mercredi, juillet 23, 2014

Avignon – jour 18 – Lâcheté de Brigetoun et la ronde du carré ou o kyklismos tou tetragonou


Brigetoun, lâche, trop lâche, si lasse, ou le croyant
a sorti un jean propre, changé de tee-shirt, regardé son billet pour le dernier des sujets à vif, regardé de quoi il s'agissait, trouvé cela assez séduisant dans la mesure où elle pouvais deviner quelque chose, 
s'en est allée sous le beau reste de vent qui brassait les nuages et la lumière
et rejetait la côte de veau.
Mais je, Brigetoun, au bout de cent mètres, ai senti mes membres retrouver pesanteur trop grande, ai repensé avec honte à l'énergie de la salle de la Fabrica à quatre heures du matin et à mon incapacité à puiser force pour y tenir part audible...
ai rencontré un pauvre seul musicien qui attendait ses compagnons dans la foule indifférente, semble-t-il, au festival, simplement heureuse de ce jour de vacance..
me suis sentie aussi vaillante momentanément que le violoncelle gisant, 
me suis souvenue que dans la file d'attente l'autre soir devant les Célestins mes voisins (ne voulais pas me souvenir que ne semblaient pas partager avec moi même vue du monde) avaient détesté l'une des deux propositions des sujets... 
et j'ai décidé de ne pas lutter, ai tourné au bout de la place, suis redescendue vers l'antre
sans que leur invite à les suivre me détourne de mon chemin.
Me suis rencognée dans mon absence à tout, ai attendu la fin de journée pour enfiler une robe et m'en aller, à côté, dans le vent tombé, vers l'opéra et les trois heures de o kyklismos tou tetragonou mots qui avaient séduit mon ignorance (mes regrets de ne pas avoir fait de grec...) plus que la ronde du carré
en tout petit comité, qui n'arrivait pas à remplir le parterre et le centre du balcon - et avec des sorties en cours (surtout la première heure) assez nombreuses.
photo Vassilis Makris
et, non moins paresseusement, je reprends ce qu'en dit le site du festival, qui me laissait interrogative, vaguement..

La Ronde du carré, pièce ample et terrifiante, est basée sur un principe de répétition et de combinaison de quatre scènes initiales, quatre situations amoureuses en apparence banales. Il y a d'abord Verte qui veut revenir vivre avec Vert, à n'importe quel prix ; Vert fixe un prix impossible à payer. Il y a ensuite Jaune et Rouge, qui se demandent lequel des deux est le plus aimé par Bleu, et qui vont trancher. Puis il y a Violette, qui a quitté Violet après des années de mariage pour pouvoir vivre avec Gris, lequel n'est pas prêt à franchir le pas de la vie en commun. Enfin il y a Noir, qui veut percer, à son profit, le secret de Ciel, qui n'arrive pas à faire jouir Cielle. Les variations à l'infini de ces événements conduisent peu à peu à un effet de concentration et de précipitation et provoquent l'effroi. Chaque personnage ne peut résoudre les problèmes auxquels il est confontré. Les paroles ne peuvent se taire et finissent par se muer en un cri qui reflète la lutte menée par chacun pour répondre de son existence et de ses actes. En provoquant, puis en acceptant la catastrophe, chacun donne à sa voix la possibilité même de continuer à s'exprimer ; chacun touche la mort, chacun la dépasse en annulant la banalité. Dimitris Karantzas exige de ses acteurs une conscience aiguë des situations de jeu qu'ils développent avant d'être face au public. …
Alors, surprenant... un plateau très nu sur lequel flottent des sièges, l'entrée progressive de huit hommes et trois femmes, qui tournent un peu en rond, se regardent furtivement, prennent un air dégagé, un peu comme un groupe d'invités qui ne se connaissent pas et que personne n'accueille, l'amphitryon les ayant abandonnés. Et puis un premier dialogue qui se noue, et les prises de paroles successives auront lieu entre des gens éparpillés sur la scène. Dialogues prononcés avec une certaine réserve alors que se disent des choses importantes, une femme qui revient chez son mari et ses enfants après avoir loupé de façon sordide son désir d'aventure, un couple venu consulter un sexologue, une femme et son mari après la découverte de l'aventure qu'elle a avec leur meilleur ami, et un couple d'hommes amoureux tout deux d'un troisième se disputant son amour exclusif, et dans chaque cas les réactions assez terribles
On suit cela avec un intérêt assez distrait... et puis cela recommence, mêmes mots, autre disposition, ton et gestes plus virulents.. et puis cela recommence avec une partie des phrases, l'inversion de la situation du premier couple, des phrases qui sont reprises par d'autres acteurs, en coeur ou en les incorporant à leur propre échange... et puis cela recommence...
on se tue aussi, et les corps s'allongent avec componction, lenteur et soin de leur apparence..
décroché parfois, curiosité qui retient, acteurs également, et de plus en plus d'intérêt pour ce qui est une prouesse de composition, qui est plus encore, une galerie des possibles, et très cruel.
Saluts relativement fervents du petit public, un rien perplexe tout de même de Brigetoun
perplexité partagée par mon vieil ami Molière.

5 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Revenir aux classiques ?...

brigitte celerier a dit…

utiliser billets achetés et forcer mon désengagement pour rogner un eu le tas d'envies inassouvies- ça sent très fort la fin et on croise des valises

arlettart a dit…

Comme un mauvais rêve en situations bloquées...
Déjà les valises? avec lassitude alors?

Gérard a dit…

..tu connais Molière ..c'est fabuleux !!

brigitte celerier a dit…

nous sommes très familiers, je l'encourage à tenir sous la lanterne qui le menace