samedi, août 02, 2014

En lisant les vases résistants


Comme c'était un premier vendredi du mois, me suis préparée, matin, à une vie de nonnette studieuse en son scriptorium
Bien sûr je me moquais un tantinet de moi, parce que mon séjour en cette lecture, même attentive, serait bref
Mais, malgré la décrue des vases (j'ai dû passer jeudi soir plusieurs années en revue et j'ai été éblouie par la longueur de certaines listes passées), il restait une belle grosse poignée de valeureux, parmi les meilleurs selon moi, pour échanger, bellement, en ce premier jour d'août..
à déguster tranquillement
Il y a eu :
enfance ?
requin requin voix chantée d'un enfant
avançant en courtes phrases ou segments de phrases, comme toujours, de strophes en strophes, ponctuées par un quasi refrain qui a toujours comme fin requin requin la voix chantée d'un enfant – une fenêtre éclairée, la nuit d'un jardin, les rues chaudes, un terrain blanc, une voix, raconte l'histoire avec des musiciens, l'histoire d'un homme d'orage... vous laisse découvrir.
Je ferme les yeux plantes arbustes herbes vivantes envahissent la fenêtre du train – j’isole une image – le laurier rose fleur guerrière d’Appolinaire – la répétition de l’obscurité – je dessine des formes disparues – ici une personne aimée son sourire ici un passage de pierre des marches ici une ville et ses lumière – ici un arbre ses fleurs tombées – puis quelques mots.
et
un été 14 de bleuet coquelicot
un été 14 vu par la petite qui suit sa mère, la famille, le personnel de la ferme aux champs - la chaleur sur les corps au travail, et soudain le tocsin – la petite qui découvre le désarroi des adultes –
la petite une semaine plus tard donnant la main à la moisson en l'absence des hommes – les lettres, l'avancée de l'été,
Les moissons sont presque terminées, heureusement car la pluie dégringole, froide, drue dans le dos de la petite. Elle brave pourtant l’orage, fièrement, pour donner du fourrage aux chevaux de la cavalerie française. Ils ont encore fière allure avec leur robe luisante. Pendant que les soldats bouchonnent leur monture, la mère  leur fournit des œufs et de la paille sèche pour dormir. La petite rit beaucoup en les écoutant se plaindre des gros rats «au moins un mètre de la tête à la queue» qui , la nuit, leur tombent sur le visage dans leur gourbi. Les rats, la petite les croise tous les jours dans la grange, ils font cache-cache, elle n’a pas peur. Ceux-là remontent de la rivière, dit maman, car la terre est bousculée par la guerre, ils se réfugient dans les tranchées, pour se nourrir. Normal, pense la petite, les rats aiment les tranches autant que les croûtons.
Etc... et pour nous aider à vivre (ne peux dire revivre) cet été à travers ses mots, Eve y joint des photos personnelles de ce temps là.
silence
l'ombre disparue
de l'herbe et du sable, un ciel bleu, un petit baobab photographié par Cécile Benoist, et pas d'ombre
adresse méditative au petit baobab
Et des images défilent, je te vois dans quinze, vingt, cinquante ans. Des enfants jouent autour de toi, une vieille vient chercher tes fruits pour soigner sa petite-fille, une jument se repose sous tes branches, un cultivateur déjeune dans ton ombre. Un voyageur écoute ton silence. Comme moi.
et
silence sauvage
sieste dans un pré, rêve où la nature se retrouve ensauvagée et réveil dans un début de tempête, tenter de la fuir, se retrouver corps seul, proie de la pluie, du vent, voir la foudre
Je crois bien que j’avais la fièvre. J’ai tout de même bien fait de rester à cet endroit. L’arbre où je m’étais réfugié un instant auparavant a été illuminé, enveloppé. J’ai entendu un déchirement affreux. L’arbre s’est abattu quelques instants plus tard. L’orage est parti aussi subitement qu’il était venu. Et, il n’y avait plus de vent. 
écrits en cours
conte de l'homme qui dort
avoir son homme qui dort, en soi,.. et non je ne dirai pas ce qui en découle, allez lire le sage conteur, profiter de déroulement de ce qui sous-tend le conte, de cet homme qui dort, de nos rapports avec lui, le nôtre, quand en avons un, etc...
Je progresse dans l’écoute de mon homme qui dort. J’ai relu les livres qui en parlent: ils sont peu nombreux. Dans ces moments où le retrait vous prend vous-même, vous pouvez vous concentrer sur la cessation même – c’est lui, il est là. Je gagne sur moi-même: c’est de l’abandon qu’il est question.
et
Loop road reloaded
après une présentation par François Bon de Philippe Rahmy, de son écriture, de Béton armé, du travail en cours, un passage de ce livre futur, l'histoire d'un jeune, issu de Bab el Oued, qui s'installe à Londres et découvre qu'il est possible de vivre, de vivre mieux qu'en France, qu'un peu partout, quand on est catalogué musulman – un matin qui se lève sur Londres, donc
Les nouveaux immigrants sont marocains, libyens, égyptiens, français. Ils marchent, ils tombent, ils chantent. Leurs chants portent jusqu’aux lointaines patries. Ils chantent pour leurs familles, pour leurs femmes, pour leurs enfants et pour leurs morts. Ils chantent aussi pour le pays qu’ils traversent, pour les arbres, pour les bêtes qui les voient passer au bord des rails, et pour leurs rêves qui leur filent entre les doigts. D’un téléphone à l’autre, la plainte des oubliés de l’histoire monte dans le ciel. Ils se serrent les uns contre les autres pour ne pas tomber des wagons. Quand ils éteignent leurs téléphones, ils se refilent une craie. La tôle est leur canevas. Ils dessinent le portrait de leur ange protecteur, Mama-Diesel, patronne des vagabonds, une grande vulve de pissotière qui les enveloppe comme une mère...
et je lirai ce livre, comme le précédent...
une superbe photo de plage (quand on l'agrandit) et une femme devant sa page blanche, évacuant l'idée de repos, cherchant des histoires d'aventures, de navigation lointaine, ou d'autres, mais qui n'aient pas déjà été écrites
Ne vaudrait-il pas mieux évacuer explorateurs et sextant...inventer du rien, un monde abstrait colonisé par du rien...ou des amibes. Des amibes qui mesureraient la distance des bactéries avec des néo-sextants riquiquis...La difficulté sera de donner corps à des entités microscopiques, elles existent dans une temporalité débarrassée de Pacques, des vacances à la plage et des cadeaux au pied du sapin.
et
suivre un texte fermement mené où l'on voit un garçon faire la connaissance de deux voisins, deux vendeurs, les écouter parler en wolof, tenter une approche grâce à une photo, et avec un appareil merveilleux pouvoir traduire leurs mots, d'où
Clignotant rouge : fin de la traduction. Jean-Pierre, Steeve et Parfait se sont évaporés le temps de ranger mon appareil. Je suis rentré chez moi à l’heure pour regarder un épisode de ma série préférée. C’était l’été 2054, l’année où je suis devenu un homme qui doute. 
contes
la marchande de nuit
un très joli texte (et photos d'une étrange et belle «poupée») sur la pauvre petite marchande de nuit
Elle accumulait comme des trésors pattes, ailes, antennes ou abdomens d’insectes et os provenant de squelettes de petits animaux. Une tête de musaraigne par ci, une coquille d’escargot par là suffisaient à son bonheur. Elle assemblait ses trésors, inventait des créatures et leur insufflait la vie. La marchande de nuit défiait la mort et se prenait pour Dieu.
et
les yeux rouges
ponctué de belles photos, conte peut-être mais en vers et conte cruel, d'une porte scellée depuis longtemps sur un secret, une vie derrière la vie, conte de la curiosité, du désir de savoir si grand que
la porte s’ajoure
dentelle
aérienne
des trous d’obus apparaissent
laissent entrer
la lumière
dans le réduit
laissent sortir
les ténèbres
les non-dits
l’odeur de cave humide
de mort peut-être (et l'on pense en écho à la robe de la marchande de nuit)
et vous laisse descendre de strophes en strophes vers ce qui est derrière la porte.
poèmes, sensibilité et nature
à partir d'un poème de Martine Cros, faire de la découverte, de la lecture d'Alejandra Pizarnik, de l'avancée dans ses textes, une prose poétique, à l'ombre ou plutôt devant son tamaris, vieux de tant de souvenirs
Au fil des jours, ses fleurs roses ont disparu, remplacées par de tendres pousses vertes.
Elles poussent, poussent.
Elles me parlent de toi.
et
à partir d'un texte de Danielle Masson, et avec une photo de Gordon Hepton
un poème, poème au plaisir des mots, poème de la nature, de la femme, du soldat d'acier
Mon âme à présent peut s'étendre-en-toi,
mon coeur bleu comme peur à mes flancs l'y joindra
Dans le poème tapi les caresses-nuit iront s'éprendre
des rimes de rose-source et de silence-drap
Ô sonnets composés de nos yeux enlacés,
de galets en galets, faites donc les biches !
The road (et échange de photos)
quelque chose n'est pas allé comme devait mais quoi
en superbes longues phrases un road trip (mais si) ou au moins un road movie, une aventure au courant de la route, d'une jeune femme, dans une Amérique comme on peut se l'imaginer à cet âge, à lire en se laissant bousculer par la route jusqu'à
une nuit sans sommeil à craindre qu’ils reviennent, une nuit en guerre, tout toi, sommée de lutter, et un petit matin dont tu triompheras, moulue, les muscles éteints, mais entière, que tu comprends.
Tu sais que c’est là que ça a explosé, l’enfance.
et
road party
non pas la route mais the road et, avec ce mot, s'ouvrir à un monde, un rêve d'autre part, d'autre vie, aux films, à la littérature – belle réflexion de Dominique Hasselmann, où passent des films que nous avons aimés (il devrait lire éclats d'Amérique d'Olivier Hodasava, ou Mobil de Butor, au cas improbable où il ne l'aurait déjà fait, même si le thème est le seul lien)
Fantômes du voyage, du trip, bruits de chaînes (évidemment), engoulevents rencontrés par surprise, On The Road Again, blues écorchés qui grattent sur des 33 tours usés, Bob Dylan revisite la Highway 61, le guidon trépide, le volant trépigne, ces engins nous emportent on ne sait plus trop où, vers une dernière frontière, peut-être un dérapage, une sortie de route, l’éblouissement final, la mort rôde, elle carbure indéfiniment, s’alimente à un réservoir caché, camouflé, que l’on ne peut détruire, nous en sommes ses clients obligés, captés, prisonniers, comme dans toute entreprise marketing menée d’une poigne de fer.
et puis l'échange de sons, d'images, de textes entre
ce en quoi j'ai cru entendre une musique aborigène, qui est en effet celle d'un dijeridoo enregistré devant le centre Pompidou, accompagnant un texte poétique, recherche appuyée sur Emily Dickinson et Bachelard
Oui. Mais je continuais à chercher ces «heures salubres» passant une porte puis une autre, enchaînant les pièces. Tu aurais pu me dessiner la joie, m’inviter dans la ronde des plus beaux enfants, leurs jeux les plus familiers, ces heures salubres étaient ailleurs
et
Retour à Donostia San Sebastian, à la recherche d’Alberto,
une bande son qui vous emmène autre part, en conversations devinées, musique, bruits divers, à mettre en marche d'entrée pour accompagner la lecture du retour à la Concha pour retrouver Alberto, rencontré sur la plage, en janvier, plein de colère et détermination à trouver des solutions

De ce voyage, restent ces quatre petites cartes postales sonores collées ensemble. Les paroles mêlées des passagers du train. Les phrases d’un saxophoniste de jazz assis au-dessus de la plage. Le bruit de l’océan qui remonte de la mer jusqu’à la promenade. Et le vacarme du Bar Bartolo, dans le vieux Donostia, où j’aurais bien partagé quelques tapas et un verre de tinto avec Alberto.


6 commentaires:

jeandler a dit…

Un voyage inspiré.
À parcourir à l'ombre.
merci.

brigitte celerier a dit…

merci à toi surtout

arlettart a dit…

D'une lecture aux mots qui voyagent
à se sentir bien petit

ana nb a dit…

"? enfance"
en fait au début j'ai lancé un été 14/2014, Eve s'est tournée vers le passé et moi suis restée au présent, grand merci encore de tes lectures

brigitte celerier a dit…

pardon, mais est ce qu'il n'y a pas cela aussi en commun à vos deux textes, deux enfants, même si chez vous il n'est pas central..
ah ces lecteurs, se trompent

ana nb a dit…

oui il y a de l'enfance dans les deux textes - de l'enfance dans la voix du requin :) - et puis non vous ne vous vous trompez pas ( je ne sais pas moi même où je vais avec ce texte)