vendredi, juillet 25, 2014

Avignon – jour 20 – décrue festival et paquets touristes éphémères, paresse, et ni les pauvres gens dans un gymnase, ni AlefBa aux Célestins

Matin, découvrir la minuscule rose qu'a pu enfin donner le dernier rosier, après toutes les grosses mortes avant leur heure,
tenter de détendre muscles sans qu'ils s'effondrent
penser il y a tas de repassage, il y a un paquet depuis une semaine en attente à la grande poste là bas au bout marche et longue file dans le vertige de la grande salle, il y a lectures... ne désirer que sommeil
laisser passer temps, dire mañana, avec petite honte, toute petite
et partir, tout de même avec deux robes trop précieuses pour que m'en charge, une jupe, deux draps dans les rues
où rencontrer des affiches de spectacles que même avec temps et force je n'irais pas voir
où rencontrer de rares murs d'affiches encore presque fraîches
où rencontrer de rares et courageux comédiens distributeurs de tracts
où rencontrer des traces des manifestations passées
où rencontrer encore de petites effervescences devant des théâtres
et, rue Joseph Vernet, entrer, par caprice, dans toutes les boutiques, sauf les deux qui soldent leurs vêtements à plusieurs centaines d'euros, pour vérifier que plus rien dans les soldes des soldes n'est à ma taille, à l'exception d'une robe qui faisait de moi un cadavre de bonne famille, regagner l'antre, d'un pas redevenu de plus en plus ferme, croiser des départs
faire cuisine, regarder avec respect la montagne de repassage, décrocher une vieille et bien aimée tunique pour le soir... laisser couler temps en paresse 
et partir, me sentant sure de moi, avec l'envie réelle d'assister au gymnase du Lycée Saint Joseph (avec petite atmosphère des Teinturiers en prime) aux Pauvres gens parce que Victor Hugo, parce que monté par Denis Guénoun avec les régisseurs et chefs machinistes formés en 2013 et 2014 par l'Institut Supérieur des Techniques du Spectacle, et qu'ils me fascinent, parce que j'aimais ce que dit Denis Guénoun du travail avec eux, et du poème, et de la bonté, et de l'éthique, dans l'entretien à télécharger http://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2014/les-pauvres-gens

seulement, un peu après m'être arrêtée devant ce beau vélo (ce sont les sacoches qui me séduisaient), en débouchant au bas de la place de l'horloge, j'ai été prise dans un petit remous, bousculée, et carcasse s'est souvenue qu'elle était faible.
Décidée, j'ai continué, trouvant cependant que le sol était un peu flou, que ma vue l'était non moins, que l'air puait...
ai souri aux repasseuses (pensé aux malheureuses qui doivent se livrer à cette occupation dans notre cagna)
mais juste après ces deux jeunes femmes conquérantes, est-ce le contraste, je n'étais plus que panique... me suis appuyée au mur, aspergée, ai pris un menthos, regardé, vu une jeune femme plongée dans la bible du off, lui ai proposé mon billet, et toute contente qu'elle l'ai accepté sans faire d'histoire, suis rentrée, lentement, très lentement....
sans renoncer au concert du soir… pour dire adieu à mes chers Célestins.. et parce que c'était cela
AlefBa, créé au Festival d'Aix-en-Provence en 2013, est un « oratorio de la rue » imaginé par Fabrizio Cassol. Cette rencontre transculturelle réunit onze musiciens d'Europe, d'Égypte, de Syrie, du Liban, de Turquie, d'Irak et des États-Unis. Véritable recherche musicale collective, elle aboutit à un nouvel alliage sonore, qui combine les micro-intervalles des maqâms avec ceux de la musique européenne, les rythmes du jazz et du rock avec ceux des musiques proche-orientales. À Royaumont, AlefBa a fonctionné comme une membrane vibrant de toutes les ondes émises par la place Tahrir au Caire : lors des répétitions les musiciens égyptiens recevaient les échos des manifestations sur leur téléphone
mais effondrement c'était, et vrai effondrement.. et lâchement je ne me suis pas forcée à passer outre, ai rependu la tunique et le pantalon, remis la robe légère que portais depuis le matin, d'autant que j'avais découvert sur You Tube, cet enregistrement réalisé en juillet 2013, à Aix, par les mêmes musiciens
l'ensemble Aka Moon : Fabrizio Cassol (saxophone), Stéphane Galland (batterie), Michel Hatzigeorgiou (fender bass) 
Et Khaled Aljaramani (oud, voix), Emmanuel Baily (guitare), Cheikh Ehab Younes (voix), Amir El Saffar (trompette, santur, voix), Tcha Limberger (violon, voix), Magic Malik (flûte, voix), Ahmet Misirli (derbuka), Mustapha Saïd (voix et ouf)

alors, honteuse, navrée, mais résignée et finalement résolument benoîtement, me suis installée devant, essayant de m'imaginer que j'étais dans la magie des Célestins, les platanes restant silencieux dans le manque d'air...
Me souhaite meilleure forme demain, et vais m'économiser au maximum pour tout, hors le spectacle d'Ostermeier le soir dans la cour du Lycée Saint Joseph.
Et de trois billets non utilisés (enfin pour les pauvres gens ce n'est pas tout à fait vrai)

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci à vous d'être là avec tant de sensibilité et d'intelligence.
On est découragé de lire ces blogs d'Avignon un peu (beaucoup) réac où seul, le passé compte ; un passé sublimé.
Merci pour toute cette émotion que vous nous donnez.
Vous semblez vibrer à toute sollicitude.
Vous êtes là à Avignon, maintenant, et vous en rendez l'âme

jeandler a dit…

On brade, on marche, bientôt au but.

époké a dit…

et surtout ne vous épuisez pas on a besoin de votre regard!

Alain L. a dit…

Excusez-moi, je ne vais pas souvent lire votre blog. C'est dommage car il est formidable. Merci de retracer aussi minutieusement votre parcours au sein du festival, jour après jour. Merci de ce travail colossal. Grâce à vous, on découvre sans cesse tout ce qu'on aurait pu voir et qu'on n'a pas vu (pour diverses raisons: éloignement, paresse...). J'aime bien votre relation entre autres du Mahabharata (que j'ai aussi vu, mais... de plus loin!). Une lacune: vous n'avez pas vu Hypérion? ceci dit en riant, car vous en avez bien assez vu comme ça!

joye a dit…

Tu as bien fait de sécher le bal des couillons, c'est pas pour toi, en tout cas.

Moi, je ne suis pas fragile comme toi, mais je ne tiendrais pas le pas de tes rythmes !

Alors, pas de honte, hein ? Tu es une guerrière pour les arts !

Repos, guerrière.

brigitte celerier a dit…

il faut faire des choix.. en se trompant parfois, et j'ai toujours une hésitation pour Benoit XII où les spectacles sont souvent très bons mais où il m'est arrivé d'avoir des débuts de malaise (fatigue, trotte aux heures chaudes et clim )
ai regretté

Gérard a dit…

J'aime bien tes photos de rue..même les couillons.