samedi, février 01, 2014

Vendredi, mettre le nez dehors



enfouie sous drap et couettes du lit... devant l'écran avec yeux papillotants et cheveux broussailles.. entendre la pluie glouglouter dans les descentes, clapoter avec de longs silences sur le zinc, les dalles...


café en main, aller vérifier ce qu'est cette petite tache rose, féliciter le bouton qui croit qu'il n'est pas mort depuis plusieurs mois...

et un peu avant midi, mettre un sourire sur cette sacrée timidité, et partir dans un léger vent,



qui commence à repousser la couverte blafarde, vers le coin de la rue de la République et de la place - 


un déjeuner pour rencontrer une jeune-femme qui prépare un documentaire sur les journaux en ligne, avec sympathie, mais une certaine envie de prouver que paumée et Brigetoun ne devraient pouvoir convenir.


Déjeuner agréable, et, en sortant, trouver lumière, bleu sans violence, air vivant sans brutalité.
Sieste, repassage, lecture journaux et autres, thé, se préparer 


et repartir, en fin d'après-midi, qui est encore début de nuit, vers le théâtre du Chêne noir


assister à une représentation de Macbeth interprétée par la Compagnie Point C, créée en 2013, avec deux projets : un cycle de lectures musicales dans les bibliothèques du Vaucluse et création d'un réseau solidaire entre jeunes compagnies, ce qui fait que participaient également les Chiens de paille (Bretagne) et la Société des écrans (Paris)


sur le programme, dans une interview du metteur en scène Arny Berry Au fond, Macbeth, tout du long de la pièce, est toujours sujet aux désirs d'un autre. Il se trouve emporté dans un dessein qui n'est pas le sien. Et après s'être trahi de toutes les façons possibles et imaginables, après être allé au-delà de la monstruosité dans un mal absolu, il se trouve avec son désir premier : mourir au combat, et d'ailleurs il y parviendra...
et puis : On a beaucoup travaillé pour que ce soit très rythmé, très précis, que ce soit vraiment dans l'élan et dans l'humour aussi... je pense qu'il y a quelque chose auquel on échappe (j'aurais dit : qu'on manque) en prenant la parure de la tragédie : c'est l'ironie de la vie. Et j'espère pouvoir trouver une solution qui soit à la fois spectaculaire et à la fois intime pour revenir à cette ironie de l'existence et de notre condition.
Ce que je trouverais amusant serait de réussir à trouver une tension adéquate pour que ces éléments là (batailles, cirque) nous fassent sortir de nous-mêmes régulièrement en nous permettant d'avoir la distance avec ce que l'on voit. Mais la distance aussi bien dans ce qu'elle peut apporter aux enjeux de la pièce qu'au niveau sensible, intellectuel ou spectaculaire. Garder quelque chose de faux pour se situer par rapport à quelque chose de plus fondamental.


(deux photos prélevées sur le site du théâtre)
Alors, une Brigetoun ayant envie d'aimer, ayant repoussé comme déloyal, puisque très personnel, grand, et d'autant plus qu'extrêmement ancien, et donc peut-être idéalisé par les années, le souvenir réellement splendide du Macbeth Horror Suite de Carmelo Bene qui m'a détruit tous les Macbeth...
une troupe très jeune, un Macbeth un peu schématique et qui s'améliore et prend de la densité, un bon Banco (beau au possible et très crédible en écossais), une belle lady Macbeth qui use habilement de son timbre voilé, qui use, juste à la limite du trop, de ses belles cuisses, qui montre belle énergie, passion, et ce qu'il faut d'habileté rouée de sirène... une distribution qui, à une exception près, se démultiplie sans désemparer, est dans le mouvement, sans fausse note, sans éclat exceptionnel non plus.
Des passages au noir, ou au rouge, entre les scènes qui s'enchaînent rapidement, passages pendant lesquels sont maniés les éléments de décor devant de petites vidéos ou de fausses ombres chinoises de combats (très réussies)... et du sang bien rouge.
Mais il manque juste un tout petit peu de vitesse, peut-être, pour que la tension naisse de la mécanique donnée à la pièce...
mais je n'ai pas aimé les sorcières bien trop nues pour la lande, et si désordonnées dans leurs glapissements, qu'un diable de bonne qualité les aurait disqualifiées pour avoir brouillé les incantations, les avoir rendues plus comiques que nécessaire.


Retour dans un air assez doux pour que j'oublie de fermer mon manteau et que perdre deux fois mes gants, en jurant parce que le plus récent appareil, celui dont je me sers rarement, qui était seul à avoir fait photos agréablement loupées, semble avoir rendu l'âme... ne me restaient que les platement loupées.

7 commentaires:

Gérard a dit…

début de journée calme et ensuite....très bien remplie

tanette2 a dit…

En somme, une agréable journée si la pluie du main et l'APN ne s'en étaient pas mêlés.

Dominique Hasselmann a dit…

Le théâtre en dehors du festival, comme une représentation clandestine...

brigitte celerier a dit…

hé ! y a de la vie en dehors du festival !
et en fait là c'en est un justement, de festival, tout petit, nommé Festhiver.. les quatre ou cinq scènes "permanentes" invitent des jeunes compagnies

arlettart a dit…

Encore une bonne soirée ... merci du partage
Photos pas du tout loupées! petit charme supplémentaire

Isabelle Pariente-Butterlin a dit…

Votre expression est si juste, et dit si bien la complexité de notre rapport au monde, alors que nous tentons de la résoudre et de l'apaiser : avoir envie d'aimer, le jour, le monde.

joye a dit…

Bravo pour les sons de la pluie que tu captes si parfaitement que je les entends jusqu'à chez moi !