samedi, juillet 26, 2014

Avignon – jour 21, plaisir des classiques du 20ème siècle, musicaux, et pas que, puisque mariage de Maria Braun dans la nuit de Saint Joseph


Lassitude grande et découragement au réveil, et puis peu à peu, en me cocotant, en oeuvrant doucement, une envie renaissante devant la vie, malgré le ciel gris.... et découverte tardive des petits concerts donnés à 12 heures 45 au théâtre Notre Dame par UMS ‘n JIP, ensemble suisse de haute tenue, spécialisé dans la musique contemporaine, composé de Ulrike Mayer-Spohn (flûtes à bec et électronique) et Javier Hagen (ténor, contre-ténor et compositeur)
J'ai épluché mes légumes, remplacé le jean à tout faire par une petite robe sous un chemisier (pas si chaud que ça l'air) et m'en suis allée clopin pas trop clopant par les rues, sous ciel gris sur gris, entre touristes et parades, vers le théâtre
plaisir de retrouver l'un des personnages qui ont quitté leur ancien balcon place de l'horloge, avec le changement du propriétaire
plaisir de la jolie toute petite salle
Il y a trois programmes (malheureusement le premier qui comportait Feldman et Stockhausen ne se donne plus) et aujourd'hui c'était pour mon plus grand plaisir Cage/Kagel/Berio/Aperghis (et plus)
c'est à dire : des extraits de Redeübungen fûr Hand and Mund (exercice de la parole pour la main et la bouche) de Dieter Schnebel
Gesti pour flûte à bec alto (en fait plusieurs flutes de toutes tailles, parfois simultanément) de Bério joué simultanément à lecture on nothing conférence donnée par John Cage en 1950 à New-York
Atem de Mauricio Kagel
récitation pour une voix seule d'Aperghis.
J'avais trouvé une vidéo d'un fragment sur You Tube , mais malheureusement d'assez mauvaise qualité, accentuant le silence, aplatissant les sons fragiles ou les gommant (difficile d'enregistrer le souffle retenu dans une flute)

retour rapide pour faire cuisine, manger longuement et lentement, dormir, laisser couler le temps en petites activités, lectures avec grande crainte d'une averse ou d'un orage pour la nuit, grand désir que cela ait lieu Avant... et ce fut le cas un peu avant 18 heures.
J'ai mis une jupe à grosses fronces et beaucoup de tissu pour me tenir chaud, pris petit blouson de soie et accroché un parapluie à mon panier et m'en suis allée dans les rues humides,
vers le Lycée Saint Joseph, l'attente,
la cour, et le mariage de Maria Braun, mis en scène par Thomas Ostermeier, sur un scénario de Peter Märthesheimer et Pea Fröhlich, d'après Fassbinder.
(photo Christophe Raynaud de Lage)
programme sur le site
Durant la Seconde Guerre mondiale, Maria et Hermann se marient dans une mairie fraîchement bombardée. Le lendemain, Hermann doit retourner au front. La guerre finie, Maria qui attend son retour reçoit la nouvelle de sa mort. Parallèlement à sa découverte des règles du marché noir, Maria Braun apprend celles du commerce amoureux. Serveuse dans un bar, elle entame une liaison avec Bill, un G.I. noir. Un soir qu'ils rentrent ensemble, Hermann les attend. Dans la confusion qui s'ensuit, Maria frappe Bill qui en meurt. Endossant le crime, Hermann se laisse mener en prison. Après les grandes figures féminines des pièces d'Henrik Ibsen, Thomas Ostermeier trouve dans la Maria Braun de Fassbinder une autre victime des règles sociales et économiques. Cette fois, le cadre est l'Allemagne d'après-guerre, en pleine transition vers la République fédérale
Dans l'entretien qui figure sur le petit programme de salle, Ostermeier dit Je n’ai pas vu le film avant d’avoir monté la pièce sur le plateau. Je me suis familiarisé avec le sujet avec une amie qui m’a raconté le film, et je me suis procuré le manuscrit. Il s’agit donc évidemment d’une réflexion par rapport au texte et non sur le film
et
On en vient à la question du pouvoir dans notre société, qui, dans la réalité de notre monde capitaliste, est toujours lié au pouvoir économique. En effet, la majorité de la richesse économique dans toute l’Europe est toujours aux mains des hommes. C’est pour cela que cette pièce est encore importante…. Maria essaie de manipuler les hommes qui l’entourent, mais elle ne remarque pas que les hommes la manipulent elle aussi.
Et, j'ai aimé ce que j'avais vu jusque là de lui, mais rarement à ce point.
Il y a toutes ces intentions, il y a aussi un formidable spectacle et des acteurs excellents – une économie de moyen et une efficacité étonnante, qui fait qu'avec une perruque, un bout de costume changé, des talons et une expression un homme devient tout d'un coup la mère ou l'amie de Maria, avant de se retrouver médecin ou époux, qu'il suffit de poser un masque carnavalesque noir quelques minutes sur un visage pour qu'ensuite l'acteur, à visage nu, soit un GI noir, de quelques gestes et quelques regards pour dire ce qui demanderait dix pages.. ils se sont aussi offert le luxe, dans le cours de l'action, lors d'un conflit dans l'entreprise où Maria devient femme d'affaires, de lire, en français, un texte parfait sur la lutte actuelle des intermittents..

salut, et re-salut, et re-salut, public applaudissant debout (sans se précipiter vers la sortie)
et retour dans les rues qui s'endorment déjà à minuit (même la rue des teinturiers)
avec, sur la place, une manifestation chaleureuse (j'ai acheté une crèpe à un stand de gâteaux orientaux) des quartiers en soutien à Gaza, entre gravité et sourires amicaux.

6 commentaires:

arlettart a dit…

Admire l'inventivité pour se faire connaître tout au long des rues et de tes images
Me souviens du film ..tj au fait

brigitte celerier a dit…

grand merci à toi

jeandler a dit…

Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas; à chacun, de menus plaisirs.
Merci à notre élégante festivalière.

Gérard a dit…

en me cocotant ? j'ai cherché je ne vois pas de forme pronominale...aie aie !! tu as quand même des fans au salon de thé.

brigitte celerier a dit…

pas de forme pronominale ? mon ego ne s'arrête pas à ces considérations

Alain L. a dit…

Ah, comme j'aurais aime voir ce spectacle! Et a la fin, la bonbonne de gaz explose, Comme dans le film? C'EST DEMAIN LA FIN, J'ESPERE QUE VOUS N'ETES PAS TROP TRISTE...