mardi, juin 03, 2014

un jour, et un oloé


second réveil un peu avant six heures – pousser doucement, sans bruit, les volets bleus - la cour comme un jardin frais et frémissant dans la lumière rare du petit jour – ciel candide.
Sortir vers dix heures, en prenant dans les yeux le choc des yeux noirs de l'hôtel d'Europe

et voir devant le portail latéral un semblant d'affairement autour du matériel 

se faire badaud une ou trois minutes, regarder le mélange de clients dorés, de vaisselle raffinée, de câbles que l'on installe

et s'en aller dans la ville baignée de tiédeur, de bleu, de vert frisant dans légère brise.
Revenir avec yaourts, une robe simplissime quasi donnée, une casserole, des toasts grillés, un flacon de petit marseillais mandarine et abricot, deux débardeurs pour jouer les modesties, des serviettes en papier, des pâtes et du café, 

et entrer dans l'antre à la lisière du champ de prise de vue... (d'un épisode d'une série selon la jeune très gracieuse cerbère)
lecture économie et politique pour les plus totalement nuls, repassage six nouvelles vieilles robes.... pencher tête navrée pour accompagner les pauvres roses etc...
et reprendre paresseusement un oloé paru sur http://relire.net/oloe/

Un oloé encaissé (au Pelvoux)
C'était un mois d'août.
C'était le retour dans la famille après un échec... c'était l'abandon des études, et les dernières vacances familiales.
C'était une vallée encaissée où la seule issue pour les yeux et l'esprit était, dans l'axe, la masse du Pelvoux, comme un dieu, une bienveillance déclarée, une oppression permanente.
C'était, comme principale ressource, guetter les modifications de la montagne sous la lumière.
C'était le vieil homme qui, chaque matin, sortait sur le balcon d'un chalet voisin, se plantait face au soleil naissant, le saluait d'un chant étrange et incompréhensible.
C'était le tome un des mémoires de Saint Simon pour des plongées-absence du lieu et du temps.
Mais c'était aussi le regard redevenu tendre sur la mère, c'était cette surprise, l'enfant à venir – oh le jour où avec gêne le père était venu m'en parler – c'était cette surprise, cette naissance balayant toute la lassitude que j'avais devant la marmaille, la masse des soeurs, frères, cousins qui me suivaient.
C'était une attente joyeuse, ça a été des petits vers ébauchés en secret et détruits, ça a été le goût du réel, du féminin, ça a été se rappeler l'apprentissage négligé, ça a été, en alternance avec les querelles de préséance entre les ducs, les campagnes au delà du Rhin, deux aiguilles, une pelote de laine, ce fut triomphalement venir en un mois au bout d'une brassière, si délicieusement petite qu'elle servit le jour de la naissance.

10 commentaires:

Hue Lanlan a dit…

tendresse de la mémoire

brigitte celerier a dit…

chance d(y trouver des bouts de tendre

Dominique Hasselmann a dit…

Avignon s'affaire : ça va rouler comme sur des rails...

brigitte celerier a dit…

Avignon vend son image - elle a au moins ça (quoique là je pense que c'est l'hôtel et je crois qu'il est rentable)

mémoire du silence a dit…

Du fond d'une poche
déplié lentement
un mouchoir de fil blanc

jeandler a dit…

On tourne. Paumée au script.

Isabelle Pariente-Butterlin a dit…

J'aime tant comme vos mots accompagnent vos images.

marcopolette a dit…

C'est magnifique, ce retour en famille "après un échec", avec la montagne comme une bienveillance, et déjà cette naissance/renaissance... Merci !

Gérard a dit…

merveille..ta dernière photo

brigitte celerier a dit…

ouin
l'est pas de moi bien sûr