dimanche, mai 18, 2014

Entrer dans la prison


taches blanches des marguerites froissées, feuilles qui frémissent dans vent s'éveillant, un roucoulement, le ciel bleu tendre, le matin..
lavage cheveux, ménage un poco sérieux, sortir carnet pour tenter d'ébaucher un programme pour le festival et reculer, réfléchir et repousser jusqu'en septembre, question temps/finances, mon séjour en Lozène, penser avec petit effroi à ce qu'avons choisi pour les vases, et me préparer à la visite, en fin d'après-midi, de l'exposition de cet été de la collection Lambert, expatriée pendant que l'hôtel de Caumont avale l'hôtel voisin, l'ancienne école d'art...

un peu pour les oeuvres, un gros peu pour le lieu, avec ce balancement entre désir de pénétrer dans la prison Sainte Anne, après qu'on ai tant discuté de son avenir, et petite crainte de voyeurisme, futilité, en pensant à la somme des douleurs qui hantent ces murs (se dire que leur survie est bonne chose, et que mieux vaut l'art – une petite section selon le site de la collection http://www.collectionlambert.fr/evenement/151/la-disparition-des-lucioles.html doit être consacrée au passé des lieux – qu'un hôtel de luxe d'une firme internationale, quant aux projets de la mairie ils sont séduisants, la maintiendraient dans la vie locale, mais reste à trouver financement) 

Nous avions déjà eu une petite idée de l'intérieur tel qu'il avait été laissé en 2003, lorsqu'elle a été fermée pour état vraiment indigne, à travers les photos d'Ange Esposito exposées en 2010 sur les murs extérieurs http://brigetoun.blogspot.fr/2010/09/comme-jetais-dans-la-colere-sans-but-le.html
et je me suis replongée, rapidement, dans son histoire et une description, avec quelques photos, sur http://patrimoinecarceral.blogspot.fr/2010/10/avignon-prison-sainte-anne-demeure-de.html et le sauvetage des archives http://archives.vaucluse.fr/2579-les-archives-de-la-prison-sainte-anne-d-avignon.htm




or donc, la ville était tiède ou un peu plus, le soleil brillait et les touristes venus de loin ou les avignonnais de l'intra et de l'extra muros flânaient

or donc, curieusement ? tout Avignon, ou presque, voulait entrer en prison et ce fut longue attente sous le soleil en dehors

et dans le petit sas entre les murs extérieurs et le bâtiment
et ce fut longue, longue visite, nombreuses, trop nombreuses photos, environ 2 heures et demi de regards, d'échange, de gêne parce que ce qui était horrible était parfois très beau, d'oeuvres aimées ou moins, de traces humbles,
et ce sera garder les quelques oeuvres photographiées tant bien que mal, et la mention d'autres qui m'ont retenue, pour demain je pense (vraiment trop, et suis crevée) mais déjà, en avalanche
si le coeur vous en dit et avez courage vous pouvez cliquer sur une photo et les regarder à la file sans tenir compte des quelques mots

les premières impressions

une échappée sur une cour avec la vague de Massimo Bartolini

et la prison, seulement la prison, 

la cour des hommes avec les tortillons de Miroslaw Balka et la beauté absurde des filets

la prison et les paperasses.. les lettres de la famille

la prison et les pelotes envoyées par dessus le mur, ou jetées du haut du jardin, les photos de hurleurs même si là, sur les photos de Mathieu Pernot, à côté de ceux qui se postaient dans le jardin du Dom, au dessus de Sainte Anne, se trouve une Fanny de Barcelone 

la prison et des oeuvres d'actuels détenus de celle d'Avignon-le-Pontet

le quartier des femmes, avec notamment une grande salle sur laquelle s'ouvrent les cellules, et une cour avec un arbre..

et puis le ciel sur la ville.

13 commentaires:

Hue Lanlan a dit…

très belles photos !

Dominique Hasselmann a dit…

Heureusement que le ciel est, finalement, par-dessus les grilles...

brigitte celerier a dit…

merci
le drame est que cette douleur est très photogénique

brigitte celerier a dit…

Dominique, il y a même un petit autoportrait (et quelques poèmes autographes mais pas celui de dans le ciel qu'on voit) de Verlaine

jeandler a dit…

Il y a toujours à voir même en prison, hélas ! Une beauté poignante.

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Oui, nous ne nous sommes pas trouvés ! Pourtant, je suis arrivé à 17h et reparti à 20 !
Je vois que notre curiosité photographique allait dans le même sens ! (Et dans le sens de la visite, bien sûr !)

Anonyme a dit…

tout simplement incroyables

gérard a dit…

de l'art en taule qui vaudra peut-être de l'or

arlettart a dit…

Tant et tant de soupirs et de rêves en révolte suent de ces murs

Emmanuelle Tricoire a dit…

Arte povera, merci pour ce beau regard Brigetoun.

Anonyme a dit…

Impressionnant !!!
Merci pour la qualité du partage.

Flore

mémoire du silence a dit…

Une grande émotion
parce que l'horreur et en même temps de la beauté, du terrible et de l'humain... le regard posé à travers ces photos ressent "la chose" esthétiquement, et me fait me poser la question : ce que je regarde me procure du plaisir ou du déplaisir ?
Cela ne laisse pas insensible
je me suis souvent posé cette question : existe-t-il une esthétique du terrible ?
Je me la pose souvent et souvent je me dit "ou" et souvent j'y revient.
Et il y a là dans vos photos une réelle rencontre, "une rencontre esthétique" puisque le sensible est au rendez-vous, puisqu'il y a un ressenti et un rapport aux sens.
Merci pour tout cela
merci

brigitte celerier a dit…

la question qu'on se pose tous - à part quelques imbéciles, et encore ils ricanaient donc étaient sensibles - et d'ailleurs une bonne partie des gens samedi venaient POUR la prison, et des souvenirs directs ou indirects