome 1. Ma foi cela n'a guère d'importance, d'autant que rien ne dit que le Duc, ou celui qui a rédigé en son nom ces mémoires, n'a pas triché sur l'initiale, ou confondu deux noms, puisqu'à la fin de sa vie il y eu bien une marquise de V., avignonnaise, mais qui n'était pas la même.
Pour mettre de la distance entre le texte du Duc et moi, me libérer de ses phrases, je me suis adressée à un de ses laquais, disons Jasmin - puisqu'il intervient sous ce nom dans le récit fait par le Duc - dont je choisis de penser qu'il était témoin aiguisé, et peut-être, parfois, un peu le confident de son maître,
«Oh oui je me souviens de la marquise de V.... Elle était parmi les plus charmantes des dames de la noblesse de votre ville en ce temps, et un léger voile de tristesse, un peu de retenue dans sa gaité, la faisait remarquer. Elle était séparée, depuis peu de temps je crois, de son mari, et le duc, n'ayant plus à intervenir entre les rois et les camps, s'est empressé de tenter un rapprochement. Il en avait fait publiquement le pari. Pour le mari, que l'on voyait peu, je ne sais s'il avait déjà entrepris de le convaincre ce jour où, un après-midi, comme le vice-légat avait ouvert les jardins auprès de la Mirande à une petite société, dont elle était, le duc s'est légèrement écarté avec la marquise de V., jusqu'à s'isoler. Je restais à portée d'appel, et je les ai vu s'entretenir longuement, elle assise sur un banc, tête penchée avec une tristesse touchante, lui, debout, penché respectueusement vers elle, l'écoutant avec attention, et quand ils sont revenus vers les autres dames et gentilshommes, Monsieur d'Ormond avait l'air fort attendri.
Ce soir là, me parlant ou se souvenant à haute-voix, pour mieux se persuader, avant le souper, il redoutait, sincèrement ou non, que toute réconciliation s'avère impossible, le marquis étant un animal de rudes moeurs
  • C'est l'effet de ces mariages que fomentent les familles. Elle avait quinze ans et ne l'avait vu que trois fois avant que cela soit consommé.. et pourtant elle dit qu'elle l'a aimé – c'est vrai que je l'ai trouvé fort beau lorsqu'on me l'a montré – et qu'elle a été heureuse pendant trois ans, et lui a donné deux fils. Mais après la mort de son père, alors qu'elle en portait encore le deuil, il s'est senti libre de se montrer tel qu'il était, il est devenu indifférent, brusque, il la laissait seule, et puis, un triste jour, il a installé chez eux une créature, une jeune femme à qui, à regret, elle reconnaît un certain charme comme ne peuvent en avoir les dames de sa condition, une couturière à ce que j'ai cru comprendre. La marquise a montré sa douleur et sa surprise, il s'est mis en colère et lui a dit que cette femme était son amie bien avant leur mariage, et qu'il n'avait cessé de l'aimer et la voir. Elle a protesté, il la menacée, elle s'est enfermée dans sa chambre pour pleurer.... J'ai tenté de lui dire qu'elle avait toutes les raisons de se plaindre de lui, mais que le pardon était.. mais elle s'est écrié que je ne savais pas tout, qu'il avait fait bien pire, que parce que, ne pouvant supporter cette humiliation, mais encore amoureuse, elle plaidait, le suppliait – oh la faiblesse à laquelle sont réduites les femmes – il l'a injuriée et battue. C'est ce qui l'a poussée à le quitter, à retourner chez sa mère. Que je devais bien voir qu'il ne saurait être question d'une réconciliation, que le marquis ne le voudrait pas, que d'ailleurs elle le méprise maintenant autant qu'elle l'avait aimé... Et elle m'attendrissait, je l'admirais, je crois que je le lui ai laissé voir, car elle m'a dit que rares étaient les âmes comme la mienne, et qu'elle était bien malheureuse que son mari ne me ressemble pas.
Dans les jours qui suivirent, chaque fois qu'ils se rencontraient, leur entente se montrait un peu plus. Et - ma foi je ne suis plus tenu à la discrétion - j'accompagnais le duc certains soirs pour des rencontres qui duraient fort longtemps.
C'est le genre de secret qui ne le reste pas, cela se sut, cela parvint au mari, qui se piqua de regarder sa femme et d'en tomber amoureux.
Comme il ne savait comment la reconquérir, il prit le parti de s'adresser tout simplement au duc, feignant de ne pas savoir ce qui le liait à sa femme, et de le prier de s'entremettre.
Le duc était honnête homme, il en parla, la marquise rit, et refusa de le changer contre tous les maris du monde.
Il répondit donc au mari qu'elle ne voulait rien entendre, et que le mieux était de laisser faire le temps."
Et ce qu'il en advint, Jasmin et moi, nous vous le raconterons une autre fois.

5 commentaires:

Isabelle Pariente-Butterlin a dit…

On vous suit dans le jour, dans le temps, dans vos histoires, et que j'aime vos images des étals des marchands, de la nourriture, des marchés, je les regarde autrement grâce à vous !

brigitte celerier a dit…

c'est que je ne cesse de m'ébahir de me retrouver faisant marché avec attention et un poco de cuisine - il m'aura fallu les 3/4 d'une vie pour y arriver

Dominique Hasselmann a dit…

Oui, soleil depuis deux jours... on a l'impression d'avoir changé de saison, comme le montrent vos photos !

brigitte celerier a dit…

et, après petite hésitation aux premières heures, cela semble continuer... tant mieux pour mes petits toulonnais ! un peu de vent, j'espère qu'il ne va pas amener crasse

tanette2 a dit…

Tu n'as pas ton pareil pour photographier joliment , platanes sur fond de ciel bleu et étals au marché.