mardi, juillet 08, 2014

Avignon jour 3 – abandon, orage, le sorelle Macaluso et une Brigetoun bétassou

Brigetoun en vieille femme lâche, avant même de voir l'état du ciel, dans un éclair de lucidité entre deux assoupissements (carcasse ne désirait qu'absence voluptueuse) a renoncé à utiliser le premier billet du jour
parce que, bien entendu désir venant des mots : chapelle des pénitents blancs, et Novarina, mais Falstafe est bien indiqué partout comme spectacle jeune public... et carcasse disait que, quoique j'en pense, je n'entrais pas dans cette catégorie
parce que lassitude déjà et près d'un kilo semé en trois jours, alors que point trop n'en ai, parce que battement de temps entre le retour et le départ en début d'après midi vers le lycée Mistral ne me permettait pas déjeuner tranquillement dégusté...
et puis en sortant dans la rue pour teinturier et pharmacien, ce ciel
et les petites ondées qui faisait fuir les rares passants dans les rues vides où jouait un ventelet bien frais, 
et par chance choisissaient les moments où j'étais dans une boutique…
grondements au dessus de la place
avancer à grands pas en admirant le courage de la seule parade réfugiée sur le perron de la mairie.
Avec ou sans intermittents (les interventions dans les spectacles se bornent à la diffusion d'un enregistrement, peut être la coordination est-elle partie vers d'autres lieux) cela va être une triste année pour les commerçants et les troupes (mon agoraphobie du coup se tient tranquille)
et bon gros orage déclenché dès mon retour, s'abattant sur la cour noyée d'obscurité presque inquiétante..
écouter Xavier de La Porte qui explique comment l'orage le prive de courant et de platane pour son émission sur France Culture, et, courant revenu, tonnerre parti nous laissant la pluie, pendant qu'il parle avec Anne Alvaro (appris que la représentation du Prince, qui semble-t-il avait la grâce d'un public fervent, a été interrompue par le déluge dru, de très belle façon, au court du quatrième acte qui ne fut pas), faire cuisine en regardant l'eau tenter de s'infiltrer sous la porte, et le minuscule ruisseau qui y parvient...
déjeuner anormalement tôt...
sermonner carcasse, garder pantalon de coutil avec lequel je vaque, enfiler tee-shirt neuf, saharienne de toile, entortiller dernier foulard créé par ma nièce, prendre parapluie, vieilles tatanes et courage,.. l'envie, elle, était là après avoir lu ce que je trouvais sur le site du festival.... 
sous la pluie obsédante, dans la fraîcheur, enfiler la déserte – mais elle l'est toujours passablement, passées les boutiques de mode – rue Joseph Vernet – une pensée nostalgique pour les expositions, les rencontres avec metteurs en scène de l'école d'art déportées maintenant vers la FabriKa ou l'Université - pour aller,
dans le gymnase du Lycée Mistral, assister à le sorelle Macaluso, le spectacle d'Emma Dante et de sa troupe palermitaine.
Photos Clarissa Cappellani
Gina, Cetty, Maria, Katia, Lia, Pinuccia et Antonella., sept soeurs, suspendues entre la vie et la mort, se chamaillent et se souviennent. Fantômes de vieilles filles siciliennes ou pléiades contemporaines, elles semblent rejouer sans cesse les mêmes histoires. Une en particulier, pivot tragique de leur vie. Un jour, à la mer, deux soeurs jouent : une mourra noyée, l'autre sera considérée coupable et, à ce titre, excommuniée. Le drame fait dérailler l'histoire de cette famille condamnée à errer, à tourner en boucle au rythme des enterrements et des souvenirs rabâchés. Comme toutes les anecdotes que les sept soeurs narrent, miment ou vocifèrent, cette scène inaugurale est farce et tragédie. Alternant légèreté, fureur et ironie, les soeurs mettent leur corps en jeu. Elles disent autant qu'elles vivent la solidarité et la rancoeur qui les lient. Coincées dans une jeunesse à la fois ingénue et perverse, elles peinent à incarner les femmes que leur mère leur demande de devenir. (sur le site du festival)
noir – des écus de fer blanc martelé au sol en bordure de scène – entre une fille cheveux défaits, pantalon et chemise noire qui se met à danser (on découvrira plus tard que c'est Maria, celle que l'on enterre ce jour là, qui a toujours rêvé d'être danseuse).. entre un groupe de danseurs, même tenue, déplacement en choeur, marche martelée, quatre s'en détachent pour un combat dansé avec les écus et des épées qui étaient posées à terre, comme les marionnettes, avant que les sept filles restent seules en scène, debout, en file face à nous, enlèvent en plaisantant, riant, leurs pantalons et chemises pour se retrouver en petite robe et que peu à peu les souvenirs viennent.
Un moment où l'on hésite un peu à entrer dans leur jeu comme quant on tombe par hasard face à un groupe qui parle, échange, et que l'on se sent exclus... et puis ça vient, le texte sait peu à peu nous englober, il y a leur jeu, la Katia qui est si moche, la vieille fille, Gina (et son fils mort qui voulait ou qu'elle voulait être champion de foot) et l'handicapée Lia, sa gouaille, ses grands rires, et sa voix qui est celle de Gelsemina, ou presque.
Pauvreté ou presque misère, tradition (et dialecte sicilien, ce qui m'a autorisé à ne pas tenter de comprendre sans traduction, et constater qu'en étais incapable, ou d'être en certitude de ce que j'entendais), fratrie et deuil, humour, férocité, joie explosive et sanglots, souvenirs enfouis et tristesse – et puis les parents bien entendu, leurs spectres.. le père, le ramasseur de merde humilié, la mère morte jeune, belle et pleine d'attention quand elle était là, quand elle revient consoler, faire l'amour avec son mari et conseiller ses filles
noté dans l'entretien avec Emma Dante
La famille, c’est le vide et leur maison est plus un état d’âme qu’une maison authentique.
Et puis la Méditerranée . La mort fait partie de la vie domestique, elle est présente dans toutes les maisons où sont placés de petits autels - ce prolétariat et la poésie qui en émerge etc...
applaudissements
et sortie devant un ciel qui se souvient que la lumière existe
et, après avoir admiré la dernière oeuvre exposée chez Lambert, pour un temps, retour par la rue de la République en train de sécher, en ayant fortement l'impression d'être ramenée à la fin des vacances d'enfant, en août, dans les rues d'Evian... 
navrance pour les troupes… ai pensé que devrais aller voir quelque chose, mais comme n'avais noté aucun horaire, suis descendue vers l'antre, pendant que des trous bleus s'amorçaient dans le ciel
et j'ai trouvé un rayon de soleil sur mon coin de rue.
Préparer ceci, faire cuire patate et morue, prendre mes notes sur le off, décider d'aller voir à 18 heures 20 l'enfant de demain, adapté par Serge Amisi d'après son livre, ancien enfant soldat au Congo, joué par lui et par Mathieu Genet qui met en scène..
et suis partie, d'un pas moins flâneur que ne l'avais décidé parce que le ciel s'était refermé, que l'air était humide et frisquet
dans les rues dépouillées d'affiches, marchant sur leur retour vers la pâte à papier
suis arrivée avec un quart d'heure d'avance à la Condition des soies et me suis immobilisée une minute, entre rire et juron, me souvenant soudain que le spectacle se joue à la Chapelle du Verbe Incarnée.
Fière de moi parce que, grâce au plan qui commence à être dessiné dans un coin de mon crâne, ai taillé la route, un peu essoufflée parce que j'ai renseigné un bonhomme perdu tout en maintenant le rythme, et qu'il insistait pour philosopher
ai tourné triomphalement le coin des teinturiers en version automnale à 18 heures 16,

suis arrivée à 18 heures 18 devant le guichet pour apprendre que la troupe faisait grève. Un petit moment d'échanges enjoués avec les gens du théâtre et des spectateurs éconduits.... j'avais prévu un choix de trois spectacles aux alentours de 20 heures 30, à distance raisonnable pour la suite, mais ma cervelle ne me proposait rien avant cette heure ou 19 heures 30 pour Césaire à la Maison de Poésie... ai lâchement renoncé, suis rentrée, me suis fait un second thé, ai décidé que, tant pis pour les troupes (eu quelques échanges navrés), la vieille Brigetoun se rencognait, dormait, rêvait, vivait tranquilo cette fin de jour.

Ce soir je vais à Boulbon, je veux ciel bleu s'évanouissant dans la nuit, cigales et pierres relâchant la chaleur du jour...

5 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

La Cour d'honneur est souvent soumise aux caprices de la météo (après ceux de Marianne).

C'est souvent un acte imprévu ou intermittent.

brigitte celerier a dit…

y a pas que la cour
et, égoïstement (parce que je me demande surtout si la ville et les compagnies se remettront de ce festival - un tiers de gens en moins en gros)
aimerais défaillir de chaleur et voir visages plus joyeux
et moins égoïstement aimerais marcher moins facilement dans les rues

arlettart a dit…

Mistalou frais arrive et l'espoir avec ...
Bien aimé les soeurs et la famille exubérante
Courage Amie

jeandler a dit…

Tout irait-il à vau-l'eau en ce festival ?

Gérard a dit…

Brigetoun bétassou..tu me fais rire...les sept sœurs sont pas mal non plus.