dimanche, juillet 27, 2014

Avignon 22 – trop paresseuse pour sortir des remparts – Taïwan - musique et poésie dans la Cour d'honneur

lumière revenue sur le mur voisin, à l'heure de la confiture d'orange – petit entrain de la veille retombé – se laver les cheveux – se perdre en projets sans suite et renoncer au désir velléitaire qui m'était venu d'aller en tout tout début d'après midi jusqu'à l'avenue des Taillades, au bar culturel de l'Angle, pour voir et entendre  Marseille Rouge Sangs le spectacle tiré de nouvelles d'Eric Schulthess
et pourtant la présentation sur le programme du off était un poème
Treize nouvelles noires il a écrit ce minot métissé de Marseille.
Comme un gabian lucide porté par le mistral, il regarde sa ville, espinche ses recoins.
En poète qu'il est, il peint de son ciel bleu des destins esquichés au fond d'une traviole, à l'ombre d'un navire ou au pied d'une tombe.
Nous, ces histoires elles nous ont chavirés, en voilà trois pour Avignon :
Celle d'Oscar, pianiste trop charmeur, victime de ses conquêtes (Du miel au bout des doigts)
Celle de Léa, en quête de reconnaissance, ignorée par son père (Andoni et Léa)
Celle de Pierrot, puisant sa force de vie grâce à la mort des autres (L'affaire de ma vie)
au lieu de quoi ai déjeuné tard, lentement, me suis fait de la chair, me suis estourdie dans la chaleur de la cour, ai dormi
et puis, comme je me sentais presque en forme, ai réalisé que n'avais pas rendu visite aux taïwanais cette année, ai regardé, vu que la Condition des soies programmait un spectacle de danse à 18 heures et suis partie, trop tôt 
dans les rues où l'on circule maintenant aisément, sous un ciel pur, un petit vent naissant, rencontrant une Précieuse ridicule pour un adieu au festival, une vierge que n'avais jamais remarquée

jusqu'à la Condition des soies, saluer la façade de l'immeuble voisin et sa végétation éternellement défraichie, vu les adieux des troupes qui partent, les départs pour la parade de ceux qui restent, le partage des dernières affiches de Mr. R. que venais voi

pris mon billet une demie heure avant le spectacle, attendu en compagnie d'André Benedetto, assise sur le bas flanc pendant que le public s'étoffait lentement, suivi la venelle, le petit escalier de fer qui conduisent à la petite salle carrée.
Mr. R ou Mr. Rabitt, Lapin est ici un personnage allégorique et virtuel. Conçu autour du thème de la transformation du Moi, il révèle les différentes facettes de l'individu, le reflet d'un visage changeant dans la fluidité des temps. Une chorégraphie de Ming Cheng Lee -
Pas tellement vu les différentes facettes d'une personnalité (malgré quelques mimiques que n'ai pas comprises), mais bien et bellement les modifications que le temps apporte.. avec une alternance entre la danse inspirée des danses classiques chinoises pour Monsieur R avec son bonnet à oreilles de lapin, son complet blanc, ses grandes robes imitant, en fibres modernes et clinquantes, les robes de mandarin, la grâce de la danse de son éventail, les origamis et les projections, l'éclairage qui se limite parfois à la lampe de poche qu'il tient dans une main ou entre ses dents, la musique chinoise qui l'accompagne et, mais certains éléments comme l'éclairage dardé par une lampe de pochent se retrouvent, la danse hip-hop ou combattante, les rythmes contemporains des trois autres danseurs.
Retour avec quelques inquiétudes en voyant des nuages gris au dessus du palais, mais le vent les a emmenés.
préparer souper, ne pas arroser, enregistrer photos, remplacer chemise rouge par veston de même couleur, prendre foulard à porter en chèche si le vent se fait méchand
et repartir, dans la petite effervescence, vers le palais..
se trouver dans un nouveau public, ou plutôt retrouver un public plus habituel, perdue au coeur du retour des avignonnais

assise devant les pupitres, les instruments encore sans vie, je voyais passer têtes connues, entendais voix plus ou moins aillées (plutôt moins nous étions surtout entre bourgeois) et j'avais un peu la même sensation qur dans le métro parisien, les premiers jours de septembre, quand je me disais : il est temps de partir (sauf que là c'étaient voix joyeuses et non gueules mal résignées)
et se préparer à découvrir quelles musiques seront jouées par notre orchestre pour accompagner la lecture par Guillaume Gallienne de «la chaste vie de Jean Genet», titre du long poème que Lydie Dattas consacre à son ami est une nuance espiègle apportée à l'image que l'on prête facilement à l'auteur du Miracle de la rose. Plaquée en bloc par certains commentateurs sur l'oeuvre et sur la vie de Jean Genet, une réputation trop simpliste réduit le personnage. La poétesse Lydie Dattas choisit de montrer la richesse, donc la beauté complexe, de l'homme qu'elle a connu. Sous le nom de Rosalie, elle apparaît doucement à la fin d'une vie qu'elle raconte avec force lumière et grande poésie. Les débuts dans la neige, les fuites par les champs, les cailloux de la colonie de Mettray, les roses aussi partout ; tout est revisité par l'oeil de celle qui sait comment marque une mère, combien compte un enfant. Si ce livre comporte la précision et l'exactitude propres à une biographie, l'amitié qui a lié Jean Genet et Lydie Dattas transparaît non par la complaisance, ni par la nostalgie, mais par le secret. Les faux amis disent tout, utilisent tout ce qu'ils savent pour prouver qu'ils aimèrent ou qu'ils furent présents. Les vrais amis n'ont, eux, rien à prétendre. Aussi Lydie Dattas, en plus de se dissimuler derrière un prénom, évite l'affection pour la garder pour elle, et libère Jean Genet de tout regard pesant (selon le programme lu sur le site du festival) adapté pour la scène par Samuel Jean.
Le spectacle commençait, inhabituellement, de jour, à 21 heures, et je regardais le ciel pâlir, devenir d'une douceur extrême, en accord avec le prélude de Pelléas et Mélisande de Fauré, précédant la tranquille voix douce, soigneusement égale et sensible, sans effets, de Guillaume Gallienne, sa première intervention, la naissance, les jeunes années, et, quand dans le texte vient une allusion aux colonies, l'orchestre prend le relai avec – splendide dans l'espace et le vent – la petite suite pour orchestre «mascarade» de Roussel..
et, magnifiés par le lieu, pendant que les robes longues des violonistes claquaient doucement, que des bras stoppaient brusquement les idées d'évasion des partitions malgré les pinces à linge (un musicien devra, pour le dernier morceau, se tenir à croupetons devant le pupitre du chef pour retenir, par ses deux mains au dessus de sa tête, les feuilles) viendront s'interposer dans le poème, le déroulement de la vie de Genet, la «Fileuse» et la «sicilienne» du Pelléas et Mélisande de Fauré, la «pavane pour une infante défunte» de Ravel, «la mort de Mélissande» toujours de Fauré, le premier mouvement «en bateau» de la Petite suite de Debussy, «aux étoiles» de Duparc, et de Messiaen «prière du Christ montant vers son père»
applaudissements, mérités, et puis parce que les avignonnais étaient contents de se retrouver,
et descente vers la petite fête d'un début de nuit de samedi d'été place de l'horloge

2 commentaires:

arlettart a dit…

Ton mur est en images changeantes...
Comme "les instruments
sans vie"( J'adore ces instants )laissent présager un plaisir

brigitte celerier a dit…

gratitude grande..
je lasse - et encore un jour