mardi, avril 22, 2014

À La Pérouse ou Tamentfoust


J'avais dix-sept ans, je crois.
J'avais dix-sept ans et les parents m'avaient offert, des vacances à Alger, chez mon parrain, l'oncle ainé.. à Alger et bien sûr à La Pérouse (qui aujourd'hui a retrouvé le nom de l'ancien Bordj, Tamenfoust, mais alors, en 1959 on disait encore La Pérouse)
C'était le soir, sur la plage, devant le hangar à bateau, sous la maison.
J'étais seule, le garçon qui avait de belles mains et qui me lisait, assis sur le sable, Kaputt de Malaparte, était rentré dans la villa de ses parents.
J'étais seule, je ne sais pourquoi... ma petite cousine avait, pour une raison ou une autre, peut-être parce que Malaparte l'ennuyait, préférer remonter vers la maison, la véranda, au dessus de la plage où je restais, dans le silence, prête à me replier, puisque le couvre-feu était passé.
Je regardais la mer. Je rêvassais. Les poissons, les mêmes qu'en face mais plus nombreux ici... comme les montagnes étaient plus grandes..
Je repensais à ces jours, depuis que j'étais là,
à l'épicerie du village où nous étions servies en priorité, et je m'offusquais de ce privilège, à moins que ce soit pour se débarrasser de nous...
à la toute jeune adolescente, la fille du fermier, dont les oies me terrorisaient comme dans mon enfance, qui devait déjà découvrir la gêne, l'encombrement, du voile et restait sur le bord pendant que nous pataugions, couteau en main, pour récolter les anémones de mer, qui se réduiraient, presque jusqu'à ne plus être qu'une bouchée parfumée, quand nous les ferions frire....
à la réunion des femmes autour de ma tante, sous le grand eucalyptus du jardin de derrière, les bavardes, les silencieuses, les rires, les mains peintes, le coton soyeux...
aux plaisanteries de l'homme qui venait proposer sa pêche le matin...
aux siestes derrière les volets entrouverts sur la chaleur qui écrasait la terrasse aux azulejos...
aux circulations de jardin en jardin, à travers les haies, pour nos surprise parties quand l'heure nous interdisait la petite rue...
à toutes ces nervosités, angoisses tues, ces liens qui se modifiaient en silence, ou non, comment pouvais-je savoir...
à la colère de mes cousins ainés, au désarroi de leurs parents me disent mes souvenirs..
à notre jeunesse, notre futilité, instinctive et appliquée.
journée un peu à côté... me borne à reprendre ce texte publié chez les cosaques http://lescosaquesdesfrontieres.com

9 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Toujours agréable à relire !

chri a dit…

Pour notre plaisir.

brigitte celerier a dit…

merci - pas grand chose à recycler malheureusement

Gérard a dit…

Un retour en arrière vers la chaleureuse enfance.

Christine Zottele a dit…

merci, je l'avais raté celui-ci, et c'eût été dommage... ainsi qu'un lapsus (?) de lecture: lu "les anémones de mer... une bouche parfumée quand nous les ferions rire..."

jeandler a dit…

Un parfum d'ancien temps... Avoir de belles mains aide à lire bien, l'attention fixée de celle qui écoute.

marlen sauvage a dit…

C'est très beau… J'aimerais avoir des souvenirs d'Algérie pour en parler ainsi…

marcopolette a dit…

Vous avez connu Constantine ? Et Oum Teboul ??? La Calle peut-être ????

brigitte celerier a dit…

non et je le regrette parce que je sais que c'est beau - la famille de mon père est d'Alger moi je n'y ai vécu que deux fois dans mn enfance et à Alger seulement, et la région proche