lundi, juillet 21, 2014

Avignon – jour 16 – jour de blanc oubli de tout, orage et musique aux Célestins

ciel blanc, puis bleu passagèrement, espoir se frayant un passage, puis gris sombre, attente de l'orage ou de la pluie annoncée
somnolence, et désir d'y céder pour y puiser éventuellement une lucidité future
espérer que le ciel n'empêchera pas la musique se souvenant des appels des muezzins et autres aux Célestins, dans la nuit
regarder les programmes, faire projets, et entendre tonnerre et pluie en force, abandonner, rassembler impedimenta pour les 18 heures de spectacles de lundi (avec retour après 4 heure du matin si j'ai constance)
se rendormir, vaquer tout doux
après deux ou trois réveils dans la violence du ciel, flotter en surface vers dix sept heures, voir la pluie diminuer, une timide lumière toucher les murs avant dix huit heures,
faire thé, préparer souper,
écouter assemblée (l'autre nuit, bagarre des régions) en commençant un album des images du festival – sentir, incroyablement, mes yeux tirer sur leurs orbites encore un peu dans leur désir de sombrer dans le crâne
et à l'orée de la nuit, partir pleine d'espoir, avec manches longues et parapluie, rencontrant des flaques, des affiches qui s'abandonnent, des cieux merveilleux,  et un air frais fouetté de petit vent,
vers la place des Corps Saints, le cloître des Célestins, le premier des cinq programmes intitulés cinq chants repris de Royaumont
le premier, l'un de ceux auquel je pourrai assister : Oracion donné la veille à Aix-en-Provence
La question d'Oración (création 2014) serait : comment les grands chants monodiques que sont la saeta flamenca andalouse et l'Adhan (l'appel du muezzin) toujours bien vivants, inspirent-ils les trois grands compositeurs des mondes arabes Ahmed Essyad, venu du Maroc et connu de la scène de musique contemporaine (élève et disciple de Max Deutsch, dans la lignée de Schoenberg – musique vocale et électroacoustique) , Fawaz Baker, architecte et musicien syrien, joueur de oud, musicologue (mène toujours une recherche profonde sur la géométrie des intervalles en musiques orientales), et Amir El Saffar, Irako-Américain vivant à New York, trompettiste, joueur de santur et chanteur (a créé de nouvelles techniques pour jouer les micro-intervalles et les ornements caractéristiques de la musique arabe, mais qu'on n'entend habituellement pas à la trompette.) ?
interprètes, outre les platanes qui cette nuit étaient très discrets en l'air mort,
Tarek Assayed au oud 
et le Quatuor Tana : Antoine Maisonhaute (1er violon), Pieter Jansen (2e violon), Maxime Désert (alto), Jeanne Maisonhaute (violoncelle)
et les chanteurs Khaled Hafez, Jésus Méndez et Eva Zaicick.
ma foi, serais bien incapable de décrire ce que j'ai entendu, juste dire que même si peu à peu le froid (j'avais eu l'outrecuidance de refuser une couverture) faisait que mes pieds devenaient de glace, j'étais dans le bonheur et l'attention
Il y avait, en première partie, un flamenco lancé vers le ciel par dessus les platanes, par Jésus Mèndez, l'arrivée de Khaled Hafez, de Tarek Assayed et son oud, de Fawaz Baker à la contrebasse, les instruments soutenant en beauté le chant profond et tendre, tendu, voué à l'amour
et d'autres chants, passant de l'amour profane au religieux, les deux chanteurs se répondant, superposant leurs voix
Il y a eu en seconde partie l'arrivée du quatuor, le retour de Khaled Hafez et son chant, soutenu, orné, par le santur d'Amir ElSaffaz, enchaînant les airs, la poésie, sans nous laisser le temps d'applaudir, et c'était somptueux, les violons en accompagnement dissonant, le violoncelle se rangeant sur le santur et le chant, et rejoignant parfois les cordes
Il y a eu enfin une belle pièce instrumentale, contemporaine, de Ahmed Essayad, et tout aussi beau, un air, un peu opératique, du même compositeur, chanté par Eva Zaïcik, cheveux de feu doux, robe noire, voix allant du grave à une clarté de soprano..
Il y a eu des applaudissements nourris, le compositeur venant embrasser ses interprètes
les autres musiciens les rejoignant
et Brigetoun découvrant que genoux et pieds étaient engourdis de froid, rentrant avec une démarche étrange, commandant, en constant déséquilibre, ses jambes par l'énergie de ses épaules.
Il y a dîner et dormir vite, faire cuire gamelle de pâtes pour demain, dormir et partir vers neuf heures vers la Fabrica et la durée d'Henri VI. 

6 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Henri VI semble exagérer, non ?

brigitte celerier a dit…

première oeuvre - la fougue de la jeunesse (et en fait ce sont trois pièces)

florence a dit…

aurais aimé assister à ce concert, cette musique mélangée, ces voix d'amour et d'orient, que vous décrivez si bien.

jeandler a dit…

Six heures sans compter les entractes ! Henri le sixième . Courage.

brigitte celerier a dit…

ce n'est plus six mais dix huit heures (mais avec entractes qui ne justifient pas la différence) il a monté la pièce peu à peu, là on a les trois pièces intégrales (ne manque plus qua Ricgard III pour la tétralogie)

Lavande a dit…

Originale votre dernière photo. Qui a dit que la majorité des spectateurs , à Avignon, étaient des spectatrices?
Bon courage. De retour à Grenoble, je vous envie.