samedi, août 09, 2014

Ville en douceur, et dialogue pour tiers livre

A l'heure des derniers petits déjeuners dans la douceur de l'air, de la lumière sur ma place
m'en suis allée sous un ciel bleu, entre façades et arbres sur lesquels le soleil posait de petites lumières, d'ombres en ombres sur les trottoirs, vers pharmacie, achat de collants et d'un bon champagne
et puis, dépassé le bassin et sa margelle plate d'où un pigeon s'est envolé une seconde avant d'être capté par mon appareil, poursuivi par ma malédiction, suis allée à la gare prendre un billet pour mon retour, vraisemblable, mardi à la nuit
et comme suis sans volonté, comme quand on me fait signe, en bougonnant je pars, après m'être juré de ne plus le faire jusqu'à ce qu'on se donne le mal de venir à moi, ou de me faire signe autrement, sais que n'aurai pas volonté de ne plus rouvrir Paumée, même si la futilité de la chose me semble de plus en plus évidente.
.. ça y est, mauvaise humeur expulsée, reprends sourire, oublie que n'aime pas ma contribution à la sixième proposition de François Bon (on verra si elle arrive sur le tiers livre qui semble en peine de connection), je copie la septième pour occuper une de mes soirées, et je reprends la cinquième (avez suivi ?) tentative pour mettre son dialogue en bocal http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3998

une rencontre

Et là, dans la nuit, j'ai reculé un peu ma chaise, je suis en retrait du groupe qui récrit le jour, fait des projets pour demain, groupé autour de la table ronde, sous la suspension, et je regarde, dans la tache de lumière de la lanterne qui troue la nuit du balcon, son bras posé sur le bras du fauteuil, la main et la cigarette qui pendent au dessus d'une coquille posée au sol, il se tait, je ne sais s'il songe, médite ou boit simplement le calme, moi je repense à ce qu'il m'a dit avant le dîner, et je me demande pourquoi il m'a raconté cela, comme pour m'interroger, en fait c'est ce qu'il a fait, mais de quel droit ? Ce n'est pas important pour lui, certainement, et il a sans doute oublié, il a dit cela comme ça, parce que j'étais là, sans doute, simplement, parce qu'il était encore intrigué, mais sans y attacher d'importance, j'espère... Il parlait de leur promenade en ville, d'une rencontre, il disait que le bonhomme était grand, assez âgé mais pas tant, plutôt élégant - un peu trop, tu sais, comme s'il venait d'une histoire des années trente, un personnage un peu trouble, à la lisière - que ma mère avait été polie, mais assez brusque, rapide, lui avait demandé de ses nouvelles, s'il était là depuis longtemps et si sa femme, qu'elle a appelée par son prénom, l'accompagnait, en regardant un peu au dessus de son épaule, ou le semblant juste assez pour refouler une vraie réponse, montrer qu'elle ne rencontrerait qu'indifférence, et que, repartant après avoir esquissé ce temps d'arrêt, alors qu'il commençait : oh nous ne sommes arrivés qu'hier, elle lui avait dit, le dépassant, arrêté là sur le trottoir, quel plaisir de penser que nous allons nous voir, pendant qu'avec un sourire il semblait se préparer à reprendre la parole ; seulement C, elle, s'est arrêtée pour écouter, elle est si aimable ta soeur, terriblement aimable, je ne la comprends pas parfois, et il s'est tu, attendant que je réagisse, mais que lui dire, que je ne l'avais pas vue depuis longtemps, qu'il la connaissait certainement mieux que moi, alors il a repris disant qu'il n'avait pas fait attention aux phrases de l'homme au début, jusqu'à ce qu'une inflexion dans la voix, devenue plus familière, peut-être un ton en dessous, attire son attention et il rappelait une rencontre passée, ce n'était pas net, comme s'il ne se souciait pas d'être compris sauf par C, et il était question de vous deux, il y a longtemps, ou assez, il parlait de vous comme d'adolescentes, elle a rougi un peu, il avait un sourire un peu obséquieux, insinuant, méchant sans doute, elle a dit qu'elle avait oublié, qu'elle pensait que lui aussi, qu'il le devait d'ailleurs, et puis que c'était surtout toi, il a répondu que, bien sûr, en fait elle n'était que la petite soeur, encombrante parfois, elle n'était jamais très loin de toi, et toi tu étais... mais C à ce moment a tranché dans le fil de ces réminiscences, de ces allusions, a tendu la main pour serrer celle de l'homme, et elle l'a entraîné, lui, sans même le présenter, prétendant que ma mère leur faisait signe, qu'ils étaient pressés mais seraient si heureux bien sûr de le revoir... et comme je me demandais, refoulant un souvenir que je voulais effacé, où il voulait en venir, il m'a regardée en me demandant tu sais de quoi parlait cet homme, ce à quoi je n'ai pas répondu, me contentant d'un nous passons à table. Mais là, je me souviens, et je n'aime pas ça... seulement, vraiment, ça ne le regarde pas.

9 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Dialoguer avec soi seul c'est peut-être penser.

brigitte celerier a dit…

c'est récrire ce qu'on a entendu

jeandler a dit…

Dialogues en bouquet, des mots fleurs,des pensées volubiles.

jeandler a dit…

Un bon champagne, millésimé ?

arlettart a dit…

Comme une impression d'un secret juste éffleuré

Christine Simon a dit…

c'est capter la finesse d'une sensation, d'une impression qui perdure, c'est démailloter le réel, ce que vous faites, Brigitte, c'est vraiment beau

Gérard a dit…

One Man Show !!!

anna jouy a dit…

très réussi ce texte, dans cet aspect rapide et éclaté que peuvent avoir le flux des souvenirs et nos modes de penser

brigitte celerier a dit…

MERCI