samedi, mars 08, 2014

Suivre le chemin des vases



s'en tenir à un chemin, suivre une idée, lire les vases
et en fait découvrir tons, sujets, tailles, univers différents, comme avancer dans un paysage mouvant, en incessantes modifications
cheminer entre relativement peu de billets mais souvent de belle longueur, et le plus souvent, ou toujours, ou presque, aimer cela. 

échange de poèmes en se basant sur le nom du blog qui reçoit
Il faudra recommencer. Avec un on, un nous. Nouer
un beau texte que je vous laisse découvrir – juste, comme dans celui de Virginie Gautier qui lui fait face, il s'agit d'écriture, avec ce qui reste
Ce qui nous reste
Des rires à enregistrer. Une lecture de (la) nuit. Des villes à détourner. Un recommandé avec accusé de réception non retiré. Des connexions sans filet. Des peurs à faire mijoter à feu doux. Les autres sur qui s'appuyer. Nos respirations. Vos messages sous la ville. Nos bouilles, nos brouilles, nos débrouilles. Les je-nous. Les îles et les ailes.
et
something is happening
un poème en parfait vis à vis : ce qu'il faut pour écrire, et c'est la vie, l'horizon, la forêt etc.. et avec tout cela aller dans sa petite menuiserie, faire
On fait avec tout ce qui nous tombe sous la main
Quand je dis on, c’est l’on du corps, celui de l’expérience commune
C’est très concret
On garde ça à l’intérieur de soi, pour après
Après le rêve, après l’après, à l’aube

cartes postales

hurlant couper cabèche." : une carte postale de Michel Brosseau
écrire à Franck Queyraud en lui envoyant une carte postale ancienne, un poilu écrivant à côté des outils de terrassements abandonnés un temps, décrire, se souvenir
Cette guerre-là, c’était celle du grand-père. Aucun récit, sinon ces tirailleurs sénégalais armés d’une pelle hurlant couper cabèche. Du silence, jusque dans les mots.
Et
ce mot de drôlecartes postales de l'enfer
reçoit une carte envoyée par Michel, carte qui montre des poilus détendus autour d'un des leurs musiciens au violoncelle bricolé, «drôle», image d'insouciance courageuse qui ne pouvait que plaire aux autorités, image prise près d'un village qui sera détruit dans les jours ou mois suivants.
Et Franck, de son côté, a trouvé une photo de soldats en capotes, debouts, autour d'un joueur d'une sorte de balaïka, assis au sol, dont l'uniforme tranche.
Cette photographie a presque cent ans, la mémoire de ces temps furieux s’enfuit. Leur calvaire aussi. De ce 18 juin 1915, dans la famille de ma compagne, il ne reste plus que cette image : un instant de détente, au front, entre deux offensives. A bavarder, plaisanter, se taquiner… pour échapper à la peur. Cinq au moins des photographiés ont une ou deux marguerites accrochées à leurs uniformes. La vie s’immisce toujours partout… et devant un appareil photographique – à cette époque – on sourit tout le temps – on souhaite être beau, bien mis, élégant, paraître au mieux de sa forme… Les photographies envoyées ensuite aux familles sous la forme de cartes postales… pour les rassurer..
et dans les lettres à leurs familles, Giono et les autres, transformaient la réalité de ce qu'ils vivaient.... chance de ne pas avoir vécu cela.

écriture numérique
ça s'écrit en nous
en plusieurs petits chapitres son écriture numérique, et un grossier survol brigetounien
une idée pour : première machine à écrire, découverte du code, des premières machines, la lecture de fiction en anglais, les poèmes – détour : poèmes restent manuscrits, édition premières pages web – le blog, enfin, le premier il y a dix ans, ce qu'il était – contre-réforme : les eBooks, les systèmes fermés, les services centralisés, les «médias sociaux» - devenir :
Le devenir des blogs ou sites personnels et de leurs constellations sociales tient à deux fils. Celui de la réflexivité, celle que nous avons sans cesse dans l’écriture doit aussi s’exercer sur les outils, les services, les modèles économiques. Et celui de nous penser à la fois comme individus et comme part de collectifs. Comme singuliers et semblables. Pas dans l’équivalence, mais dans l’attention.
et
sites vitrifiés sur demande
si l'hébergeur le veut nos sites disparaissent, ne laissent que des traces, comme la musique d'un concert, comme le jeu des acteurs de théâtre..
et là François Bon nous fait part de la solution qui a été trouvée, solution comme il sait en dénicher, et nous exposer, pour nous faire entrer dans ce monde juste un peu après nous, ou qui pourrait l'être, pourquoi pas... allez y voir, allez suivre les raisonnements, les recherches, les cinq sphères, c'est là, dégustez..
Mais dans ce système dit «système de l’Aleph» ou «web des morts» une étape historique et décisive avait été franchie : l’identité numérique pérenne et composite avait remplacé le goût incompréhensible de la trace organique (on disait même qu’à cette période les morts, pour tout ce qu’on avait ingéré de conservateurs alimentaires dans notre parcours, ne pourrissaient plus) par cet objet transparent et parfait, et lesté du meilleur que nous laissions : nos sites, nos images, nos écrits.

échangent photos et textes
sourire
beau, bref et efficace : sobre et tranquille de ton, la pose d'un sourire, d'un sourire moqueur, sur ce qui le brise
Un sourire mot cœur qui fait des siennes, à grands battements d’elle. Pour taire le tam tam tam.
Sans mot cœur il s’envole. Il dévie, il défie. Il dénie. Quand la nuit tombe, les spectateurs s’éteignent.
et
un beau poème et une photo d'oiseaux fendant l'air au dessus de la mer
Dans l’indécence du vent

Les passeurs de la côte

Frôlent mes impatiences

En brisant l’amertume

Agitateurs de plumes

Aux yeux fumés de khôl

Divaguent vers la grève

échangent textes, photos et fleuves
happy (secondes – 1)
sur une photo d'Hélène Verdier : odeur de crabe décomposé, de mazout, de port, un estuaire – Gefira – monter à bord du Saint Vincent de Paul pour descendre l'estuaire, attentif aux odeurs, aux sons, aux touristes, aux hommes sans âge, aux mots de Dominique Autrou, aux pensées de son personnage,
Il y a aussi des hommes sans âge, vêtus de façon simple et ordinaire à la manière des gens qui travaillent ou plutôt ont travaillé par ici, debout et accoudés au bastingage ils regardent fixement devant eux car ils sont venus voir quelque chose sur les rives, quelque chose que pour le moment ils attendent mais dont la prochaine apparition ne fait pour eux apparemment aucun doute. Ils n’auront pas à changer de place puisque tout à l’heure le bateau remontera le fleuve : cette position a l’avantage de la simplicité. Alors lui aussi se lève et se dirige vers une rambarde à l’avant du bateau.
à un livre qui est resté ouvert, à Ritsos.
nuancements de gris (secondes - 2)
j'ai beaucoup aimé cheminer (un bref moment) dans ce beau texte un peu mélancolique, avec discrétion, en suivant les marcheurs dans cette ville le long de ce fleuve imprécis (et j'ai aimé l'absence de cadenas sur le pont)
Au bout du pont est arrimé le lanternon d'une boite à livres. A l'abri de la pluie et du vent des tempêtes, un livre a été déposé : Joseph Conrad, Typhon, traduction André Gide. (Eaux noires qui viennent converger dans les flux saccadés de la mémoire)
pour en arriver à Ritsos

jeunes hommes gisants
tel garçon coiffeur (mort d'une vedette d'amour)
en courtes phrases interroger, qui est-il ? Et puis en longues phrases sinueuses, lentes, le regarder, lui, les boucles, et cette chose fluide
il dort je le regarde je me rappelle le moment où plus tôt dans la journée j’ai coupé ses boucles j’étais absolument contre vous comprenez sa beauté pouvait disparaître après seulement trois mouvements de lames puis quoi mais il a été convaincant il avait cette hâte de pouvoir profiter de ma dextérité mon art pour dames si vous vous voulez mais dire ça c’est ridicule plus personne ne parle comme ça et puis tout va vite quelqu’un allait disparaître toute la journée au salon un jeu long et épuisant à peser le pour et le contre s’est installé dans ma tête....
et
dans la voix de Frederico Frederico i Frederico
avec la force habituelle, voir Louis G. seul, parler à Louis G. qui pleure Frederico, et les cris de Frederico i Frederico rythmés par Louis G se tient debout – lâche prise – tombe et par matraque sur la nuque
voix de Louis G. – je suis Federico Federico i Federico je suis Federico Federico i Federico jeune anarcho – syndicaliste mort un jour d’insurrection – je – ce travail me tue – je n’y arrive pas – Louis G. titube titube – à l’oreille la peur titube titube titube encore

expositions
Astyanax expose à la galerie mars le 16 avril
annonce d'une exposition, l'exposition d'une seule oeuvre en l'absence de l'artiste, explication du concept, liste (réjouissante dans son intransigeance) de ses expositions antérieures
Aujourd’hui, le problème ne semble pas résolu. Et la question se pose : sans Wilfried, Astyanax serait-il le grand artiste qu’il est devenu ? Et sans Wilfried, Astyanax sera-t-il toujours aussi inspiré ?
et
nos installations
diatribe en belle veine - je n'aime pas les musées dit l'auteur, et le redit, en explicitant ce refus (et se livre à un joli jeu autour des syllabes muse) comme celui des visites programmées - auteur qui en vient à préférer montrer des installations, isolées, comme sa dernière : Empilement State Building à la signification ouverte
La signification de l’œuvre est ouverte : la critique, si savante prétendrait-elle être, n’a pas lieu de s’exercer ici. Chacun apporte sa pierre mentale à l’édifice qui n’encombrera pas la voie publique au-delà de quelques heures. Cela reste supportable.
et n'en garde qu'une photo numérique

sur photos échangées
la chair lisse du ciel
en paragraphes qui reprennent en les intensifiant les idées antérieures, rythmés, un qui regarde le ciel, qui dit «il m'a menti», contre «tu t'attendais à quoi ?», un texte qui dit la déception
Il avait chaud, si chaud à présent que c’en était insupportable. L’air pesait dans ses poumons, sur sa peau. Il étouffait. Une sueur glacée perlait de son front et son cœur s’emballait sourdement. Tremblant de rage, il enfouit son visage entre ses paumes, effaçant derrière ses paupières closes le sourire narquois de son frère assis à sa gauche, luttant tant bien que mal contre l’envie de lui flanquer son poing dans la gueule.
et
Magdalena
une suite dans un hôtel, une femme qui attend, mais la surprise est là, et les courtes phrases de Piero Cohen-Hadria nous racontent une drôle d'histoire pas drôle
Sur chacun de ses côtés, les deux fauteuils de velours rouge, comme au cinéma, où personne ne s’assoit. C’est une saison où les clients sont rares. L’hôtel Miramar et ses suites de luxe, sa piscine à ciel ouvert, ses palmiers et ses coccolobas, l’air embaume des parfums des cratevas blanches. C’est l’hiver, il fait doux, il fait chaud.

contes de la maison ancienne et la maison neuve
interdit aux hommes
un ton d'une ironie courageuse pour - un chagrin qui déborde, un départ avec petite valise, une succession de canapés prêtés, un désespoir, jusqu'à toucher le fond, remonter et pour cela le palais de la femme (endroit connu, de l'extérieur il est vrai) et là le texte fouille, s'étend, parle d'une voisine
Et je comprends soudain. Ce que ce sont ces bruits nocturnes. Elle déplace ses cartons. Inlassablement. Elle les déplace. La nuit suivante, je ne dors pas. Je l’écoute. Je réfléchis. A ce que c’est. De tout perdre. Et de se retrouver ici. Chargée de son ancienne vie. Sans aucun moyen de s’en débarrasser.
et
la maison de nos rêves
un conte un peu fou, qui s'en va avec fantaisie, entre choses plus ou moins graves, comme toujours avec Giovanni, à partir d'une lettre reçue, une envie de changer de logement, en quelques heures, l'aventure, le métro, le bord de la Seine, une femme.... etc...
J'eus peur. Et pourtant, sur le fond de mon pessimisme noir s'ouvrait une petite fente teintée de rose. Le couchant aurait pu se muter en aurore... En fin de compte, qu'avais-je fait ? Je n'étais qu'un exécuteur... Oui, le mot existe, j'avais été le bras armé, j’avais travaillé pour quelqu'un qui devait ensuite s'occuper de tout : de nouveaux papiers, un costume tout à fait différent ainsi que de lunettes métalliques... Je n'avais pas besoin de changer ma gueule, anonyme jusqu'à la transparence. Et voilà qu'il y avait un autre être qui se chargerait de me donner une chance, une place libre, un immeuble tout neuf en échange d'un immeuble tout pourri !
et pour finir une chambre, une momie, une question

un échange de lettres
ces povres resveurs, ces amoureux enfants
écrit à Christine Zottele, lui suggère que leur échange se base sur son premier voyage en France en 1956, lui envoie le premier roman de Cees Nooteboom introduit par deux citations de Constantin Huygens et Eluard qui parlent de jeunes et de rêve, roman qui raconte le voyage de jeunes amis en auto-stop, et après avoir parlé de son éternel rêve d'une femme brune, y ajoute le récit que lui a remis son hétéronyme Albert Chiendeau, récit de la visite de Jan à Marseille et de la rencontre avec une libraire... Jan revenant sur ce texte donne sa version, introduit d'autres personnes comme Paul, comme une avignonnaise qui n'en peut mais, puis une abbesse.. allez lire cette longue rêverie
Christine tu ne vas pas me croire … au panneau  j’aperçus entre les chansons la petite photo en noir et blanc de Jan Jansen à l’âge de seize ans, du cycliste hollandais fameux en France aussi,  qui gagnerait plus tard le Tour  de France ! Penses-tu qu’il aurait pu être un ancien petit pensionnaire de ce couvent ? 

et
est ce encore un rêve ? Quatre cartes postales
répond, comme si c'était vrai, alors qu'elle n'est pas elle-même certaine d'exister, et rebondit, si longuement - il faut dire que Jan lui avait fourni un cadre qui s'y prêtait et qu'elle a développé avec brio tous les éléments - que cela devient une vraie nouvelle, l'histoire de leur rencontre, de la naissance de l'amitié, une histoire qui embarque avec elle, de lieux en lieux auxquels elle rend leur présence, un dénommé Paul et la superbe soeur Anna, la gentille Claudine etc... et au passage attribue à Brigitte devenue une drôle de comtesse, bigrement embellie au passage, un regard qu'elle n'a jamais eu et n'aurait su avoir
Enfin nous sommes partis, deux jeunes filles et un jeune homme tendant leur pouce à la verticale sur la RN7. Beaucoup de voitures familiales ne pouvaient nous prendre. Et les quelques célibataires auraient bien pris les filles uniquement. C’est moi qui ai eu l’idée de te déguiser en fille. Du coup, Brigitte m’a regardée autrement – étais-je moins banale à ses yeux? Toujours est-il que notre amitié a commencé à se développer à partir de ce moment-là.
Mais aussi une absence de regard sur elle et moi qui, au moins pour moi, est plus vraisemblable... enfin il y a beaucoup d'autres choses.. installez-vous


contrainte du prisonnier
un poème à contrainte qui ne se contente pas d'être étourdissant de virtuosité, et fait entendre petite chanson
sa mama a un minois nu

un minois à se marrer

comme une saucisse massive

une arme sans misères

sa mama va ainsi
et
tempêtes hivernales
de brefs paragraphes comme des strophes, introduits par tout s'érode la plage, les vies, (aime)
Tout s’érode. Elle le sait aussi, c’est votre quotidien, jouer à gagne-terrain, compter les points, crier les petites victoires. Il fut un temps, pourtant, où vous ne comptiez que l’un pour l’autre. La dernière vague en aura eu raison.

deux fois trois pour un garage
Cécile Portier
les mécanismes
nous nous voyons tels que sommes, nous voyons que nous sommes floués, nous voyons les mécanismes qui nous meuvent, nous émeuvent (mais ceci est fort grossier effleurement du texte)
Les mécanismes ont besoin d'être réglés. Charlot resserre les boulons, resserre les boulons, resserre les boulons. Et une fois qu'il a fini, ressert les mêmes gestes, ressert les mêmes gestes, ressert les mêmes gestes. Le mécanisme est entré en lui. Le mécanisme c'est lui. Rien ne résiste aux mécanismes.
tu vois moi je faisais de la moto
et puis un jour ce fut le cheval, c'est pas du tout pareil (un ton de conversation un rien détendu, ou un style pressé de dire)
Je lui parlais, je lui disais, vas-y Pacha. Et là il donnait tout, il donnait tout son coeur. Il ne s’écoutait plus, il n’écoutait que moi, il se dépassait pour moi. J’étais même obligé de le ralentir, de tirer sur la bride, j’étais obligé de le ramener à lui, sinon il aurait claqué.
Danielle Masson
un inventaire à la Prévert
petite évocation de la mise en trains, et voilà les pneus, les jantes, les pièces détachées
Encore des pneus, des pneus, des tas de pneus…
De la boue venue de je ne sais où… ah si ! Du petit chemin qui monte vers l’oliveraie…
sur la mécanique du coeur
lire mécanique, penser tout de suite à la mécanique du coeur de Mathias Malzieu (livre dont des phrases, sont reprises) peut-être à cause d'une parenté avec les textes de Cécile Portier, et en y joignant les photos de François Bonneau, au croisement trouver nous sommes des êtres de langue (le merveilleux titre du blog)
Et je suis repartie à la poursuite de Milán.
Milán venait juste d’arriver.
Ce premier livre, une découverte.
François Bonneau
sous leurs plaques...
la vie des moteurs
sous leurs plaques ça pulse
J’ai beau passer mon doigt sur leurs peaux, ils m’y invitent, mais je ne sens que le métal, petit rectangle ajusté, vissé dessous, ils me disent je ne sens rien, quoique ça gène un peu ici, là, pendant certains mouvements, bof, tu sais il y a pire, et puis c’est pas à vie.
Vingt-quatre pour deux
un texte qui joue avec les mots, les idées, pour dire le labeur ou les heures
C'est une forme, et en y revenant, peu à peu la décrire, la situer, chercher qu'en dire, ce qu'elle est, cette réserve d'écrous (il y en a vingt-quatre, juste) nécessaires pour deux heures
C’est autant une forme qu’une barrière, qu’une pendule, qu’un graffiti ou qu’une rayure, qui se vide et s’emplit, à mesure que passent les autos silencieuses, parfois aussi la nuit, tout autour de la chambre, quand il est temps, enfin, de réaliser là qu’on s’est trompé de rêve.




et, pour finir, autour du mot envie
Myriam OH ci-dessous
Gouttelettes de vie
une belle variation D’une vie aux vies enviant une vie d’envies en vie, en vie.
se sentir en éveil, ouverte aux envies, et l'énumération des envies est savoureuse - envie nous vient avec les mots, jusqu'à l'envie d'imprévus, d'émotions, l'envie d'un amour, et puis vient la «désenvie»
Et on s’engendre soudain despotes de nos vies. A se faire maîtres de nos envies. Mécaniquement, on fait le tri. A dissocier l’essentiel du superflu. A éloigner l’édulcoré du cru. A raccommoder l’entendement au perçu. A vrai dire, on n’a plus envie de grand-chose. On ne s’imagine même plus en vie. A errer dans un temps dissolu. A s’oublier derrière un instant perdu. A égarer l’ingénu....
et
suivait la naissance d'une envie parce qu'il en faut
a levé les yeux, a regardé le mur de la cour
a pensé je pourrais avoir envie de le dépasser
a pensé je pourrais avoir envie de voir le fleuve, ou de caresser l'écorce d'un platane
a pensé je pourrais même avoir envie de regarder les gens
a pensé je dois avoir envie pour bouger, a pensé je suis en vie, j'ai devoir de bouger – mais préfère le mot désir.

5 commentaires:

François Bonneau a dit…

Toujours aussi bon, prompt, et classe. Encore une fois merci, Brigitte.

arlettart a dit…

Et ce mot désir en préférence laisse tous les espoirs

Dominique Hasselmann a dit…

Merci pour l'anthologie (une fois de plus) !

brigitte celerier a dit…

et grand merci aux passants une fois encore

Gérard a dit…

Jan Jansen à l’âge de seize ans, du cycliste hollandais...et comment que le connais..ma jeunesse.