mardi, mai 20, 2014

Dans le gris, disparition des lucioles, tome 2 et fin


regarder d'un oeil vague les carreaux mouillés de la cour, le bleu de l'hortensia exalté par le jour frisant sous couverte blanche, se dire qu'il sera inutile d'arroser, sortir petit chandail-à-côtes-qui-ne-se-repasse-pas, retrouver le plaisir des bottes et s'en aller chancelant sous la charge, la force en allée dans une inattention, avec un sac bourré de linge à nettoyer.

Se rencogner dans sommeil qui réclame plus que son dû et, tant pis pour éventuels passants, un dernier (pour le moment) survol des oeuvres rassemblées en hommage aux lucioles.

Spencer Finch – Blue – lampes, câbles électriques métalliques -
Madame, Monsieur, Je sais que votre structure permet à un public en difficulté de reprendre la vie active. J'apartiens à ce public car je suis incarcéré en centre de détention depuis le 8 mai 1990. Votre activité m'intéresse vivement, car j'ai une expérience variée comme vous le verrez sur mon CV ce qui me permet d'être très polyvalent. Si je pouvais bénéficier d'un contrat au sein de votre structure cela me permettrai d'obtenir une semi liberté dans le cadre d'un aménagement de peine. C'est avec ma conseillère d'insertion et de probation Mme B. que je construis mon projet. Vous pouvez la joindre directement par téléphone. Dans l'attente d'une réponse de votre part et d'un futur rendez-vous je me tiens à votre disposition. En espérant que vous comprendrez ma demande et que celle-ci retiendra votre attention. Je vous prie de croire, Madame, Monsieur, à l'assurance de ma considération distinguée. Merci de votre compréhension

Roni Horn – Cabinet of – photographies – mais aussi les photos de graffitis de Brassaï
Je ne me suis pas pendu. Mais il y a eu «commencement d'exécution», comme pour beaucoup de mes camarades qui ne s'en sortent pas. Lorsqu'on n'a plus le droit d'être un homme, il ne reste plus que la mort. J'ai eu la chance de survivre, car j'avais ma porte de sorti : les études et l'espoir de témoigner après ma libération. Je ne suis pas mort car j'espérais être un jour un homme encore. Entre la dégradation et la mort, je choisis la mort.

Alessandra Tesi – spazi Buccati – impression photographique sur aluminium -
mais aussi le très grand tapis de petites lampes de Massimo Bartolini dans la demi-obscurité d'une voûte.
Et déjà la nuit pâlit dans une clarté
Qui griffe la cornée et y réfléchit
Une image de murs mutilés. - Pasolini

Claude Levêque – j'arrive d'un autre monde – néon brouillard son -
mais aussi la belle vidéo de Jean-Michel Pancin «tout dépendait du temps» : la main d'un ancien prisonnier dessinant son trajet de cellule en cellule, en espaces, dans la prison Sainte-Anne pendant que sa voix of dit sa vie.
On vous met nu dans le couloir. Certains gardiens ne se gênent pas pour vous tripoter. La dernière fois, ils ont enlevé tous les mégots qu'on avait mis de côté. Une photo de ma fiancée. On s'est plaint. On nous a dit de le faire auprès du chef. Comme ça aurait été le mitard, on ne peut rien dire.

collectif Claire Fontaine – Tennis Ball Sculpture / Mexican – balles de tennis et bonbons mexicains (en écho aux objets lancés dans la cour pour les prisonniers)
mais aussi l'Institution en cage de Louise Bourgeois.
Ici, reposent les cendres du pauvre Tulac qui, fatigué de voler en ce monde, va voler dans l'autre.

Adel Abdessemed – cocktail – lutrins, carnets avec dessins au fusain -
mais aussi les photos atroces en noir et blanc, corps tourmentés, déchus, étranges, de Roger Ballen
Mais si je possède l'histoire
elle me possède elle aussi ; je vis dans sa lumière :
mais à quoi bon la lumière ! - Pasolini

Douglas Gordon – Three Inches (Black) – 11 photographies couleur -
mais aussi les chaises électriques de Warhol
Permettez que je me présente, je me nomme Jean, de baptême, détenu à la centrale pour une très longue peine. Je suis retraité en parfaite santé, sportif, actif, épicurien, et plein d'allégresse. Je cherche une correspondance avec une femme célibataire retraitée.

Kendell Geers – Twilight of the Idols (Saint Sebastian) – ruban de balisage et objet trouvé -
mais aussi la vidéo de l'agonie du fils dans Mamma Roma de Pasolini
Bonjour à toutes et à tous,
Alors voilà aujourd'hui cela fait 3 mois que j'ai envoyée ma demande de parloir. N'étant pas un membre de la famille, le directeur du cp m'a demandé une enquête de moralité il est précisé que celle ci met au minimum deux mois. J'appelle régulièrement le cp mais aucune réponse à ce jour. J'ai été voir le commissariat pour savoir s'ils avaient reçus une demande d'enquête de moralité, le chef de poste m'a dit qu'il ne pouvait rien me dire pour l'instant. La dame de la sous-préfecture m'a dit qu'elle avait bien reçue ma demande mais pour l'instant toujours rien... Je ne sais plus quoi faire, je commence a perdre patience, 3 mois sans le voir, ça commence vraiment a être difficile...

Francesco Vezzoli – Self-Portrait As Emperor Hadrian Loving Antinoüs – buste d'Antinoüs en marbre de Carrare (XIX°siècle) buste de l'empereur Hadrien en marbre avec les traits de l'artiste -
mais aussi, de Gordon Matta-Clark, la maison fendue (épreuve argentique contrecollée et ruban adhésif noir)
Une fois échappé d'ici, il vaut mieux aller habiter les bois, comme font les sauvages.

Yan Pei-Ming – Marat – peintures réalisées pour l'exposition, 3 grandes huiles sur toile, chacune dans une cellule, dominante ton assorti à porte -
mais aussi «Time, Clock Of The Heart (After Ingres)» de Vezzoli portrait imprimé sur toile et papier et papillons brodés -
Si les prisons éclataient et que les détenus puissent s'enfuir, ô quel plaisir. Le soussigné Bersagliere de la Porta Palazza.

Cy Twombly – Fulson St Studio, NYC, impression sur papier
mais aussi tout le deuxième étage (plus réduit) dont j'ai manqué l'entrée, que je veux parcourir, voué à la guerre, au racisme... à Basquiat, Alighiero Boetti, à Genet «un chant d'amour» et Anselm Kiefer
Durand cellule 134 est une balance

Douglas Gordon – Punishment Exercise (Black and White) – 117 photographies noir et blanc
mais aussi les délicates roses en papier confectionnées par les prisonniers, et une femme dans la file d'attente, derrière moi, parlait de celle qui lui avait été offerte, enfant..
Amis de la prison, répétons la chanson
Et vive la gaieté dans la captivité
Car entre nous il nous faut nuit et jour
Du courage entre nous, vive le troubadour
Car le chagrin ne durera pas toujours
Nous aurons bien jour cette liberté
Que l'on attend ici dans la captivité

Zoé Léonard – Robert – 10 valises -
mais aussi de Nan Goldin les autoportraits (sorties de maisons de repos ou cliniques) et le portrait de Joey With Cake et son gâteau parce que «She is free»
J'écris vite fait car j'ai pris mon médicament ; sacrosainte médication qui nous fait oublier toute la misère du monde ! Bientôt je ne verrais plus les lignes et je mettrais cinq minutes pour écrire un mot. Mais j'en ai besoin : c'est le seul moyen de me défouler et d'avoir le courage des mots. Tu sais la came ça rend veule et lâche envers soi-même.

Kiki Smith – Southern Hemisphere Constellation – encre sur papier et méthylcellulose -
mais aussi ses gravures, et quelques oeuvres de Berlinde De Bruyckere, rescapées des «Papesses»
Mon étoile adorée, quand pourrais-je te b..... ?
L'amour est une grande chose, mais la faim surpasse toute chose.

Kimsooja – Bottari – couvre-lits et vêtements utilisés
mais aussi les objets et organes en verre de Chen Zhen
L'enfant fait fête et tourne vers son père
Un visage rieur, comme une étoile
Qui entre les étoiles tremble de joie - Pasolini

9 commentaires:

Hue Lanlan a dit…

belle visite

brigitte celerier a dit…

merci... =mais constaté tout ce que j'ai manqué dans petite affluence du vernissage

Dominique Hasselmann a dit…

Barreaux à l'extérier, barreaux à l'intérieur...

L'art peut se faufiler.

brigitte celerier a dit…

me^mê si parfois il semble là un rien prétentieusement futile (pas trop dans ce que j'ai noté, même si pour apprécier certains il faut faire effort pour nier le lieu)

arlettart a dit…

Chaque image, chaque mot laisse un temps de réflexion , plaisir de retrouver les artistes familiers du lieu

DUSZKA a dit…

Parcours heureusement guidé. On passe et repasse avec chaque fois un coin de regard inattendu. MERCI

mémoire du silence a dit…

Oh ! merci
quelle richesse, quelle force
cette vie sur terre
merci pour Brassaï,et tous ces êtres
qui donnent un sens à la vie.

jeandler a dit…

La vie est une prison. Le rêve y donne des ailes pour s'évader.

Gérard a dit…

passionnante visite surtout les photographies et impressions sur papier