ciel blanc, puis bleu
passagèrement, espoir se frayant un passage, puis gris sombre,
attente de l'orage ou de la pluie annoncée
somnolence, et désir d'y
céder pour y puiser éventuellement une lucidité future
espérer que le ciel
n'empêchera pas la musique se souvenant des appels des muezzins et autres aux Célestins, dans la nuit
regarder les programmes,
faire projets, et entendre tonnerre et pluie en force, abandonner,
rassembler impedimenta pour les 18 heures de spectacles de lundi
(avec retour après 4 heure du matin si j'ai constance)
se rendormir, vaquer tout
doux
après deux ou trois
réveils dans la violence du ciel, flotter en surface vers dix sept
heures, voir la pluie diminuer, une timide lumière toucher les murs
avant dix huit heures,
faire thé, préparer
souper,
écouter assemblée
(l'autre nuit, bagarre des régions) en commençant un album des
images du festival – sentir, incroyablement, mes yeux tirer sur
leurs orbites encore un peu dans leur désir de sombrer dans le crâne
et à l'orée de la nuit,
partir pleine d'espoir, avec manches longues et parapluie,
rencontrant des flaques, des affiches qui s'abandonnent, des cieux
merveilleux, et un air frais fouetté de petit vent,
vers la place des Corps
Saints, le cloître des Célestins, le premier des cinq programmes
intitulés cinq chants repris
de Royaumont
le
premier, l'un de ceux auquel je pourrai assister : Oracion
donné la veille à
Aix-en-Provence
La question d'Oración
(création 2014) serait : comment les grands chants monodiques que
sont la saeta flamenca andalouse et l'Adhan (l'appel du muezzin)
toujours bien vivants, inspirent-ils les trois grands compositeurs
des mondes arabes Ahmed Essyad, venu du Maroc et connu de la scène
de musique contemporaine (élève
et disciple de Max Deutsch, dans la lignée de Schoenberg – musique
vocale et électroacoustique) , Fawaz
Baker, architecte et musicien syrien, joueur de oud, musicologue
(mène toujours une recherche profonde sur la
géométrie des intervalles en musiques orientales),
et Amir El Saffar, Irako-Américain vivant à New York, trompettiste,
joueur de santur et chanteur (a créé de
nouvelles techniques pour jouer les micro-intervalles et les
ornements caractéristiques de la musique arabe, mais qu'on n'entend
habituellement pas à la trompette.)
?
interprètes,
outre les platanes qui cette nuit étaient très discrets en l'air
mort,
Tarek Assayed au oud
et
le Quatuor Tana : Antoine Maisonhaute (1er violon), Pieter Jansen (2e
violon), Maxime Désert (alto), Jeanne Maisonhaute (violoncelle)
et les chanteurs Khaled
Hafez, Jésus Méndez et Eva Zaicick.
ma foi, serais bien
incapable de décrire ce que j'ai entendu, juste dire que même si
peu à peu le froid (j'avais eu l'outrecuidance de refuser une
couverture) faisait que mes pieds devenaient de glace, j'étais dans le bonheur et
l'attention
Il y avait, en première
partie, un flamenco lancé vers le ciel par dessus les platanes, par
Jésus Mèndez, l'arrivée de Khaled Hafez, de Tarek Assayed et son
oud, de Fawaz Baker à la contrebasse, les instruments soutenant en
beauté le chant profond et tendre, tendu, voué à l'amour
et d'autres chants,
passant de l'amour profane au religieux, les deux chanteurs se
répondant, superposant leurs voix
Il y a eu en seconde
partie l'arrivée du quatuor, le retour de Khaled Hafez et son chant,
soutenu, orné, par le santur d'Amir ElSaffaz, enchaînant les airs,
la poésie, sans nous laisser le temps d'applaudir, et c'était
somptueux, les violons en accompagnement dissonant, le violoncelle se
rangeant sur le santur et le chant, et rejoignant parfois les cordes
Il y a eu enfin une belle
pièce instrumentale, contemporaine, de Ahmed Essayad, et tout aussi
beau, un air, un peu opératique, du même compositeur, chanté par
Eva Zaïcik, cheveux de feu doux, robe noire, voix allant du grave à
une clarté de soprano..
Il y a eu des
applaudissements nourris, le compositeur venant embrasser ses
interprètes
les autres musiciens les
rejoignant
et Brigetoun découvrant
que genoux et pieds étaient engourdis de froid, rentrant avec une
démarche étrange, commandant, en constant déséquilibre, ses
jambes par l'énergie de ses épaules.
Il y a dîner et dormir
vite, faire cuire gamelle de pâtes pour demain, dormir et partir
vers neuf heures vers la Fabrica et la durée d'Henri VI.
6 commentaires:
Henri VI semble exagérer, non ?
première oeuvre - la fougue de la jeunesse (et en fait ce sont trois pièces)
aurais aimé assister à ce concert, cette musique mélangée, ces voix d'amour et d'orient, que vous décrivez si bien.
Six heures sans compter les entractes ! Henri le sixième . Courage.
ce n'est plus six mais dix huit heures (mais avec entractes qui ne justifient pas la différence) il a monté la pièce peu à peu, là on a les trois pièces intégrales (ne manque plus qua Ricgard III pour la tétralogie)
Originale votre dernière photo. Qui a dit que la majorité des spectateurs , à Avignon, étaient des spectatrices?
Bon courage. De retour à Grenoble, je vous envie.
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