mardi, mars 18, 2014

Poser ici un jour de peu


un jour de peu, avec simplement l'effort (prévu la veille en dînant à une heure juste un peu tardive plutôt que de médianocher comme de coutume) de ne calmer sa soif qu'en levant la tête sous la douche, et de s'éterniser ainsi...
un jour où sourire de soi et de ce réflexe de croire rejoindre tous les êtres sans demeure, pour qui la quête d'eau potable (ou non) dans nos villes qui, délibérément, soigneusement, ne sont plus conçues pour cela, colore les heures
sortir bouche sèche et yeux larmoyants dans l'air où ne dort pourtant qu'un petit souvenir d'aigreur intégral,
et baigner ces yeux humides dans le bleu redevenu presque incandescent

et dans les façades étincelantes,

jusqu'à retrouver la cour de l'hôtel qui fût de Cambis de la Falesche, puis de Cambis d'Orsan et Du Plessis de Pouzilhac avant d'être aujourd'hui, en son délabrement qui me rappelle toujours Satis House et Dickens et me donne une vague et brève envie, le temps de traverser la cour, de partir à la recherche de miss Havissham, un laboratoire.

Attente, bras tendu offert à l'infirmière, deux plaisanteries, ou trois, et ressortir libérée, assurer mon pas sur la calade, continuer dans la ville fermée comme un lundi, en suçant énergiquement un bonbon à la réglisse
Café, yaourt, une petite cuillère de miel épais, un minuscule toast avec une colline de confiture d'orange amère
Voir que le soleil descend jusqu'à un centimètre de mon crâne, rêver le dos au mur, tête levée vers les petites fleurs jaunes de la voisine du dessus qui se détachent sur le bleu du ciel, oisive jusqu'au vertige, à la recherche d'une idée pour le vase d'avril, dans la profondeur du temps
déjeuner à l'heure du goûter, dormir, constater avec petite honte que je n'ai rien fait de ce jour, balayer la cour et jouer à me faire croire que je m'occupe de mes pauvres plantes, me perdre dans la lecture du Manière de voir sur les extrême-droites et de journaux d'ONG diverses....  

5 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Dernière photo : des pavés non enrégimentés...

Ne rien faire, de temps en temps.

brigitte celerier a dit…

oh avec moi ce serait plutôt : faire de temps en temps

Danielle Carlès a dit…

De toute manière notre monde est bien trop obsédé par le "faire".

arlettart a dit…

Merveille ce jour de " peu "
Et gare à ces galets "calade" de tant de pieds tordus

Gérard a dit…

les galets ...sans la mer pour les rouler