lundi, juillet 28, 2014

Avignon – 23 – soleil, vent, marché, musique poésie et Têtes raides devant le mur

Eveil, tranquille lassitude, regard résolument distrait sur le tas d'une semaine de repassage en attente, envie d'oisiveté totale, ma douce et interdite vocation,
mais, nécessité primant, prendre un couffin et m'en aller dans les rues
soleil, vent joueur, ville qui s'éveille, dernières traces du mois...
légumes de plein été, installés,
et vacances imminentes du poissonnier...
emplir, un sac de légumes, patates et fruits, en faire une charge bien lourde
mettre deux petits pageots et trois fromages dans couffin
ne pouvoir assouvir mon envie presque irrésistible de me caler dans ce fauteuil vacant...
et reprendre souffle, à côté d'un vélo que le vent vient de renverser, sur le bord de la place, répartir charge, 
partir tout doux, tout doux, en rencontrant une très distraite affichiste, une dernière parade, avec l’imperturbable sourire des coréens...

rangements, préparation, gros déjeuner, projets de spectacles dans l'après-midi, sieste, sieste, regarder le soleil sortir de la cour 
et puis finalement croire que le concert électro http://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2014/concert-electro-pont-saint-benezet-et-berges-de-l-ile-de-la-barthelasse qui a commencé depuis une heure sur le pont Bénézet me tente, 
sortir des remparts,
voir la file de gens qui prennent le pont, pendant que le vent me salue avec énergie, penser non 
regarder à travers zoom le public par delà le bras du Rhône, et ceux qui, de notre rive, n'entendent guère (moi non plus)
aller, luttant contre vent, qui n'est pas si fort mais bien trop pour moi, vers le pont, et plus loin la navette – me planter là, dans un calme, résistant aux bouffées, me demander si j'ai vraiment envie de cette musique, conclure que non
et repasser la porte du Rhône, penser théâtre, Chêne noir, Mesguich, Pinter, dans un peu plus d'une heure, vaciller un poco, penser basta, reprendre la rue du Limas déserte vers l'antre.
Comme j'avais du temps et aucun désir même infime de m'activer, pour mieux me protéger de ce risque, j'ai fouillé un peu plus le site du festival (très bien fait, bravo) que lorsque je ne cherchais qu'une photo et le texte distribué dans la salle ou le lieu, pour m'éviter la recherche de mes lunettes dans le tréfonds du panier, où j'ai trouvé des vidéos d'extraits de certains spectacles et me suis promenée un peu sur la page http://www.festival-avignon.com/fr/webtv/cat/extraits-de-spectacles devant ce que j'ai aimé, ce que je regrette de ne pas avoir vu…
avant de prendre, vers dix heures vingt, mon dernier billet, mon panier, un châle roulé sur l'épaule et de m'en aller joyeuse, passant devant des restaurants qui fermaient déjà, des collectionneurs d'affiche en action, vers le palais, la cour d'honneur et le concert Corps de mots des Têtes raides. Et puisque Jeanne Moreau qui était prévue (ce qui avait notablement renforcé mon envie de prendre un billet) a dû, il y a une dizaine de jours, se décommander accablée par cette décision, tenant à s'excuser auprès du public du Festival d'Avignon, de toutes les équipes du Festival, d'Olivier Py et de Paul Rondin, des Têtes Raides et de Lydie Dattas
arrivée un peu en avance, alors que ce soir ils n'ont ouvert les barrières qu'au dernier moment, 
attente, à côté d'un danseur indonésien, dansant comme pour lui même, dans le noir, et l'indifférence,


et puis la montée, l'accueil de ce visage sous la voute près de l'escalier qui débouche dans la cour, le mur, de grands abats-jours qui se balançaient dans le vent,
une projection d'une des vidéos expliquant l'intermittence, magnifiée par la taille de son support, et l'arrivée sur scène d'une bonne vingtaine des intermittents
un long silence, une grosse partie du public applaudissant, quelques sifflets, la lecture d'une belle lettre à Aurélie Filippetti, comprenant qu'elle, elle se sent concernée, mais pas au point de s'opposer radicalement,
et après leur départ et une attente, Christian Olivier entrant seul, s'asseyant à la petite table et disant Je suis sale de Lautréamont (photo de Christophe Raynaud de Lage comme la suivante)
entrée, des musiciens, et la nuit, le mur, quelques projections, eux et les poètes Appolinaire, Artaud, Stig Dagerman, Desnos, Dubillard, Queneau, Rimbaud, Marina Tsvetaïwa, Christian Olivier et le condamné à mort de Genet 

Ceci, copié dans l'entretien avec Christian Olivier, en réponse à cette question : qu'est ce qu'un corps de mots ?
C’est le texte. Un poème, une chanson, un récit, c’est de la matière, c’est de la chair. Tous les auteurs que j’ai choisis se réunissent là-dedans aussi. Souvent je trouve qu’en s’emparant de la poésie, on veut trop partir du sens, trop interpréter. Et comme spectateur ça m’ennuie profondément parce que ce n’est pas le but. La poésie même, en son principe, ouvre mille sens. C’est précisément cette valeur qu’il faut préserver en la donnant à entendre. Et je crois qu’on y parvient en laissant le corps s’en charger, en devenant simplement la caisse de résonance. L’approche d’un poème ne peut pas être purement intellectuelle. Lire Antonin Artaud, ressentir ce qu’il écrit, est une expérience vraiment physique. Le sens vient quand on est entré dans la matière, dans l’organique. Roland Dubillard, dans Corps de langouste, résume très bien l’idée que le corps est d’abord une machine. Il s’agit de la laisser tourner toute seule. Le corps se met en route, et apporte une certaine vérité, trouve un chemin. Ce n’est qu’une fois pris dans ce mouvement des sens que des bouts de sens apparaissent.
Et puis, après que soit projetée la vidéo d'Emma avec Jeanne Moreau, la lecture de la nuit spirituelle de Lydie Dattas, et la carcasse Brigetoun entrant en révolution, me faisant trouver, cette fois, interminables (carcasse rend bête et partiale) les retours sur cette beauté interdite aux femmes, privées de tout droit à la spiritualité (j'en étais la preuve).. suivi de Ginette, 
me suis levée pour filer le long du premier rang, au moment des premiers applaudissements, ai voulu applaudir, au bout, près de la sortie, et prendre en photo les saluts, mais me suis heurtée à l'intransigeance d'une jeune tee-shirt rouge, la première désagréable qu'ai rencontré…
alors suis sortie, la seconde, sans participer à la petite joie collective
ai trébuché un peu sur la calade dans la nuit, me suis retournée pour voir le début de la sortie du public, ai fait mes adieux au festival et suis rentrée, poussée par le petit vent.

4 commentaires:

arlettart a dit…

Bel Adieu il me semble !!de tout ce que tu as vu et partagé
le reste... en imagination de plaisir
Encore Bravo et Grande reconnaissance

jeandler a dit…

Vive le Festival. À l'année prochaine.
Merci pour la vivante chronique tenue sans répit malgré l'évidente fatigue.

brigitte celerier a dit…

grand merci à vous et aux lecteurs lutes mais enregistrés pour l'aide apportée

tanette2 a dit…

J'arrive juste pour le clap de fin...Je te souhaite une bonne semaine de repos.