mercredi, décembre 03, 2014

Lumière, sang, linge et musique

Ciel saturé de bleu, tête enfouie entre bonnet et fichu, m'en suis allée dans la ville
intriguée, toujours, par les chiffres et signes qui ont envahi les rues de mon quartier
jusqu'au vieil hôtel à l'abandon romantique où se trouve le laboratoire d'analyse
pour une longue attente avant d'y laisser un peu de mon sang
une incursion brève aux halles pour rutabaga et navet jaune (une envie, et ne pouvais en porter davantage), un passage chez le teinturier pour un échange de draps et pantalons sales et propres
et un retour en souriant au soleil qui dégourdissait légèrement l'air, y mettait un souvenir de tiédeur
et à la nuit à venir – cette petite curiosité pour cette musique que ne connais pas, que je n'aurais jamais pensé à découvrir..
journée où lutter vaguement, sans beaucoup de conviction, contre l'instinct de carcasse qui voudrait bien pouvoir rester en sommeil jusqu'au jeune printemps…
Ai tout de même tenté, la nuit venant, de retrouver esprit ouvert, en éveil, tout en endossant robe, veston de velours, bonnet, gros manteau, bottes pour grimper vers l'opéra..
avec petite appréhension et désir de trouver mon plaisir à ce drame inspiré par notre région et le lyrisme de Mistral (pour lequel j'ai, suis navrée, un goût qui reste mitigé, assez fort pour me tenter d'y aller voir via Gallica, assez faible pour ne pas dépasser un quart d'heure, ou guère plus, en sa compagnie)
Emai soun front non lusiguèsse
Que de jouinesso ; emai n'aguèsse
Ni diadème d'or, ni mantéu de Damas,
Vole quen glori fugue assado
Coume uno reino, écaressado
Pèr nosto lengo mespresado,
Car cantan que pèr vautre, o pastre e gènt di mas !
«Bien que son front ne resplendit que de jeunesse ; bien qu'elle n'eût ni diadème d'or ni manteau de Damas, je veux qu'en gloire elle soit élevée comme une reine, et caressée par notre langue méprisée, car nous ne chantons que pour vous, ô pâtres et habitants des mas.»
Ceci dit elle, Mireille ou Nathalie Manfrido, comme les autres personnages, chantait bien entendu en français, pour être comprise par l'auteur du livret, Michel Carré, par Charles Gounod et par nous autres (à quelques exceptions près)
et ma foi j'ai aimé la construction du livret (moins une certaine tendance parfois au «partons, partons, partons» ou similaire), les éclairages, le décor qui avec quelques touches créait une impression de réel ou presque, les changements rapides, les deux moments à effet, le Rhône gonflé qui précédait l'entracte, la forêt de cierges la barque les bannières de la scène finale aux Saintes Maries, le goût des costumes (photo empruntée au compte Facebook de l'opéra) et l'évidence apparente de la mise en scène – la salle comble et quasi fervente et mes très gentils et joyeux voisins.
de la musique goûté surtout les quelques mélodies, la ligne emportant l'ensemble – mais je dois avouer que j'ai eu, entre le premier acte dans la cour de la magnanerie inondée de soleil et l'entracte de grands moments de tête dodelinante, et d'absence bercée qui ne tenait qu'à moi, le spectacle n'était pas en cause
De bons chanteurs, y compris Vincent mais il est de ces ténors glorieux et un peu trompetant dont, personnellement, je déteste la voix, bon musicien et bon acteur au demeurant (je n'y peux rien je n'aime pas les ténors) – surtout aimé 
Marc Barrard, le méchant, le bouvier, Ourrias
la sorcière, Taven, beau mezzo expressif, Sylvie Brunet-Grupposo
le peu auquel a droit, dans le rôle de Vincenette, Ludivine Gombert 
et Aurélie Ligerot qui chante je crois la jolie berceuse du pâtre
Mireille, Nathalie Manfrino, assume le rôle principal, est une Mireille charmante et élégante comme il se doit, a une jolie voix qui me faisait penser, charnue, à un bigarreau, que j'ai donc un peu moins aimé dans les grands moments de détresse, même si elle meurt très bien.
Retour dans un vent mollissant, et bâcler ces quelques notes, avant la morue et les patates.

5 commentaires:

jeandler a dit…

Inutile de le claironner : Paumée n'aime pas les ténors. Moi, non plus.

Dominique Hasselmann a dit…

Ce sont comme des santons vivants...

brigitte celerier a dit…

exactement

Luc Comeau-Montasse a dit…

Cette page (comme souvent ici) me procure le même effet que 20 minutes de sieste sur une chaise longue, avec une couverture profonde, face au Ventoux
glissant sur un rêve à thème.

Aujourd'hui, les signes et les codes qui attrapent l'esprit finissent par se diluer dans le fleuve des vers mis en musique
gommant l'heure de voiture qu'il m'aurait fallu pour être dans la salle d'opéra (un peu).

brigitte celerier a dit…

ravie et flattée que cela puisse servir